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Les démocrates révèlent deux chefs d'accusation contre Trump

Les démocrates de la Chambre des représentants, lors de l'annonce des chefs d'accusation retenus contre Donald Trump, visé par une procédure de destitution, le 10 décembre 2019 (AP Photo/Susan Walsh)

Dans une décision appelée à marquer l'histoire, les démocrates américains retenu mardi deux chefs d'accusation dans la procédure de destitution visant Donald Trump: abus de pouvoir et entrave à la bonne marche du Congrès.

Ces chefs, jugés "ridicules" par le président, seront débattus dès mercredi au sein de la commission judiciaire de la Chambre des représentants, en vue d'un vote en séance plénière la semaine prochaine.

Compte tenu de la majorité démocrate dans cette enceinte, Donald Trump deviendra alors selon toutes les probabilités, le troisième président de l'histoire des Etats-Unis mis en accusation au Congrès.

Jusqu'ici, seuls les présidents Andrew Johnson en 1868 et Bill Clinton en 1998 ont vécu cette situation. Le républicain Nixon avait démissionné avant.

M. Trump devrait in fine échapper à une destitution, puisque le Sénat, chargé de son procès, est contrôlé par les républicains. Mais le vote à la Chambre laissera une marque sur sa campagne de réélection.

Mardi soir lors d'un meeting électoral en Pennsylvanie, le président se montrait combattif, martelant devant une marée de casquettes rouges: "Vous avez tellement de chance que je sois devenu votre président".

"Un président normal se serait caché sous la table, le pouce dans la bouche, disant: maman, ramène-moi à la maison, parce qu'il trouverait ça trop dur".

Plus tôt dans la journée, devant les drapeaux américains, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, avait évoqué un "jour solennel" lors d'une allocution matinale pour annoncer les chefs retenus contre le milliardaire new-yorkais.

Elle a jugé "triste" mais "nécessaire" d'en arriver là. Sinon "nous disons adieu à la République et bonjour au président-roi".

C'est fin septembre que les démocrates avaient ouvert une procédure de destitution contre Donald Trump, après avoir appris qu'il avait demandé à l'Ukraine d'enquêter sur Joe Biden, bien placé pour l'affronter à la présidentielle de 2020.

Après plus de deux mois d'enquête, l'opposition l'a accusé d'avoir abusé de son pouvoir pour arriver à ses fins, notamment en gelant une aide militaire cruciale pour ce pays en conflit armé avec la Russie.

En demandant l'ingérence de l'Ukraine, le président "a porté atteinte à la sécurité nationale, a affaibli l'intégrité des élections et violé son serment au peuple américain", a affirmé Jerry Nadler, qui préside la commission judiciaire de la Chambre.

- "Au-dessus des lois" -

Les démocrates lui reprochent également d'avoir refusé de collaborer à leur enquête, ce qui alimente le chef d'entrave à la bonne marche du Congrès.

Jugeant l'enquête en destitution "inconstitutionnelle", la Maison Blanche a en effet intimé à plusieurs conseillers du président de ne pas se plier aux injonctions à comparaître et de ne pas transmettre de documents à la Chambre.

"C'est un schéma familier dans la conduite du président Trump" qui "croit ne devoir de comptes à personne", a poursuivi M. Nadler, un adversaire de longue date de l'ex-magnat de l'immobilier. Mais "nous devons être clairs, personne, pas même le président, n'est au-dessus des lois".

M. Nadler a ensuite publié l'acte formel de mise en accusation, "impeachment" en anglais, de Donald Trump, long de neuf pages. "La conduite du président a démontré qu'il resterait une menace pour la Constitution s'il était autorisé à rester au pouvoir", précise le texte.

Le président "s'attend à être totalement exonéré car il n'a rien fait de mal", a encore déclaré mardi la porte-parole de la Maison Blanche, Stephanie Grisham, au sujet de cette procédure.

Reste à savoir si son procès, envisagé en janvier, sera rapide, comme le souhaitent certains proches du président, ou si Donald Trump s'en servira comme tribune politique.

En attendant, la procédure empiète sur le fonctionnement du Congrès.

Le nouvel accord de libre-échange entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada (AEUMC), signé mardi à Mexico, devra "très probablement" attendre la fin du procès du président pour être ratifié par le Congrès américain, a déclaré le chef de la majorité républicaine au sénat, Mitch McConnell.

Avec AFP

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Procès en destitution: la défense de Trump tente de parer les révélations de Bolton

Les avocats du président Donald Trump Jay Sekulow et Pat Cipollone au sénat le 25 janvier 2020 (REUTERS/Joshua Roberts)

Les avocats de Donald Trump ont tenté lundi de reprendre l'offensive après les révélations explosives d'un ancien conseiller de la Maison Blanche qui ont fragilisé la défense du président américain dans son procès en destitution devant le Sénat.

Ils se sont aussi lancés dans une attaque en règle contre l'ancien vice-président démocrate Joe Biden, un possible rival à l'élection présidentielle du 3 novembre.

Le milliardaire républicain fait l'objet de cette procédure historique pour avoir demandé à l'Ukraine d'enquêter sur Joe Biden et sur les affaires de son fils Hunter dans ce pays gangrené par la corruption.

Majoritaires à la Chambre des représentants, les démocrates l'ont mis en accusation pour "abus de pouvoir" et "entrave au travail du Congrès" le 18 décembre sans aucune voix républicaine.

Ils estiment que le président a essayé de "salir" son adversaire potentiel pour faciliter sa réélection et qu'il a utilisé les moyens de l'Etat, notamment en gelant une aide militaire cruciale pour Kiev, pour parvenir à ses fins.

Dans sa plaidoirie, la défense de Donald Trump a affirmé que la destitution était une "arme thermonucléaire" trop dangereuse pour s'appliquer en l'absence de "crime" au sens pénal du terme.

- Arme politique -

"L'abus de pouvoir est une arme politique. Elle devrait être utilisée contre des adversaires politiques et laissons les électeurs en décider", a martelé le célèbre constitutionnaliste Alan Dershowitz, dernier à plaider lundi.

Dans un long exposé aux allures de cours magistral, il est allé plus loin que l'argument-phare de la Maison Blanche selon laquelle il n'y a pas eu de "pression" sur Kiev ou de "donnant-donnant".

Une stratégie fragilisée par les révélations de l'ancien conseiller à la sécurité nationale John Bolton.

"Le +donnant-donnant+ n'est pas un cas d'abus de pouvoir, cela fait partie de la politique étrangère conduite par les présidents depuis le début", a expliqué l'avocat devant les sénateurs.

"Rien dans les révélations de M. Bolton, même si elles sont vraies, pourrait être du niveau de l'abus de pouvoir et de la destitution", a-t-il martelé.

John Bolton affirme dans un livre à paraître prochainement que Donald Trump lui a confié en août ne pas vouloir débloquer l'aide militaire destinée à l'Ukraine sans enquête sur les Biden.

"Je n'ai JAMAIS dit" ça à John Bolton, a démenti l'hôte de la Maison Blanche, en accusant son ancien conseiller, limogé en septembre, de vouloir "vendre son livre".

Les avocats de Donald Trump ont aussi tenté de démontrer qu'il était dans son droit en s'inquiétant d'une possible "corruption" des Biden en Ukraine.

L'ancienne procureure de Floride Pam Bondi a relevé qu'Hunter Biden avait gagné "des millions" de dollars en siégeant au conseil d'administration du groupe gazier ukrainien Burisma au moment où son père, alors vice-président de Barack Obama, était chargé de la politique américaine dans ce pays.

- "Théorie du complot" -

Hunter Biden n'aurait "probablement pas" été engagé par Burisma si son père n'avait pas été vice-président, a assené cette fervente supportrice de Donald Trump, en rappelant que plusieurs personnes s'étaient émues déjà à l'époque d'un "apparent conflit d'intérêt".

Elle a également suggéré que M. Biden avait obtenu le limogeage du procureur général ukrainien alors chargé de la lutte anti-corruption, pour protéger l'employeur de son fils.

L'équipe de campagne de M. Biden a dénoncé l'utilisation par Mme Bondi d'une "théorie du complot" qui a été "complètement réfutée".

En marge du procès, l'élu démocrate et procureur en chef Adam Schiff a reproché aux avocats de ne pas avoir réussi à expliquer "pourquoi le président a exprimé un intérêt pour Hunter Biden uniquement quand Joe Biden s'est porté candidat à la présidence".

Dans un nouvel extrait de son futur livre dévoilé lundi par le New York Times, M. Bolton raconte en outre avoir fait part au ministre de la Justice Bill Barr de son inquiétude face aux "faveurs" accordées par M. Trump aux dirigeants chinois et turc.

Les révélations de John Bolton ont semblé faire bouger les lignes au sein de la majorité républicaine au Sénat, dont les 53 élus (sur 100) ont jusqu'ici toujours refusé de convoquer le conseiller de M. Trump, comme le réclament les procureurs démocrates.

Au moins trois élus modérés --Mitt Romney, Susan Collins et Lisa Murkowski-- ont suggéré qu'ils pourraient voter en faveur d'une audition de M. Bolton.

Ce vote devrait intervenir en fin de semaine, une fois que la défense aura bouclé sa plaidoirie et que les sénateurs auront posé, par écrit, leurs questions aux deux parties.

Il suffira que quatre républicains s'allient aux démocrates pour que John Bolton soit convoqué. L'ancien conseiller a fait savoir qu'il accepterait de répondre à une assignation à comparaître.

Même si les démocrates remportent cette bataille, in fine, ils semblent voués à perdre le procès.

La Constitution fixe en effet une majorité des deux tiers pour destituer un président. Pour y parvenir, il faudrait que 20 républicains fassent défection, ce qui paraît totalement improbable.

John Bolton, l'ex-conseiller va-t-en-guerre prêt à batailler avec Trump

Le conseiller américain à la sécurité nationale John Bolton pour une cérémonie de signature entre Kim Jong Un et Donald Trump à Singapour le 12 juin 2018.

John Bolton, l'ex-conseiller va-t-en-guerre prêt à batailler avec TrumpJohn Bolton était connu pour ses positions va-t-en-guerre en diplomatie. Mais l'ex-conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump vient de lâcher une bombe sur la scène politique américaine.

Depuis qu'il a été limogé en septembre par le milliardaire républicain en raison de leurs désaccords sur la politique étrangère, le Tout-Washington bruissait de rumeurs sur ses intentions: allait-il régler ses comptes? Qu'allait-il raconter dans son livre, à paraître le 17 mars?

Dimanche soir, le New York Times a rapporté que l'ancien conseiller à la fameuse moustache blanche affirme dans ce manuscrit que Donald Trump lui avait bien dit, en août, que le gel d'une aide militaire cruciale à l'Ukraine ne serait levé qu'en échange de garanties de Kiev sur l'ouverture d'enquêtes contre Joe Biden, son rival potentiel à la présidentielle de novembre.

L'auteur de ces mémoires n'a pas démenti, se bornant à assurer n'être pas à l'origine de la fuite.

Or cette accusation de chantage est justement au cœur du procès en destitution du 45e président américain actuellement en cours. Jusqu'ici, aucun témoin direct ne l'avait clairement imputé au locataire de la Maison Blanche: si son ex-conseiller diplomatique devait le faire sous serment, sa défense se verrait largement contredite.

Les démocrates réclament que John Bolton soit convoqué comme témoin lors du procès au Sénat.

L'intéressé, après avoir fait mine de vouloir batailler en justice pour y résister, a finalement fait savoir début janvier qu'il viendrait témoigner en cas de citation à comparaître.

Mais le camp présidentiel freine des quatre fers.

- "Pas" en bons termes -

"Je ne sais pas si on s'est quittés en bons termes. Je dirais probablement pas", a reconnu la semaine dernière le président Trump. "On n'a pas envie que quelqu'un témoigne quand on ne s'est pas quittés en bons termes", a-t-il ajouté avec candeur.

Depuis que l'affaire ukrainienne a éclaté en septembre, John Bolton est resté silencieux.

Il n'a pas démenti les membres de son ancienne équipe à la Maison Blanche lorsqu'ils ont rapporté, durant l'enquête parlementaire, comment il s'était emporté en apprenant le donnant-donnant qui se tramait entre Washington et Kiev. Il n'a pas non plus cherché à infirmer le récit selon lequel il avait dénoncé des méthodes dignes d'un "trafic de drogue" et comparé Rudy Giuliani, l'avocat personnel de Donald Trump, à "une grenade dégoupillée".

Entre l'impétueux président et le bouillonnant diplomate, le mariage était imparfait dès sa nomination en mars 2018.

Les deux hommes sont unis par un fervent souverainisme et une détestation commune du multilatéralisme.

"America First", le slogan présidentiel, est fait pour plaire à John Bolton, 71 ans, convaincu de longue date qu'il faut placer l'Amérique d'abord et dénoncer les organisations internationales qui cherchent à empiéter sur ses prérogatives nationales.

Le juriste aux fines lunettes métalliques ne cache pas tout le mal qu'il pense de la justice internationale et même de l'ONU, où il s'est fait connaître lors d'un passage mouvementé comme ambassadeur des Etats-Unis en 2005-2006 sous la présidence de George W. Bush.

- Faucon -

Grâce à cet unilatéralisme exacerbé, et à ses commentaires comme chroniqueur sur la chaîne Fox News prisée du président, il a fini par décrocher le poste stratégique dont il rêvait, conseiller à la sécurité nationale.

Mais ce faucon s'est vite retrouvé en porte-à-faux avec tout un pan de la politique trumpiste.

Conseiller va-t-en-guerre d'un président qui ne veut pas faire la guerre, il a eu du mal à dissimuler son agacement lorsque l'ex-homme d'affaires se targuait de négocier avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un ou avec les talibans en Afghanistan, ou encore lorsqu'il se disait prêt au dialogue avec l'Iran.

Si sa parole est rare depuis son départ de la Maison Blanche, il ne s'est pas privé d'étriller la stratégie nord-coréenne de l'administration Trump. Mais il a salué la frappe américaine pour tuer le puissant général iranien Qassem Soleimani.

Aux côtés des néoconservateurs, John Bolton fut l'un des architectes de l'invasion de l'Irak en 2003. Il est partisan des guerres préventives, alors que Donald Trump estime que l'Amérique ne peut être le gendarme du monde et, dans de nombreuses situations, doit se désengager.

Avant même de le limoger sans ménagement, Donald Trump ne cachait d'ailleurs pas les tensions croissantes.

"Il a des avis appuyés sur plein de sujets mais c'est OK. En fait, je le calme, ce qui est vraiment incroyable", ironisait-il en mai dernier.

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