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Droits humains

Les meurtres de femmes accusées de sorcellerie se multiplient au Sud-Kivu

Des femmes déplacées par l'éruption du volcan Nyiragongo marchent dans la rue à Minova, à 50 kilomètres au sud de Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu, le 2 juin 2021.

Aspergée d'essence puis brûlée vive, la vieille Nyabadeux a connu une fin atroce après avoir été accusée de sorcellerie, comme des dizaines de femmes ces derniers mois dans des villages du Sud-Kivu, province de l'est de la République démocratique du Congo.

Rien que depuis début septembre, les autorités locales ont dénombré huit personnes mortes brûlées ou lynchées dans trois territoires (Kalehe, Walungu et Fizi) par une justice populaire aussi horrible qu'expéditive, souvent déclenchée sur l'injonction obscurantiste de voyantes et autres prêcheurs en mal de fidèles.

"Nous avons enregistré 324 accusations de sorcellerie sur la période allant de juin à septembre", déclare Nelly Adidja, de l'Association des femmes des médias (AFEM) du Sud-Kivu. Le territoire de Kalehe compte à lui seul 114 cas, dont cinq femmes brûlées vives et quatre autres emmenées on ne sait où par des milices d'autodéfense.

"Il y a une résurgence du phénomène parce que l'Etat a failli à ses missions régaliennes, la police et la justice ne font pas leur travail", estime le Pr Bosco Muchukiwa, sociologue et directeur général de l'Institut supérieur de développement rural (ISDR) de Bukavu.

Le problème, selon lui, est accentué par les "Bajakazi", des voyantes et pseudo-prêcheuses présentes dans presque tous les villages. Il y a aussi quelques hommes, mais ce sont en majorité des femmes. Elles prétendent détecter les sorciers et sorcières. "C'est faux, elles n'ont aucun pouvoir, mais elles jouent sur la naïveté des gens qu'elles manipulent, pour avoir plus d'adeptes, se donner une certaine valeur, plus de poids dans le village".

"Charlatans"

"Il faut interdire les chambres de prières de ces charlatans!", plaide de son côté Muhindo Cikwanine, juriste et expert en droit parlementaire. "En 2014, les députés provinciaux ont voté un édit (loi) interdisant le recours à la justice populaire au Sud-Kivu", mais le texte n'est pas appliqué, "cette loi n'a pas été suivie d'une sensibilisation suffisante de la population", estime-t-il.

Thadée Miderho, administrateur du territoire de Kabare, dit avoir enregistré depuis le début de l'année six personnes tuées, "essentiellement des femmes de plus de 60 ans", au motif qu'elles étaient des sorcières, désignées comme telles par des "Bajakazi".

Il y a deux ans, sur la base d'une plainte adressée au procureur de Kavumu (nord de Bukavu), 11 de ces prêtresses ont été arrêtées et ont passé six mois en prison. "Elles ont été libérées après avoir promis de changer de métier, mais certaines continuent leurs activités en cachette", déplore l'administrateur.

Quant à traduire en justice les villageois qui tuent les supposées sorcières, c'est mission quasi-impossible, selon Thadée Miderho. "En cas de justice populaire, les chefs de villages disent que c'est 'la population' qui en est l'auteur, ils ne citent pas de noms".

Shasha Rubenga, lui, frémit encore à l'évocation de scènes dont il a été témoin le 16 août à Cifunzi, un village d'environ 2.000 habitants à la lisière du Parc national de Kahuzi-Biega.

"Il était environ 5 heures du matin, c’était un lundi. Des jeunes circulaient dans le village en possession d'une liste sur laquelle figuraient les noms de 19 femmes de plus de 65 ans, désignées comme sorcières par une prophétesse", raconte le jeune enseignant et activiste des droits humains.

Ils recherchaient ces femmes. La plupart d'entre elles, dont les maisons ont été détruites, ont eu le temps de s'enfuir. Quelques autres ont été sauvées par les militaires qui ont tiré en l'air pour disperser la foule.

"Mais j’ai vu ces jeunes mettre la main sur une voisine appelée Nyabadeux", une vielle femme qui a eu sept enfants. "Elle a été brutalisée, aspergée d'essence et enflammée avec une allumette". Cette femme a été brûlée vive en plein milieu du village.

"Cela me fait mal, même des jeunes de moins de 10 ans participent à ces scènes macabres", poursuit Shasha. "J'ai vu un enfant de cinq ans avec un gros bâton, en train de retourner le corps carbonisé de Nyabadeux".

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Congo: appel à la création d'une commission d’enquête sur les victimes du référendum de 2015

Une affiche de campagne du président congolais réélu Denis Sassou Nguesso est photographiée à l'extérieur du siège du Parti congolais du travail (PCT) au pouvoir à Brazzaville le 23 mars 2021.

Une ONG congolaise a réclamé vendredi la mise en place d’une commission d’enquête indépendante "pour rendre justice" aux personnes tuées durant la campagne du référendum de 2015, qui avait permis au président Denis Sassou Nguesso de briguer un troisième mandat en 2016.

"Ce qui s’est passé en 2015, ce sont des crimes extrêmement graves et il est incompréhensible que six ans après justice ne soit pas rendue", a déclaré à l’AFP Trésor Nzila, directeur exécutif du Centre d’actions pour le développement (CAD).

"Nous voulons coûte que coûte une commission d’enquête indépendante sur les victimes de la campagne référendaire, pour que la justice s’enclenche", a-t-il ajouté.

En octobre 2015, le Congo est en pleine campagne référendaire. Deux camps s'opposent: d’un côté les partisans du pouvoir qui militent pour le changement de la constitution adoptée en 2002, de l’autre les opposants qui appellent au boycott. Les manifestations de ces derniers sont réprimées par la force publique.

Le bilan établi par les autorités faisait état de quatre morts et dix blessés par balles dont trois membres des forces de l’ordre.

"Ce bilan est largement sous-estimé, des sources indépendantes ont enregistré une trentaine de morts", a souligné Trésor Nzila. "La contradiction des chiffres fait obligation à ce qu’il y ait une commission d’enquête indépendante", a-t-il insisté.

En 2018, le gouvernement congolais s’était engagé devant la Commission des droits de l’homme de l’ONU à mettre en place une commission devant faire la lumière sur ces évènements.

"Mais, trois ans après, cette commission ne voit toujours pas le jour", a encore déploré M. Nzila.

Une fois adoptée en 2015, la nouvelle constitution avait fait sauter le verrou de la limitation des mandats à deux, permettant ainsi à Denis Sassou Nguesso de briguer un troisième mandat en 2016, puis un quatrième en mars dernier.

Le président Sassou Nguesso, 78 ans, a la possibilité de se présenter (pour la dernière fois) en 2026.

La Kényane Joséphine Ekiru remporte le prix Women Building Peace de l'Institut de la Paix des Etats-Unis

La Kényane Joséphine Ekiru, laureate du prix Women Building Peace Award 2021.

La Kényane Joséphine Ekiru est la lauréate du Women Building Peace Award 2021, décerné le 20 octobre par l'Institut de la Paix des Etats-Unis (USIP). Cinq africaines, dont une Congolaise et une Camerounaise, étaient parmi les neuf finalistes.

Ce prix récompense les femmes qui apportent une contribution importante dans la résolution des conflits et les processus de paix ou jouent un rôle particulier dans l'apaisement en zones touchées par les conflits.

Lors de la cérémonie de remise du prix le 20 octobre 2021, la présidente de l'USIP, Lise Grande, a déclaré que la plupart des bâtisseurs de paix dans le monde sont des femmes. "Il est de notre responsabilité de faire plus pour soutenir et célébrer ces femmes", a-t-elle conclu.

Le prix a été présenté par l'amirale de la marine américaine à la retraite Michelle Howard, dans le cadre d'une cérémonie virtuelle mettant en vedette les finalistes et rendant un hommage particulier aux femmes afghanes.

La lauréate Joséphine Ekiru est Coordinatrice de la paix pour le Northern Rangelands Trust au Kenya (NRT), qui rassemble plus de 300.000 autochtones du nord et de l'est du Kenya travaillant ensemble pour mettre fin aux conflits intercommunautaires, préserver les terres et protéger la faune. Elle a grandi dans la communauté pastorale Turkana.

Mme Ekiru a utilisé la protection de l'environnement comme approche innovante pour la consolidation de la paix entre tribus dans ces régions, où les affrontements duraient depuis des décennies. Témoin de ces tueries, elle a façonné son objectif d'aider ces communautés à s'allier.

De longues années d'efforts se sont concrétisées en 2011 lorsque sa tribu s'est réunie avec les Borana pour former la Nakuprat-Gotu Conservancy, une initiative de conservation communautaire.

En 2014, cette activiste de la paix a rejoint la NRT, qui représente une kyrielle de communautés sur près de 4,5 millions d'hectares. Elle utilise de multiples voies pour permettre aux jeunes et aux femmes d'atteindre des postes de direction dans les structures communautaires.

Cinq africaines parmi les neuf finalistes

La lauréate du prix Women Building Peace, Josephine Ekiru, avait à ses côtés une autre Kenyane, Jayne Waithitu, l'une des neufs finalistes sélectionnées par le Conseil des Femmes pour la Paix de l'USIP, parmi 125 nominations, provenant d'une trentaine de pays, pour leur engagement dans la consolidation de la paix et la prévention des conflits.

Jayne Waithitu s'est inspirée du programme rwandais de consolidation de la paix post-génocide, Ndi umunyarwanda, fondée sur la dignité de la personne pour favoriser l'harmonie. Comnme sa compatriote lauréate, elle a exploité le potentiel des femmes autochtones, artisanes locales de la paix.

En 2018, elle a fondé la Peace Warriors Organization (PWO), qui regroupe plus de 150 femmes des 47 comtés du pays. Après les violences postélectorales au Kenya en 2008, Mme Waithitu a mis en œuvre des procédures pour prévenir la violence et a permis de former des policiers.

En parallèle à son activité propre, elle forme des médiateurs locaux et internationaux et est aussi mentor du Global Give Back Circle, qui vise à autonomiser les jeunes dans les zones de conflit.

La Congolaise Tatiana Mukanire, coordinatrice du Mouvement National des Survivantes de Violences Sexuelles en République Démocratique du Congo, fait le plaidoyer des victimes d'atrocités commises en temps de guerre.

Elle a grandi à Kavumu dans le Sud-Kivu dans l'est du pays. Après avoir vécu personnellement la violence sexuelle, elle consacré sa vie à soutenir d'autres survivantes en demandant justice et réparations pour elles.

Mme Mukanire a formé un réseau de plus de 4 000 survivantes de violences sexuelles dans cinq provinces de la RDC, qui se sont lancées dans des activités génératrices de revenus et font la promotion de l'autonomisation des femmes.

La saison des prix pour la Congolaise Julienne Lusenge
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La Camerounaise Esther Omam, fondatrice de Reach Out Cameroon (ROC), organisation créée en 1996, axe son action de promotion de la paix sur les femmes et les jeunes dans les régions anglophones du sud-ouest et du nord-ouest du Cameroun.

Née dans les bidonvilles de Douala, elle a été forcée d'abandonner l'école et de se marier à un jeune âge.

En 2018, elle a formé le Southwest-Northwest Women's Task force (SNWOT), une coalition de plus de 150 femmes leaders qui se sont réunies pour des pourparlers de paix dans ces régions.

Mme Omam a facilité les dialogues intercommunautaires entre les femmes, les jeunes et les dirigeants locaux, et a joué un rôle clé dans l'organisation de la première Convention nationale des femmes pour la paix au Cameroun, qui a réuni plus de 1.200 femmes en juillet 2021.

Une Sud-Soudanaise était parmi les finalistes du prix 2021 de l'Institut de la Paix des Etats-Unis. Il s'agit de Nyachangkouth Tai, qui s'est engagée dans la protection des femmes et des filles contre la violence sexuelle pendant le conflit dans son pays.

Mme Nyachangkuoth dirige l'organisation Mother Care et supervise les programmes de genre à la Mission d'Assistance pour l'Afrique (AMA). Elle a aussi dirigé un groupe de travail de 120 survivantes qui ont plaidé pour l'inclusion des femmes dans les tribunaux traditionnels.

Trois africaines lauréates du Prix Femme de Courage
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Les finalistes d'autres régions du monde troublées par la violence armée

Les quatre autres finalistes du prix Women Building Peace de l'Institut de la Paix des Etats-Unis étaient la Pakistanaise Tabassum Adnan, les Colombiennes Teresita Gaviria et Waldistrudis Hurtado, ainsi que la Bangladaise Rani Yan Yan. Leur parcours respectifs sont également exemplaires.

La Pakistanaise Tabassum Adnan, militante des droits des femmes de la vallée de Swat au Pakistan, a joué un rôle déterminant dans la transformation des mécanismes communautaires de médiation des conflits pour promouvoir la justice pour les femmes.

En 2013, elle a créé Khwendo Jirga, la premier conseil de femmes au Pakistan, qui a résolu plus de 2.000 cas de violence. Mme Adnan a permi aux autorités locales d'ouvrir un poste de police pour femmes à Swat.

Tabassum Adnan, qui travaille aussi sur la traite des êtres humains, est récipiendaire du Prix 2015 Femmes de courage du département d'État américain.

La Colombienne Teresita Gaviria, est la voix des victimes de disparition forcée en Colombie. Un an après la disparition de son fils en 1998, elle a fondé Madres de la Candelaria, qui soutient les mères des victimes. Son organisation a recueilli des informations sur des centaines de disparitions.

Mme Gaviria a plaidé avec succès pour l'inclusion des disparitions forcées dans le code pénal colombien, et a témoigné entre le gouvernement et les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) lors des négociations de paix de 2016.

L'autre Colombienne finaliste est Waldistrudis Hurtado, militante des droits des femmes depuis plus de 25 ans, directrice du Collectif féminin Mujeres Trenzadas Somos Más et membre du Mouvement national des femmes afro-colombiennes.

Elle est également membre de deux groupe consultatif onusiens pour l'Amérique latine et les Caraïbes, et de l'initiative Spotlight du Fonds des Nations Unies pour la Population pour l'élimination de la violence sexiste et du fémicide.

Autre finaliste malheureuse, la Bangaldaise Rani Yan Yan, qui milite pour les droits des femmes de la région de Chittagong Hill Tracts dans son pays, où les autochtones ont un accès limité aux terres et services de base, malgré l'accord de paix signé en 1997.

Conseillère au sein de la royauté Chakma, Rani Yan Yan se préoccupe en particulier de la participation des peuples autochtones aux réformes et à la mise en œuvre de législations et politiques qui les impactent. Elle adopte une approche inclusive axée sur l'équité pour renforcer la paix durable dans son pays.

L'objectif de l'Institut de la Paix des Etats-Unis, fondé par le Congrès américain, vise à prévenir, atténuer et résoudre les conflits dans le monde. L'USIP travaille avec les gouvernements étrangers et la société civile pour renforcer les capacités locales à gérer ces conflits de manière pacifique et inclusive.

eSwatini: un mort et 80 blessés lors d'une manifestation

Une personne ayant reçu une balle de la police spéciale swazie est transportée sur une civière à Mbabane, le 20 octobre 2021.

Une personne a été tuée et au moins 80 autres ont été blessées mercredi en Eswatini, dernière monarchie absolue d'Afrique, lors d'une manifestation anti-régime violemment réprimée par les autorités, a indiqué le syndicat des fonctionnaires.

Des coup de feu ont retenti mercredi soir dans la capitale Mbabane et une personne a été abattue plus tôt dans la journée, selon le syndicat de fonctionnaires NAPSAWU.

"L'armée et la police ont tué une personne vers 15H00 aujourd'hui", a déclaré à l'AFP le président de ce syndicat, Oscar Nkambule.

Cinquante membres de ce syndicat ont été transportés dans un hôpital de la capitale, Mbabane, tandis que 30 autres ont été hospitalisés dans la ville de Manzini, certains ayant été blessés par balles.

Des policiers et des soldats lourdement armés s'étaient déployés en masse dans la journée à Mbabane et Manzini, et ont tiré des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes sur les manifestants.

Depuis plusieurs semaines, le petit pays pauvre et enclavé d'Afrique australe est secoué par une vague de protestations pour réclamer la démocratie.

Les violences de mercredi ont commencé vers 05H00 GMT, selon M. Nkambule.

Des gaz lacrymogènes ont été tirés à l'intérieur d'un bus transportant des manifestants. Des images montrant des personnes sautant des fenêtres d'un bus enveloppé de fumée lacrymogène blanche ont circulé sur les réseaux sociaux.

Internet a été coupé dans le pays vers midi. A Mbabane, un lycée a été incendié.

Dans ce contexte, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a eu un entretien téléphonique avec le roi Mswati III mercredi matin, a indiqué une source officielle de Pretoria dans un communiqué.

M. Ramaphosa, qui préside actuellement l'organe de sécurité de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), a dépêché un émissaire en Eswatini pour s'entretenir avec le roi jeudi après-midi.

Une précédente vague de manifestations pro-démocratie en juin, organisées par la société civile et l'opposition en Eswatini, avait fait au moins 28 morts.

Dans cette monarchie, le roi nomme les ministres, contrôle le Parlement et les partis politiques sont interdits depuis près de 50 ans.

Couronné en 1986 à l'âge de 18 ans, le souverain qui a 15 épouses et plus de 25 enfants, est décrié pour sa poigne de fer et son train de vie fastueux dans un pays dont les deux tiers de la population vivent sous le seuil de pauvreté.

Violences policières au Nigeria: quel bilan, un an après?

Des manifestants se rassemblent avec des pancartes à la main, lors d'une manifestation pour commémorer le premier anniversaire d'EndSars, un mouvement de protestation contre la brutalité policière à la fontaine de l'Unité à Abuja, le 20 octobre 2021.

Au Nigeria, il y a un an jour pour jour après les manifestations #EndSARS au Nigeria, les manifestations menées par des jeunes Nigérians dans différentes villes avaient mobilisées de nombreux militants et célébrités. D'Abuja, que pensent les Nigérians du comportement de la police une année après?

En octobre 2020, des jeunes du Nigeria sont descendus dans les rues pour demander la dissolution d'une unité de police connue sous le nom de SARS, créée initialement pour lutter contre les vols à main armée mais qui au fil des ans s'est avérée problématique.

Les manifestations avaient pour but de mettre fin aux brutalités de SARS, accusée de meurtre et d’extorsion. Les Nigérians disent qu'ils sont toujours victimes de brutalités policières.

"Malheureusement l’attitude des agents de la police nigériane envers les populations n’a pas changée. Nous avons toujours des cas de brutalités policières, des cas d’intimidation des citoyens dans tout le pays", se désole Faith Nwadish, qui dirige le Centre pour la transparence et la bonne gouvernance à Abuja.

Les autorités nigérianes ont constitué des commissions de justice dans presque tous les États touchés par ces manifestations pour enquêter sur les abus imputés aux agents de SARS, l’une des demandes des jeunes manifestants.

"Toutes les commissions n’ont pas fonctionné, exception faite à celle de Lagos, qui a effectué 10% de son travail. C’est lorsque les dirigeants ont appris que nous allons manifester pour marquer cette journée qu’ils ont repris les travaux. Donc vous comprenez le manque de sincérité du gouvernement. L’attitude du président ne montre pas aussi qu’il est déterminé à faire des réformes de la police", lance Déji Adeyanju, président du groupe des Nigérians concernés.

Les manifestations ont pris une tournure meurtrière le 20 octobre 2020, lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu sur les manifestants au péage de Lekki, à Lagos, faisant au moins 12 morts selon des témoins.

Pour marquer cet anniversaire, la police nigériane a interdit tout rassemblement, craignant une escalade.

A Lagos, le centre commercial du pays, la police a dispersé à l’aide de gaz lacrymogènes un attroupement au péage de Lekki. Il s'agissait des célébrités et des jeunes qui tentaient d’organiser une procession de véhicules pour commémorer la journée.

Les Nigerians commémorent les victimes de la répression du mouvement #Endsars

Manifestation "End SARS" contre la brutalité policière à Abuja, en 2020.

Les jeunes nigérians se rassemblent ce mercredi pour rendre hommage, un an après, aux victimes de la sanglante répression policière du mouvement #Endsars contre les violences policières, en dépit des mises en garde des autorités.

Sur les réseaux sociaux, les messages appelant la jeunesse à se retrouver le 20 octobre pour "honorer la mémoire des victimes" dans les grandes villes du sud du pays, à Abuja, Lagos ou encore Port Harcourt, ont été partagés des dizaines de milliers de fois depuis mardi.

"Des citoyens nigérians innocents qui agitaient des drapeaux et chantaient se sont fait tirer dessus, ont été blessés et été tués. Nous ne devons jamais oublier", a écrit mardi le chanteur nigérian Falz, également figure du mouvement, suivi par plus de 8 millions d'utilisateurs sur Instagram.

"Nous allons défiler avec nos voitures en traversant le péage. Nous connaissons leur méthode, une procession de voitures est donc l'option la plus sûre pour minimiser le harcèlement de la police", a ajouté la célébrité.

Les autorités ont mis en garde les citoyens nigérians ces dernières semaines contre de nouvelles manifestations organisées au nom de #Endsars, affirmant que ces dernières avaient dégénéré l'an passé en émeutes et pillages.

En amont du rassemblement mercredi, l'avocate Moe Odele a affirmé sur Twitter avoir recontacté tous les avocats qui s'étaient portés volontaires pour faire libérer les manifestants arrêtés lors du mouvement, pour leur demander "de se tenir prêts".

Un important dispositif des forces de sécurité est attendu mercredi à Lagos, et notamment au péage de Lekki, où des unités de police stationnent depuis déjà plusieurs nuits, selon plusieurs témoins.

Des manifestations dans plusieurs villes

A Lagos, la bouillonnante capitale économique, les citoyens ont prévu de défiler mercredi matin à bord de leur véhicule en traversant avec des drapeaux le péage de Lekki, lieu emblématique de la contestation, où l'armée et la police avaient ouvert le feu le 20 octobre 2020, causant la mort d'au moins 10 personnes et mettant ainsi fin au mouvement.

Dans la capitale fédérale, Abuja, un rassemblement est prévu autour de la fontaine de l'Unité, autre lieu emblématique de la contestation, où des casseurs armés de gourdins et de machettes avaient agressé des manifestants l'an passé.

Dans d'autres villes du Sud, comme Port Harcourt ou Nsukka, des marches en hommage aux victimes sont prévues en fin de soirée.

Le mouvement #EndSARS ("en finir avec la SARS") avait initialement débuté la première semaine d'octobre 2020 pour dénoncer les brutalités de la SARS, une unité spéciale de la police accusée depuis des années de racketter la population, d'arrestations illégales, de torture et même de meurtre.

A quelques kilomètres seulement, le chef de l'Etat Muhammadu Buhari doit recevoir au palais présidentiel son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, qui effectue une visite officielle dans le pays le plus peuplé d'Afrique.

Face à la pression populaire, les autorités avaient démantelé l'unité, et promis de réformer la police, mais la jeunesse, peu convaincue par les promesses du gouvernement, avait continué sa contestation.

La répression des manifestations, notamment le 20 octobre à Lekki, avait ensuite été suivie par une semaine de pillages et de violences.

Une Commission de justice spéciale avait ensuite été mise en place par l'Etat de Lagos pour enquêter sur les accusations de brutalités policières et sur la répression des manifestations.

Devant cette commission, l'armée avait affirmé n'avoir eu recours qu'à des balles à blanc, puis avait admis que ses soldats disposaient également de balles réelles. Ses responsables ont ensuite cessé de s'y présenter en dépit de plusieurs convocations.

La commission, qui a achevé ses consultations publiques lundi, doit prochainement communiquer au gouvernement les résultats de son enquête et des recommandations.

Selon Amnesty International, au moins 56 personnes ont été tuées dans tout le pays durant les semaines de contestation #Endsars.

La police avait indiqué que 51 civils et 22 policiers avaient été tués à la suite des manifestations, tandis que 205 postes de police et autres bâtiments avaient été incendiés ou vandalisés.

En février, quelques dizaines de manifestants avaient tenté de se rassembler au péage de Lekki pour demander justice pour les victimes de la répression, dont les responsables n'ont toujours pas été poursuivis.

Sous les objectifs des journalistes, ils avaient tous été arrêtés, sans exception.

Les victimes de #Endsars

Parmi les victimes se trouve Pelumi Onifade, un journaliste de 20 ans de Gboah TV, basé à Lagos,retrouvé mort dans une morgue quelques jours suite a son arrestation, après avoir couvert les manifestations #EndSARS.

Le 20 octobre 2020, la vidéo du président du Yoruba Youth Forum, Abiodun Bolarinwa, tirant pour disperser des manifestants non armés à Abule Egba, était en ligne, devenant virale, et provoquant un tollé à la suite de la manifestation #EndSARS.

Pelumi et son collègue qui effectuaient un stage en tant que personnel des médias pour Gboah TV auraient capturé l'incident et l'auraient publié.

Quelques jours après la fusillade, Pelumi était de nouveau en service officiel dans le quartier d'Oko Oba à Agege, où il a ensuite été arrêté et emmené par le groupe de travail de l'État de Lagos.

Son collègue, qui avait réussi à s'échapper a rapporté que Pelumi avait été blessé quelques instants avant son arrestation par les agents envoyés dans la région pour faire face aux troubles causés par des voyous.

Pelumi serait décédé en garde à vue des suites aux blessures et son corps avait été déposé à la morgue sans que la nouvelle de sa mort ne soit communiquée aux membres de sa famille.

La famille du jeune homme a demandé justice au gouvernement de l'État de Lagos, à l'inspecteur général de la police et au commissaire de police de l'État pour le meurtre de leur fils.

L'oncle du défunt a demandé une enquête sur les circonstances de sa mort, exhortant l'inspecteur général de la police, Mohammad Adamu, et le commissaire de police de l'État, Hakeem Odumosu, à veiller à ce que les policiers impliqués dans le meurtre d'Onifade soient traduits en justice livre.

Jimoh Isiaq, fut abattu samedi à Ogbomoso, dans l'État d'Oyo, au sud-ouest du Nigeria, par des policiers dispersant des manifestants #EndSARS.

On ne sait pas si Jimoh Isiaq faisait partie des jeunes Nigérians qui protestaient contre la brutalité policière avant d'être abattu. Il a été transporté d'urgence à l'hôpital où il est décédé alors qu'il recevait un traitement.

Mais des images partagées sur Twitter le montraient debout au bord de la route, à plusieurs mètres des policiers. Il n'était pas armé.

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