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L'imam Dicko prévient la junte qu'elle n'a pas "carte blanche"

L'imam Mahmoud Dicko, chez lui, à Bamako, au Mali, le 29 juillet 2020. (Reuters / Matthieu Rosier)

L'imam Mahmoud Dicko, figure centrale de la crise politique au Mali, a mis en garde sans ménagement vendredi les militaires qui viennent de prendre le pouvoir, les pressant de tenir la promesse du changement et refusant de leur donner "carte blanche".

"J'ai demandé à tout le monde de se réunir autour du Mali. Je le demande toujours mais cela ne veut pas dire que les militaires ont carte blanche", a déclaré cette éminente personnalité publique devant des centaines de personnes, dix jours après le putsch qui a renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta.

"On ne délivrera de chèque en blanc à personne pour la gestion de ce pays, ça, c'est fini", a insisté l'imam rigoriste et patriote, reprochant aux nouveaux maîtres de Bamako de s'enfermer dans leur quartier général et de se couper des forces vives.

L'imam, figure nationale à la croisée du religieux et du politique, pourfendeur de la corruption et chantre d'un Mali "refondé" sur ses valeurs religieuses et sociales, est un acteur primordial de la crise politique qui secoue depuis plusieurs mois le pays par ailleurs en proie aux attaques jihadistes et aux violences intercommunautaires.

C'est autour de lui que s'est agrégé en avril un mouvement de contestation civile qui a mobilisé pendant des mois pour le départ du président Keïta, avant qu'un groupe d'officiers ne dépose le chef de l'Etat le 18 août.

L'imam a signifié à la junte qu'elle n'avait fait que récolter les fruits de l'action de ce mouvement, dit du 5-Juin.

"Nous avons mené le combat, des gens sont morts, les militaires qui sont venus parachever (ce combat) doivent tenir parole", a-t-il dit lors d'une cérémonie d'hommage aux victimes de troubles en juillet.

Le 10 juillet, une manifestation à l'appel du Mouvement du 5 juin avait dégénéré en trois jours de troubles civils, les plus graves à Bamako depuis 2012. Le gouvernement avait fait état de onze morts, l'opposition parlant de 23.

La contestation a irrémédiablement déstabilisé le président Keïta, à la tête du pays depuis 2013 avec le soutien de la communauté internationale dans le combat contre les jihadistes.Par contraste, le coup d'Etat qui l'a fait tomber a été mené au prix de quelques coups de feu et de quelques arrestations, dont celle de M. Keïta.

Le putsch a posé la question du rôle qui serait dévolu au Mouvement du 5 juin. La junte a promis une transition pour des élections dans un délai "raisonnable" et un retour des civils au pouvoir.

Après la première rencontre formelle avec les colonels mercredi, les responsables du mouvement, sans M. Dicko qui n'en fait pas officiellement partie, avaient clairement dit que la junte devait collaborer avec lui.

Or, les militaires "s'enferment" dans le camp de Kati, où ils ont établi leur quartier général à une quinzaine de kilomètres de Bamako, a critiqué M. Dicko. "Ils doivent s'asseoir avec le (Mouvement du 5-Juin) et toutes les forces vives"; "ils ne doivent pas être des problèmes, il faut qu’ils soient des solutions", a-t-il dit.

La junte a annoncé vendredi inviter les partis politiques et les organisations de la société civile à des "échanges sur la transition" samedi à 11H00 (locales et GMT).

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L'imam Dicko mobilise à nouveau des foules à Bamako

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Dans l'est malien, les groupes armés occupent le vide laissé par l'Etat

Un soldat britannique de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) fait une ronde sur une tour de guet à Ménaka, au Mali, le 22 octobre 2021.

Sur une colline de sable surplombant Ménaka dans le nord-est du Mali, un officier de l'ONU s'approche d'un pick-up garé à l'ombre d'un arbre. Cinq hommes assis sur une natte font du thé, leurs armes à côté d'eux.

"Capitaine Charlie", du contingent britannique de la force de l'ONU au Mali (Minusma), entame la conversation, leur demande leur permis de port d'armes et à quel groupe armé ils appartiennent. Il veut "comprendre qui ils sont et quelles sont les dynamiques".

Dans cette zone désertique, entre Sahel et Sahara, les hommes en armes se ressemblent beaucoup, qu'ils se déplacent en pick-up, à moto ou en blindé. La région est la seule du Sahel où opèrent quasiment tous les acteurs du conflit, à l'exception des milices autoproclamées d'autodéfense du Burkina Faso et du centre du Mali.

Il y a là les groupes jihadistes qui ont prêté allégeance à Al-Qaïda ou à l'organisation Etat islamique, les ex-rebelles touaregs et arabes et les groupes armés pro-gouvernementaux également à dominante touarègue, les Français de l'opération Barkhane, les Européens de la force Takuba, des Nigériens, des Togolais et des Britanniques de la Minusma, et des soldats de l'armée nationale malienne.

Aucune statistique fiable n'est disponible sur les effectifs de chaque entité. Mais, du haut de la colline de sable, nul besoin de froncer les sourcils pour apercevoir au loin un pick-up armé ou un blindé.

Le chef du contingent anglais, le lieutenant-colonel Will Meddings, parle de "puzzle". Les hommes en armes sont partout présents, ce qui n'est pas sans risques. Début novembre, des soldats d'élite estoniens de Takuba ont par erreur ouvert le feu sur des Casques bleus britanniques.

Les hommes en armes sous l'arbre au-dessus de Ménaka racontent au "Capitaine Charlie" qu'ils tiennent un check-point et font partie d'un groupe armé assurant la sécurité de la ville, pour "éviter que des jihadistes ne viennent".

"Double casquette"

Les Britanniques de l'ONU "sécurisent" eux aussi, mais autre chose: en ville se tient la réunion hebdomadaire mettant en présence tous les acteurs "légaux" de la sécurité. Ils ont laissé leurs blindés et leurs pick-ups surmontés de mitrailleuses lourdes devant l'entrée du gouvernorat où ils discutent.

Cette réunion est le seul moment où les acteurs "partagent des informations", explique le gouverneur, Mohamed Maïga. Sinon, chacun opère sur le terrain sans partager l'information, ou si peu, disent plusieurs acteurs.

Certains acteurs ont "une double casquette", explique le chef régional de l'ONU Francesco Osler De Almeida. Les frontières entre certains groupes armés légaux et jihadistes sont poreuses.

Chacun tente de comprendre qui contrôle quel territoire dans une région immense de moins de 60.000 habitants (deux par km2), qui a prêté allégeance à quel groupe ou qui fricote avec les jihadistes.

En ville, groupes armés et soldats patrouillent conjointement dans le cadre de l'opération "Ménaka sans armes"; les brousses sont "contrôlées par les groupes armés et les jihadistes, principalement de l'EI", note le gouverneur.

Après l'attaque de ses deux camps dans les brousses de la région, l'armée malienne s'est repliée sur Ménaka début 2020 et y est toujours.

Aucun fonctionnaire n'est déployé hors de Ménaka, et les troupes de l'ONU n'ont jamais mis le pied dans une grande partie de la région. "En brousse, il n'y a plus que les jihadistes", assure Oumar, originaire d'un village avoisinant Ménaka mais qui a trouvé refuge en ville et s'exprime sous le couvert de l'anonymat.

Une première depuis 1960

Les civils sont livrés à eux-mêmes. Sur la frontière Mali-Niger, sous emprise de l'EI, ils paient la zakat, l'impôt islamique. S'ils refusent ou résistent, les villages sont rasés. Les morts se comptent par centaines.

Début novembre, 69 civils ont été tués du côté nigérien de la frontière, à Banibangou.

Dans une région aussi reculée et négligée, des incidents sécuritaires passent inaperçus.

"Il y a tellement de choses que nous ne voyons pas", reconnaît un haut représentant de la Minusma sous couvert d'anonymat. "Le vide a toujours été là, dans les brousses, il n'y a jamais eu d'Etat", dit-il.

L'ONU tente d'aider l'Etat à prendre pied. Dernièrement, elle a permis au gouverneur de se rendre dans un village à 28 km de Ménaka qui n'avait jamais vu d'autorité légale depuis l'indépendance en 1960.

Nul ne sait quand il pourra y retourner, ni s'il pourra aller un jour dans les dizaines d'autres villages totalement à l'écart du regard de l'Etat.

"Plus l'Etat mettra de temps à s'implanter", prévient M. Osler De Almeida, "plus les problèmes seront difficiles à résoudre".

Manifestations contre le convoi de l'armée française au Sahel: 3 morts au Niger

Des manifestants tiennent une pancarte sur laquelle on peut lire "Non à la France" lors d'une manifestation à Ouagadougou, au Burkina Faso, le 16 novembre 2021.

Un convoi militaire français se rendant à Gao, au Mali, déjà bloqué plusieurs jours par des manifestations au Burkina Faso, a de nouveau fait l'objet de contestation samedi à Téra, dans l'ouest du Niger.

Ces heurts ont fait "3 morts et 18 blessés dont 4 évacués sur Niamey", a affirmé le maire de la ville, Hama Mamoudou, qui était dans la capitale au moment des manifestations contre le passage du convoi militaire français.

L'état-major français n'était "pas en mesure de confirmer ce bilan à ce stade", et tentait de faire la lumière sur ces chiffres avec les autorités nigériennes. Par ailleurs, "aucun soldat français n'a été blessé", mais "deux conducteurs civils du convoi ont été blessés par des pierres et des camions civils endommagés", a précisé à l'AFP son porte-parole, le colonel Pascal Ianni.

Le convoi s'est arrêté vendredi soir à Téra, selon le porte-parole. Samedi matin, quand ils ont voulu reprendre leur progression vers Niamey, à 200 km de là, ils ont été arrêtés par un millier de manifestants et "un groupe violent parmi eux a tenté de s'emparer des camions", a-t-il affirmé.

Les gendarmes nigériens et les soldats français ont "effectué des tirs de sommation", a poursuivi le porte-parole français.

Le convoi a finalement pu quitter Téra à la mi-journée et reprendre sa progression vers Niamey.

Contestés de toutes parts

Les critiques à l'égard de la présence militaire française se multiplient au Niger, au Mali et au Burkina Faso.

A son entrée en territoire burkinabè la semaine dernière, le convoi avait d'abord été ralenti dans sa progression par des manifestants à Bobo Dioulasso (sud-ouest), dans la capitale Ouagadougou (centre) puis à Kaya, à une centaine de km au nord-est de la capitale. Quatre manifestants avaient été blessés par balle dans des circonstances indéterminées.

Plusieurs manifestants accusaient les soldats français de transporter des armes pour les groupes jihadistes qui terrorisent depuis des années plusieurs pays du Sahel.

L'ONU insiste sur le retour des civils au pouvoir en Guinée et au Mali

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