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Au moins un mort lors de la manifestation de vendredi à Bamako

Les Maliens se rassemblent à Bamako lors d'une manifestation contre le président Ibrahim Boubacar Keita le 19 juin 2020. (Photo MICHELE CATTANI / AFP)

Bamako a connu vendredi sa journée la plus tendue en près d'un an, une nouvelle manifestation contre le président malien Ibrahim Boubacar Keïta ayant dégénéré, avec un bilan d'au moins un mort et 20 blessés et des attaques d'édifices publics, dont l'Assemblée nationale.

Il s'agissait de la troisième grande manifestation organisée en moins de deux mois par la coalition du Mouvement du 5 juin, formée de chefs religieux, d'hommes politiques et de la société civile, qui conteste le président Keïta, au pouvoir depuis 2013.

Ce mouvement de contestation, emmené par l'imam Mahmoud Dicko, considéré comme très influent, fait craindre aux partenaires du Mali une aggravation de l'instabilité d'un pays déjà confronté depuis 2012 à des attaques jihadistes, auxquelles se mêlent depuis cinq ans des violences intercommunautaires. D'autant plus que depuis 2015, le Burkina Faso et le Niger voisins sont en proie aux mêmes phénomènes.

Des milliers de Maliens dans les rues de Bamako
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"Nous avons enregistré 20 blessés (et) un mort à la morgue", a déclaré à l'AFP le Dr Yamadou Diallo, de service aux urgences de l'hôpital Gabriel Touré, dans la capitale. Le décès a été confirmé à l'AFP par un responsable de la Primature.

Après le rassemblement, des manifestants ont attaqué le siège l'Assemblée nationale.

"Plusieurs bureaux ont été saccagés, des documents détruits, des biens emportés", a déclaré à l'AFP un responsable de l'institution. "les forces de l'ordre ont été obligées de tirer", a-t-il ajouté.

Les deux chaînes de la télévision publique malienne ORTM ne diffusaient plus vendredi après-midi, a constaté un journaliste de l'AFP.

Les causes de cette interruption n'étaient pas connues dans l'immédiat, mais elle s'est produite après que des manifestants, à l'issue du rassemblement, se sont dirigés vers le siège de la radio et de la télévision publiques, dont ils ont occupé la cour, selon des journalistes de l'AFP.

D'autres protestataires bloquaient deux des trois ponts de la ville, ont constaté des journalistes de l'AFP. Des manifestants ont érigé des barricades sur un de ces ponts et des voitures étaient contraintes de dévier de leur itinéraire, selon les mêmes sources.

Des incendies sporadiques se sont déclarés en différents endroits où des pneus ont été brûlés.

"Désobéissance civile"

Auparavant, des milliers de manifestants s'étaient retrouvés vendredi après-midi après la grande prière musulmane, deux jours après un discours du chef de l'Etat visant à désamorcer les tensions.

"Le président de la République a déçu dans son dernier discours", a déclaré à l'AFP Nouhoun Sarr, un responsable du mouvement de contestation. "Nous ne voulons plus de ce régime", a de son côté affirmé une manifestante, Sy Kadiatou Sow.

"Tout le monde a parlé au président", a déclaré Issa Kaou Djim, un autre responsable de la contestation, pendant la manifestation. "Maintenant, on ne le considère plus comme président. Mais tout ce que nous allons faire se fera dans le cadre démocratique et républicain", a-il poursuivi.

Des responsables de la contestation ont par ailleurs réitéré vendredi leur appel à une désobéissance civile, dans un document en dix points dans lequel ils précisent les actions à mener.

Parmi celles-ci figurent le mot d'ordre de "ne plus payer aucune amende ou contravention pendant cette période" dont la durée n'a pas été précisée.

Le document mentionne aussi le blocage de l'entrée des services de l'Etat sauf ceux liés à la santé, l'occupation des carrefours et la mise en place de "brigades mobiles de communication pour le cas où internet serait coupé ou ralenti".

Le président Keïta a vainement tenté dans son discours mercredi soir un apaisement, en ouvrant la voie à un réexamen de l'inversion par la Cour constitutionnelle d'une trentaine de résultats des législatives de mars-avril, considérée comme l'élément déclencheur de l'actuelle crise politique.

M. Keïta a laissé entendre qu'une Cour nouvellement formée pourrait revenir sur cette décision, qui a profité à une dizaine de membres de sa majorité, à commencer par celui qui allait ensuite être élu à la présidence du Parlement.

Le Mouvement du 5 juin réclame la dissolution du Parlement, la formation d'un gouvernement de transition dont il désignerait le Premier ministre, ainsi que le remplacement des neuf membres de la Cour constitutionnelle, accusée de collusion avec le pouvoir.

Dans un communiqué diffusé vendredi soir, il a tenu le pouvoir pour responsable des violences et exhorté les forces de l’ordre à protéger "les manifestants aux mains nues qui ne défendent que les valeurs démocratiques, laïques et républicaines".

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L'armée malienne arrive dans un village assiégé par des jihadistes présumés

Le vice-président et colonel Assimi Goïta, lors d'une réunion à Bamako, le 25 août 2020.

L'armée malienne est arrivée jeudi dans une localité du centre du Mali assiégée depuis deux semaines par des hommes armés généralement présentés comme des jihadistes et dont le sort suscite un intérêt considérable dans le pays en guerre.

Le vice-président, le colonel Assimi Goïta, homme fort de la junte au pouvoir entre le coup d'Etat du 18 août et la récente mise en place d'un gouvernement de transition, s'est rendu "sur le terrain dans la région de Ségou (pour) coordonner les opérations, libérer totalement la localité et traquer les terroristes", a dit un responsable au ministère de la Défense sous le couvert de l'anonymat.

Farabougou retient l'attention malienne en raison non seulement de la souffrance infligée aux habitants, mais aussi parce que la situation exceptionnelle de ce village coupé de son environnement à quelque 400 kilomètres au nord de Bamako, met à l'épreuve les nouvelles autorités de transition encore dominées par les militaires.

Farabougou se trouve dans le centre du Mali, pris dans un tourbillon de violence depuis l'apparition en 2015 d'un groupe jihadiste conduit par le prédicateur peul Amadou Koufa et affilié à Al-Qaïda.

Les violences jihadistes qui sévissent aussi dans le nord du pays contre les symboles de l'Etat se doublent ici d'affrontements entre les Peul, majoritairement éleveurs, et les ethnies bambara et dogon pratiquant essentiellement l'agriculture.

Le 6 octobre, des hommes armés ont enlevé une vingtaine de personnes lors de la foire hebdomadaire de Farabougou, avant d'en relâcher une dizaine. Ils ont encerclé Farabougou, en coupant tous les accès.

Les réseaux sociaux ont largement fait circuler des photos censées montrer un pont vital pour les habitants et qu'on avait fait exploser.

Quelques jours après, des villageois qui tentaient de rentrer à Farabougou sont tombés dans une embuscade. Au moins six habitants ont été tués entre l'attaque du marché et le guet-apens, selon des témoins et des responsables locaux.

Les médias maliens ont fait état d'une tentative de médiation menée par des personnalités locales. L'armée malienne a largué des vivres sur le village.

Elle a indiqué jeudi sur les réseaux sociaux que les premiers éléments de forces spéciales avaient été acheminés par hélicoptère dans le village. Elle n'a pas dit si le blocus de la localité était depuis levé ou non.

"En plus du personnel, beaucoup de colis, dont des médicaments, ont aussi été largués", a-t-elle ajouté. La situation est "une grande préoccupation" pour le ministère de la Défense, a-t-elle assuré.

Farabougou constitue un test pour les nouvelles autorités de transition installées en septembre par les militaires qui ont déposé l'ancien président élu Ibrahim Boubacar Keïta en août.

La dégradation sécuritaire constante est considérée comme un des facteurs primordiaux de la chute de M. Keïta et les nouvelles autorités en ont fait l'une de leurs priorités.

Depuis 2012, la spirale des violences a causé, avec les tensions intercommunautaires, des milliers de morts civils et militaires, malgré le déploiement de forces françaises et internationales, et s'est propagée au Burkino Faso et au Niger voisins.

L'ex-président Keïta de retour à Bamako deux mois après avoir été renversé

L'ancien président Ibrahim Boubacar Keita à Nouakchott, le 30 juin 2020.

L'ancien président malien Ibrahim Boubacar Keïta, renversé mi-août par un coup d'Etat militaire, est rentré mercredi soir à Bamako après un séjour médical aux Emirats arabes unis.

Arrêté par les militaires le 18 août, le président Keïta, 75 ans, avait démissionné quelques heures plus tard. Détenu par la junte pendant plus de deux semaines, il a été autorisé à quitter le Mali le 5 septembre pour recevoir des soins aux Emirats arabes unis.

Son avion de retour a atterri mercredi soir, a indiqué une source aéroportuaire. Des journalistes de l'AFP ont vu peu après un convoi précédé d'un motard pénétrer dans sa résidence de la capitale malienne.

"C''est le président IBK qui vient d'arriver", a déclaré devant son domicile un membre de la garde présidentielle. Quelques dizaines de riverains l'ont accueilli en scandant "Vive IBK" et "Bonne arrivée".

Son départ à l'étranger pour des soins avait été envisagé peu après sa chute, à la suite, selon ses médecins, d'un court accident vasculaire cérébral (AVC).

Les militaires avaient expliqué avoir autorisé son "évacuation sanitaire pour des raisons humanitaires pour une durée maximum d'un mois", un délai "extensible uniquement sur avis médical" et qui "ne pourrait excéder trois mois, auquel cas le suivi médical se fera au Mali".

"Le président IBK a démissionné. De quoi se mêle la CEDEAO?"
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La Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) "s'engage à assurer le retour de l'ancien président Ibahim Boubacar Keïta aussitôt après son séjour médical suivant les conditions susmentionnées", avait indiqué dans un communiqué le colonel Malick Diaw, numéro deux de la junte.

Sous pression de la communauté internationale, les auteurs du putsch se sont engagés à rendre le pouvoir à des dirigeants civils élus au terme d'une période de transition d'une durée maximale de 18 mois.

Un président de transition a été nommé, ainsi qu'un Premier ministre, tous deux des civils. Les colonels se sont néanmoins réservé les postes clés dans le gouvernement de transition.

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