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Lutte contre le tabagisme au Cap


Un bureau de tabac, à Nantes, France, le 21 mars 2016.

Quelque 3.000 experts et responsables politiques de la lutte contre le tabagisme se réunissent au Cap (Afrique du Sud) pour affronter une industrie déterminée à consacrer de gros moyens à l'expansion du "produit de consommation courante le plus mortel jamais fabriqué".

La 17e Conférence mondiale "Tabac ou santé" (pour dire qu'il faut choisir l'un ou l'autre) est organisée de mercredi à vendredi dans une ville touchée par une grave sécheresse, au point de risquer la pénurie d'eau.

L'événement est l'occasion de présenter la recherche la plus récente, en particulier sur la cigarette électronique, et de débattre des politiques les plus efficaces et de tendances inquiétantes, notamment dans les pays en développement.

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"La cigarette est le produit de consommation courante le plus mortel jamais fabriqué", dit Ruth Malone, chercheuse en sciences sociales spécialiste du tabac et rédactrice en chef de la revue Tobacco Control.

Les cancers liés au tabac tuent sept millions de personnes dans le monde chaque année, soit un décès sur dix, selon l'Organisation mondiale de la santé.

Si la part de fumeurs baisse dans les pays les plus riches, leur nombre sur la planète continue d'augmenter.

L'industrie du tabac vend 5.500 milliards de cigarettes par an à environ 1 milliard de fumeurs, pour un chiffre d'affaires approchant 700 milliards de dollars (570 milliards d'euros).

"Un homme sur quatre fume toujours, de même qu'une femme sur 20", souligne Emmanuela Gakidou, professeure de santé publique à l'Université de Washington à Seattle (États-Unis).

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"L'épidémie du tabagisme", comme l'appelle l'OMS, coûte 1.000 milliards de dollars par an en dépenses de santé et en productivité perdue.

"L'industrie du tabac tire profit de la prise en otage d'enfants et de jeunes des pays pauvres dans des dépendances à vie", a déclaré à l'AFP John Britton, directeur du Centre d'études sur le tabac et l'alcool de l'université de Nottingham (Grande-Bretagne).

Forte rentabilité

Alors comment contrer ce puissant marketing?

"Augmenter le prix des produits tabagiques, via les taxes ou des mécanismes de marché", répond Kelley Lee, experte en politiques publiques de l'Université Simon Fraser à Burnaby (Canada).

La France, tout comme d'autres pays européens, le Canada ou l'Australie, ont opté pour le "paquet neutre", dominé par les slogans de santé ou les images choquantes.

Des villes, suivant l'exemple de la municipalité de New York dirigée par Michael Bloomberg, ont aussi interdit de fumer dans l'espace public.

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D'après les militants anti-tabac, ces diverses mesures ont sauvé 35 millions de vies sur la dernière décennie. Sans vraiment toucher la forte rentabilité des géants de la cigarette.

"Les consommateurs sont bombardés par les milliards dépensés en publicité pour ces produits addictifs", affirme à l'AFP M. Bloomberg, devenu philanthrope. "Nous travaillons pour placer cette industrie devant ses responsabilités".

Mais quand par exemple pour British American Tobacco (Lucky Strike, Camel, Dunhill, etc.), numéro trois mondial, et numéro un parmi les groupes cotés, le bénéfice annuel se compte en milliards, "il n'y a pas de moyen facile de s'attaquer à un secteur aussi puissant", explique Kelley Lee.

L'e-cigarette divise

"L'industrie du tabac a appris à exercer une influence politique considérable pour survivre, et même prospérer, alors qu'elle fabrique et promeut un produit qui tue la moitié de ses consommateurs habituels", ajoute-t-elle.

Illustration: la politique d'expansion des monopoles publics du tabac asiatiques. Japan Tobacco International, entre autres, s'est transformé en multinationale conquérante en moins d'une décennie.

"La part de marché mondial des nouveaux groupes émergents (en particulier asiatiques) du tabac augmente rapidement", pointe Jappe Eckhardt, de l'Université de York (Grande-Bretagne).

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Selon lui, le géant China Tobacco, numéro un mondial avec 42% du marché, est "prêt à faire de tous les groupes actuels des nains dans un avenir prévisible".

Autre sujet d'actualité, l'e-cigarette, qui suscite des "divisions marquées" parmi les spécialistes de santé publique, remarque Mme Lee.

"Sachant que ces produits sont relativement nouveaux, nous n'avons tout simplement pas de données sur leur incidence à long terme", d'après elle.

Vapoter, est-ce un moyen d'attirer de futurs fumeurs? Et à quel point est-ce dangereux pour les poumons? Ces questions ne sont pas tranchées. Or l'industrie a investi lourdement dans cette innovation.

Avec AFP

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