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Mali

D'anciennes personnalités en exil dans le collimateur de la junte malienne

Karim Keïta visite l'aéroport à Bamako, le 11 juillet 2018. (Michele Cattani/AFP)

Plusieurs personnalités maliennes de premier plan sous l'ancienne présidence sont recherchées depuis que les colonels ont pris le pouvoir en 2020. Le sort de certaines d'entre elles est l'enjeu d'un bras de fer diplomatique avec la Côte d'Ivoire.

La brève interpellation de l'une d'elles lundi en France et l'escalade diplomatique des derniers jours entre Bamako et Abidjan a remis en lumière la situation de ces hommes qui occupaient de hautes responsabilités sous la présidence d'Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) jusqu'à ce qu'il soit renversé en 2020 par les militaires. Ils vivent désormais à l'étranger, sans que leur localisation soit toujours claire.

La plupart, sauf Oumar Mariko et Karim Keïta, sont poursuivies dans le cadre de deux affaires de corruption présumée : l'achat d'équipements militaires et l'acquisition d'un avion présidentiel en 2014.

Les dossiers, ouverts avant 2020, étaient restés inertes jusqu'à ce que la junte s'en saisisse après sa prise de pouvoir.

La semaine passée, la junte a lié la libération de 46 soldats ivoiriens détenus au Mali à l'extradition de personnalités maliennes vivant en Côte d'Ivoire et "faisant l’objet de mandats d’arrêt internationaux". Cela paraît s'appliquer principalement à Karim Keïta et Tiéman Hubert Coulibaly. Dans plusieurs cas, l'AFP n'a pu vérifier que des mandats internationaux avaient bien été délivrés.

Voici un tour d'horizon des personnes recherchées, que l'hebdomadaire Journal du Mali a surnommées en août "les exilés de la transition".

Karim Keïta

Karim Keïta.
Karim Keïta.

Le fils de feu l'ex-président Keïta a occupé de hautes fonctions sous la mandature de son père, dont la stratégique présidence de la Commission Défense de l'Assemblée, qui lui donnait un accès priviligié à des dossiers et des marchés sensibles.

Il a fui le Mali pour la Côte d'Ivoire après le coup d'État. Il est poursuivi dans l'affaire de la disparition mystérieuse d'un journaliste en 2016. Un mandat d'arrêt international a été émis par Interpol début juillet 2021.

Boubou Cissé

L'ancien Premier ministre Boubou Cissé.
L'ancien Premier ministre Boubou Cissé.

Dernier Premier ministre de l'ancien président, considéré comme une personnalité majeure, il est poursuivi depuis le 25 juillet dans l'affaire des équipements militaires. Il était ministre des Finances entre 2016 et 2019.

Il a quitté Bamako mais se défend d'avoir "fui (ses) responsabilités". Son "absence obéit à la volonter d'observer une posture de réserve", dit-il.

Une autre information judiciaire, abandonnée quelques mois plus tard, avait été ouverte à son encontre fin 2020 pour tentative de renversement du gouvernement.

Mamadou Igor Diarra

Il a précédé M. Cissé au ministère de l'Économie et des Finances et est poursuivi dans l'affaire des équipements militaires.

Il a quitté le Mali, mais a déclaré s'y être rendu en mars et s'être "spontanément rendu auprès de certaines autorités afin de leur notifier (sa) disponibilité sur tout dossier" le concernant.

Il est actuellement responsable en Afrique centrale de BOA Groupe, filiale du groupe bancaire marocain Bank of Africa BMCE.

Tiéman Hubert Coulibaly

Il était ministre de la Défense à l'époque de l'achat des d'équipements militaires et est poursuivi dans le dossier.

Installé hors du Mali, il a dit début août qu'il répondrait "prestement" à une éventuelle commission rogatoire que lancerait la justice malienne.

Moustapha Ben Barka

Ancien secrétaire général de l'ex-présidence, il est poursuivi dans les deux affaires. Il est vice-président de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) dont le siège est au Togo. Il a été brièvement retenu en France entre lundi et mardi en vertu d'un mandat international, selon une source proche du dossier.

Un autre cadre actuel de la BOAD, Babaly Bah, est également poursuivi. Il était à l'époque directeur de la Banque malienne de solidarité (BMS, publique), dont le nom apparaît dans les investigations.

Oumar Mariko

Oumar Mariko, chef de file des soutiens de la junte.
Oumar Mariko, chef de file des soutiens de la junte.

Figure de la vie politique depuis trois décennies, il est dans la clandestinité depuis qu'il a été convoqué par la gendarmerie en avril après avoir critiqué l'armée.

Il avait suggéré, en faisant notamment référence aux évènements de Moura (centre, 300 civils tués fin mars selon Human Rights Watch, 200 jihadistes selon l'armée), que l'armée était en train "d'assassiner des gens". Son parti avait dénoncé l'encerclement par des hommes armés de son domicile pour "son enlèvement". On ignore s'il est au Mali ou à l'étranger.

Par ailleurs...

Ancienne ministre des finances Fily Bouare Sissoko.
Ancienne ministre des finances Fily Bouare Sissoko.

Une ancienne ministre d'IBK, Fily Bouare Sissoko, et son ex-directeur de cabinet, Mahamadou Camara, sont inculpés depuis plus d'un an et écroués dans les deux affaires d'équipement et d'avion présidentiel. L'ancien Premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga, également inculpé, est décédé en détention en mars à Bamako.

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Soldats ivoiriens détenus au Mali: la Cédéao rentre bredouille de Bamako

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Mission de haut niveau de la Cédéao à Bamako, sans Faure Gnassingbe et Macky Sall

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Sanctions contre la Guinée : Bamako "outré" par la Cédéao

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La junte au pouvoir au Mali se dit "outrée" par les sanctions infligées au voisin guinéen, également gouverné par des militaires, des mesures imposées par la Cédéao, la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest. Au même moment, une mission de la Cédéao arrivait à Bamako.

Soldats ivoiriens: arrivée à Bamako d'une mission de médiation de la Cédéao

Le président gambien Adama Barrow s'est rendu au Mali ce jeudi 29 septembre 2022.

Une mission de haut niveau dépêchée par la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) est arrivée jeudi au Mali pour tenter de dénouer avec la junte au pouvoir la crise diplomatique avec la Côte d'Ivoire, ont rapporté les correspondants de l'AFP.

Le président gambien Adama Barrow, puis son homologue ghanéen Nana Akufo-Addo sont arrivés séparément en milieu de journée à l'aéroport de Bamako et ont pris la route de la présidence malienne.

Initialement annoncé, le chef de l'Etat togolais Faure Gnassingbé s'est fait représenter par son ministre des Affaires étrangères. Ce dernier, Robert Dussey, a confirmé sa présence à Bamako dans un message à un correspondant de l'AFP.

La mission est censée repartir jeudi après-midi.

Elle a été mandatée par les dirigeants des Etats membres de la Cédéao réunis en sommet le 22 septembre pour essayer de trouver une issue à la crise entre le Mali et la Côte d'Ivoire.

Bamako et Abidjan sont en pleine querelle diplomatique sur le sort de 46 soldats ivoiriens arrêtés le 10 juillet à leur arrivée au Mali.

Ces soldats devaient, selon Abidjan et l'ONU, participer à la sécurité du contingent allemand des Casques bleus au Mali. Mais Bamako a dit les considérer comme des "mercenaires" venus attenter à la sûreté de l'Etat.

La junte malienne, au pouvoir depuis 2020, a prévenu avant de recevoir la mission qu'elle ne se laisserait pas imposer une solution.

"Nous allons les écouter. Nous avons dit depuis le début que tout ce que le Mali veut, c'est chercher les voies et moyens pour trouver un terrain d’attente entre le Mali et la Côte d'Ivoire. Mais si c'est pour imposer des décisions au Mali, cela ne passera pas", a déclaré en début de semaine le ministre malien des Affaires étrangères Abdoulaye Diop.

Les autorités maliennes se dissocient des sanctions de la Cédéao contre la Guinée

Le gouvernement malien se dit "outré" par ces mesures contre la Guinée, dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux depuis mercredi soir.

La junte au pouvoir au Mali a indiqué se dissocier des sanctions infligées au voisin guinéen, également gouverné par des militaires, par la Communauté des Etats ouest-africains (Cédéao).

Le Mali et la Guinée, membres de la Cédéao, sont suspendus de ses organes de décision pour sanctionner la prise du pouvoir par des militaires et leur maintien prolongé à la tête de ces pays.

Les militaires ont renversé les régimes civils en août 2020 au Mali et en septembre 2021 en Guinée.

Outre la suspension des organes de décision déjà en vigueur, un sommet de la Cédéao sans participation guinéenne ni malienne a décidé le 22 septembre de suspendre toute assistance et transaction financière des institutions financières de l'organisation avec la Guinée.

Un certain nombre de personnalités sont par ailleurs frappées de sanctions individuelles.

Le gouvernement malien se dit "outré" par ces mesures contre la Guinée, dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux depuis mercredi soir.

Exprimant une "solidarité indéfectible" avec les Guinéens, le gouvernement malien "décide de se désolidariser de toutes les sanctions illégales, inhumaines et illégitimes prises à l’encontre de la République sœur de Guinée et ne leur réservera aucune suite".

Il adoptera, "si nécessaire", des mesures pour aider la Guinée et contrecarrer les effets des sanctions.

La publication de ce communiqué précède de près la visite prévue jeudi au Mali de trois chefs d'État ouest-africains dépêchés par la Cédéao pour tenter de dénouer une crise diplomatique avec un autre voisin, la Côte d'Ivoire.

Le Mali a lui même été soumis de janvier à juillet de la part de la Cédéao à un sévère embargo commercial et financier punissant le projet des militaires de rester au pouvoir jusqu'à cinq années supplémentaires. La junte dirigée par le colonel Assimi Goïta s'est depuis engagée sous la pression à organiser des élections en février 2024, et la Cédéao a levé l'embargo.

Mais des sanctions individuelles restent en vigueur contre les membres de la junte malienne.

La Guinée a été l'une des rares à se solidariser avec le Mali face aux sanctions de janvier et a maintenu ses frontières ouvertes.

Le chef de la junte guinéenne, le colonel Mamady Doumbouya, a été reçu avec tous les honneurs par son homologue malien le 22 septembre, jour où se tenait le sommet de la Cédéao. Il a été élevé à la dignité de grand-croix de l'ordre national du Mali.

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