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Maladie, rejet et précarité : en France, la triple peine d'Africaines séropositives

  • VOA Afrique

Une femme séropositive avec son nourrisson à Bobigny, le 28 novembre 2017.

Pour elles, le VIH est bien plus qu'un virus : une mort sociale. Contaminées par un conjoint polygame ou lors d'un viol commis par des passeurs, des Africaines séropositives réfugiées en France gardent la tête haute malgré la triple peine de la maladie, du "rejet" et de la précarité.

"Quand on m'a dit que j'avais le sida, j'ai voulu me jeter par la fenêtre. Les soignants m'ont rattrapée". Catherine (prénom modifié) se souvient dans le moindre détail de ce jour de 2013, de la chambre de l'hôpital de banlieue parisienne où elle était allée pour montrer d'étranges boutons sur le visage.

"Quand tu as cette maladie-là, tout le monde te délaisse, même tes enfants. Tu fais peur. Le sida, pour nous, c'est la prostitution. On dit que ça vient des femmes alors que ce sont les hommes qui sont polygames et nous contaminent", souffle cette Malienne de 43 ans qui a "fui la guerre".

Seule avec deux enfants à charge, elle a trouvé un refuge, une "écoute" et "de l'espoir" dans les locaux de l'association Sol en Si de Bobigny, près de Paris, qui accompagne près des 200 familles touchées par le virus.

Depuis plus de 20 ans, travailleuses sociales et psychologues y aident ces mères, pour la plupart seules et hébergées en hôtel social, à se "re-projeter dans l'avenir".

L'association apporte un accompagnement psychologique et social mais aussi une aide matérielle : banque alimentaire, distribution de couches et de lait, participation aux frais de "chancellerie" pour les titres de séjour ...

En franchissant la porte, certaines rasent les murs. Aucune affiche ou prospectus ne laisse à penser que l'on accueille ici des personnes séropositives. "Il y a un tel tabou... La question du secret est centrale. On a des femmes qui se coupent de tout entourage, d'autres qui le cachent à leur compagnon et leurs enfants", relate Florence Buttin, la psychologue.

Ella, 34 ans, sourire carmin et turban en wax sur la tête, explique "avoir fait le choix de n'informer personne". Jeune mère, elle traverse le département plusieurs fois par semaine "pour partager ce poids", elle qui, à la maison, cache le couteau qu'elle utilise, par peur de contaminer ses proches.

'Montrer qu'on n'est pas foutue'

Au rez-de-chaussée du local, le salon grouille de jeunes femmes pimpantes et d'enfants en bas âge. "Les anciennes" rigolent en se réchauffant une soupe ou un café, s'occupent des bébés des "nouvelles".

Parmi elles, Fatou, 36 ans, a des jumeaux de quelques mois et le regard brisé. Elle est arrivée clandestinement de Côté d'Ivoire, via la Libye, par la mer. Seule, enceinte et contaminée. Elle dira seulement que le voyage a été "très dur".

Taibou, une jeune réfugiée guinéenne aux cheveux décolorés, semble elle aussi à l'écart. "Au début, je n'arrivais pas à admettre, je venais juste pour les couches et le lait", confie-t-elle. Le VIH? "Le monsieur qui m'avait promis le visa...".

"Depuis peu, on voit arriver des femmes avec des parcours migratoires compliqués. Certaines ont traversé des pays entiers seules, ont été violées sur les bateaux, incarcérées. D'autres ont été 'aidées' par des hommes pour avoir des papiers. Elles sont brisées", s'alarme leur psychologue.

Autre sujet d'inquiétude : la précarité grandissante. "Il y a quinze ans, il y avait beaucoup de cas d'enfants contaminés : cela a complétement disparu. D'un point de vue médical, ça c'est amélioré... Mais la précarité a pris plus d'ampleur que la maladie", analyse Hortense Ngaleu, accompagnatrice sociale.

Catherine, elle, a récemment commencé à faire des ménages. Son rêve? "Rentrer au Mali et créer une association pour informer les femmes. Montrer qu'on peut avoir des enfants, qu'on n'est pas foutue quand on a le VIH". Elle pourrait alors "le dire" à sa famille. Car elle en est désormais persuadée : "dans la 'causerie', on peut changer les choses".

Avec AFP

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