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Bataille politique entre Madrid et la Catalogne


Le vice-président catalan Oriol Junqueras félicite son président Artur Mas à Barcelone le 19 septembre 2014

Le gouvernement conservateur espagnol a infligé un sérieux coup au projet de référendum d'autodétermination des indépendantistes catalans mais se retrouvait jeudi face à une Catalogne remontée qui resserre les rangs contre le pouvoir central.

Le chef du gouvernement Mariano Rajoy a beau répéter qu'après avoir fait respecter la loi en empêchant le référendum il est prêt au dialogue avec Barcelone, sa marge de manoeuvre est étroite, entre l'aile dure de son Parti Populaire (PP) et les autres régions d'Espagne hostiles aux revendications catalanes.

Après quatorze arrestations de cadres du gouvernement régional catalan et la saisie de près de 10 millions de bulletins de vote, le vice-président catalan Oriol Junqueras a reconnu jeudi que le référendum prévu le 1er octobre et interdit par la justice était compromis.

Mais la région, divisée sur la question de la sécession, est plus que jamais unie contre le pouvoir de Madrid et des milliers de personnes sont descendues dans les rues pour le deuxième jour consécutif.

"La logistique du (référendum du) 1er octobre est pratiquement démantelée mais le malaise des citoyens est énorme", met en garde La Vanguardia, journal opposé à l'indépendance. "Ce n'est plus une question d'indépendantistes ou d'anti-indépendantistes. Beaucoup de citoyens sans lien avec le souverainisme sont profondément dégoûtés".

"L'indignation sociale a débordé le périmètre des indépendantistes et s'est étendue aux syndicats, aux recteurs d'université, aux associations professionnelles, à des institutions aussi emblématiques que le Football Club Barcelona", souligne l'éditorialiste du Periodico de Catalogne, lui aussi hostile au référendum unilatéral.

Il en serait autrement si les mesures prises pour faire respecter la loi avaient été "accompagnées d'une proposition sincère de dialogue politique" ajoute la Vanguardia.

Mais depuis que M. Rajoy est arrivé au pouvoir en décembre 2011, il n'y a pas eu dialogue. Fort d'une majorité absolue au Parlement, il n'avait pas, contrairement à ses prédécesseurs, à faire de concessions aux Catalans pour obtenir leurs voix.

Et concentré sur les mesures à prendre pour sortir l'Espagne de la crise économique, il n'était pas prêt à entendre leurs demandes de plus grande autonomie financière.

Il se dit aujourd'hui disposé à discuter de tout y compris de la réforme du financement des régions. Mais il doit compter avec les durs de son parti.

Pas céder d'un pouce

"Je crois qu'il y a une fraction du PP qui serait prête à certaines réformes mais la majorité ne veut pas céder d'un pouce", déclare Oriol Bartomeus, professeur de Sciences politiques de l'Université autonome de Barcelone.

Selon lui, M. Rajoy et son parti se sont trompés sur la nature du mouvement indépendantiste, qui monte depuis l'abrogation d'une partie du statut de la Catalogne par la Cour constitutionnelle, à l'initiative du PP, alors que le parlement espagnol l'avait approuvé.

Ils le comparent toujours à un soufflé qui pourrait retomber. "Ils ont cru qu'il (le mouvement indépendantiste, ndlr) était organisé par une élite nationaliste pour rester au pouvoir (mais en fait) 80% de la population catalane dit +je n'en peux plus+", poursuit M. Bartomeus.

Les Catalans, explique-t-il, veulent un nouveau modèle constitutionnel, pour remplacer celui adopté en 1978 après la mort du dictateur Francisco Franco, et un statut proche de celui du Pays Basque qui lève ses propres impôts et contribue peu au Trésor public.

Mais si l'on modifiait les règles du jeu, l'Andalousie, la plus peuplée des régions d'Espagne qui bénéficie de la redistribution des ressources de la riche région de Catalogne, a prévenu qu'elle "monterait en première ligne pour défendre ses intérêts", explique Juan Montades, directeur de Sciences politiques de l'Université de Grenade.

Les grands partis, le PP comme le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), "ont toujours su que s'ils offraient un meilleur arrangement à la Catalogne, ils perdraient des voix dans les autres régions du pays", souligne Caroline Gray, de l'université Aston en Angleterre. Mais "on ne peut pas régler la crise catalane en misant sur les électeurs des autres régions".

Avec AFP

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