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Mali

Les cheminots reprennent le travail après cinq mois de grève

Manifestations à Bamako le 5 avril 2019.

Les cheminots maliens ont repris lundi le travail après presque cinq mois d'arrêt, dont un mouvement de grève de la faim, pour le paiement de nombreux mois d'arriérés de salaires, a-t-on appris auprès de leur syndicat et du gouvernement.

Après une cérémonie officielle samedi, en présence du nouveau ministre des Transports, Ibrahima Abdoul Ly, pour la fin de la grève lancée en décembre, les cheminots ont repris le travail lundi, a rapporté un journaliste de l'AFP.

"Nous avons, comme vous le voyez, repris le travail ce lundi", a déclaré à l'AFP Moussa Keïta, secrétaire général du syndicat libre du rail, le principal du secteur, entouré de ses camarades, dans la cour de la direction des chemins de fer de Bamako.

Pour 2018, "les salaires des quatre derniers mois seront payés", à commencer par ceux de septembre et octobre, puis de novembre et décembre, avait annoncé le ministre samedi.

Depuis le début de la grève, il y a plus de 140 jours, les cheminots occupaient les emprises de la voie ferrée. "Des dizaines" d'entre eux observaient aussi alternativement une grève de la faim, selon leurs représentants. Près de 500 cheminots appartenant à trois syndicats étaient concernés.

Les syndicalistes estiment à une vingtaine le nombre de morts pendant le mouvement parmi les grévistes et leurs familles, un bilan qui n'a pas été confirmé de source gouvernementale ou hospitalière.

"Si on compte les travailleurs décédés lors de la grève de la faim et les travailleurs et des membres de leurs familles malades qui n'ont pu être sauvés à cause du manque de moyens pendant les cinq derniers mois, il y a une vingtaine de personnes", a affirmé à l'AFP Dramane Afo, un responsable syndical.

L'Etat s'est engagé "à relancer le rail" et "a également pris l'engagement de relancer les activités qui passent par l'achat de nouvelles locomotives et la remise en état du réseau ferroviaire", a déclaré à l'AFP Mahamane Sinta, un autre responsable syndical.

La voie ferrée Dakar-Bamako, longue de 1.286 km, dont la moitié au Mali, revêt une importance vitale pour les échanges de ce pays enclavé, sans ouverture sur la mer.

En décembre 2015, le Mali et le Sénégal ont signé chacun un accord avec l'entreprise publique chinoise China Railway Construction Corporation pour la réhabilitation de cette infrastructure stratégique.

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Un rapport secret de l'ONU accuse de hauts responsables maliens d'entraver la paix

Les soldats de la force conjointe du G5 Sahel assistent à l'inauguration de son nouveau quartier général à Bamako, le 3 juin 2020. (Photo: MICHELE CATTANI / AFP)

Parmi les personnalités visées, l'ancien chef d'Etat major de l'armée de terre, le général Keba Sangaré et le général Moussa Diawara, à la tête du renseignement.

Des experts de l'ONU accusent des hauts responsables maliens de l'armée et des services de renseignements de "compromettre" l'application de l'accord de paix d'Alger, en dépit d'appels pressants de la communauté internationale pour résoudre la crise.

Ce rapport, remis au Conseil de sécurité de l'ONU le 7 août, n'est pas encore rendu public. L'AFP en a pris connaissance vendredi, alors que le Mali fait depuis plusieurs mois face à une nouvelle contestation politique majeure.

Une coalition d'opposants, de religieux et de personnalités de la société civile demande depuis juin la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) en l'accusant notamment ainsi que son entourage de corruption et de népotisme. Au moins quatorze Maliens ont été tués en juillet dans des troubles, selon l'ONU.

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Ce rapport détaille la "méfiance" et la "confusion" créées par l'obstruction par de hauts responsables maliens de l'application de l'accord de paix signé en 2015 entre Bamako et les groupes armés, feuille de route censée résoudre la profonde crise sécuritaire débutée en 2012 avec le soulèvement de groupes armés indépendantistes touareg, puis jihadistes dans le nord du pays.

Les responsables maliens, qui ont "menacé et retardé" l'application de l'accord, devraient selon les experts être "tenus responsables" par le Comité de sanctions de l'ONU, qui doit se réunir prochainement.

Parmi les personnalités visées, l'ancien chef d'Etat major de l'armée de terre (2019-2020), le général Keba Sangaré, qui est notamment accusé de "prises de décision douteuses" lors du redéploiement programmé d'éléments de l'armée malienne dans le nord du pays fin 2019.

"Tactiques dilatoires"

Ce redéploiement progressif de l'armée nationale dans les principales villes du nord du pays doit se faire sous la forme de bataillons mixtes d'une armée dite reconstituée composés à ratio égal des forces armées maliennes, des combattants de l'ex-rébellion et des groupes armés pro-gouvernement.

Certains de ces bataillons mixtes ont fini leur entrainement officiel le 2 septembre 2019, dit le rapport onusien, mais ont reçu leur lieu d'affection par l'état-major "seulement en décembre", retard "largement" imputable à une décision de M. Sangaré selon les experts.

Entre temps, la plupart des soldats (pour la majorité originaires du nord du Mali, sans famille à Bamako selon l'ONU) "n'ont pas reçu de moyens de transport pour retourner dans leur région d'origine".

Certains ont essayé de rentrer chez eux par leur propres moyens. Mais 20 d'entre eux, voyageant dans un bus public, ont été enlevés par des hommes armés sur la route entre Bamako et Gao début septembre. Ils restaient fin août "disparus", disent les experts de l'ONU.

Ces événements symbolisent à la fois les "erreurs de planification" mais aussi les "tactiques dilatoires du gouvernement" dans l'application de l'accord de paix.

Le général Sangaré est également ciblé pour son rôle lors de l'attaque en février d'Ogossagou, un village peul du centre du Mali déjà attaqué en 2019 (160 morts). L'armée malienne, qui avait été déployée dans Ogossagou après cette première attaque, avait été largement critiquée par les ONG pour avoir quitté les lieux quelques heures avant la seconde attaque, le 14 février 2020.

Alimenter les "divisions internes"

M. Sangaré, en sa qualité de Chef d'état-major de l'armée de terre et en charge de la région du centre du Mali, "a été appelé à de nombreuses reprises et a reçu des messages l'informant de la menace, de la préparation et du début" de l'attaque, selon le rapport.

Mais il a "donné une fausse assurance à sa hiérarchie (...) que l'unité ne partirait pas avant l'arrivée de l'unité de remplacement".

L'unité sur place a quitté Ogossagou en fin d'après-midi, celle de remplacement n'est pas arrivée avant l'attaque durant la nuit, et au moins 35 personnes ont été tuées dans le village sans défense.

M. Sangaré a été limogé suite à l'attaque.

Les experts pointent également du doigt les services de renseignement maliens, devenus selon eux "vecteurs" d'une "stratégie non officielle (des autorités) visant à entraver la mise en oeuvre de l'Accord".

Selon le rapport, la Direction générale de la sécurité d'Etat (DGSE) "a incité, encouragé et facilité la fragmentation de la Coordination des mouvements de l'Azawad", la principale alliance signataire de l'accord de paix de groupes armés ex-rebelles, en "finançant" des "individus clés qui ont créé des groupes dissidents" du MNLA, groupe armé membre de la CMA, en 2016.

De plus, la DGSE a "alimenté les divisions internes" au sein de la Plateforme, l'autre alliance de groupes armés signataire de l'accord de paix, dit le rapport.

Le général Moussa Diawara, à la tête de la DGSE, est ciblé par les experts comme étant "personnellement intervenu" dans un détournement lié au processus d'attribution des quotas d'intégration d'anciens combattants ex-rebelles dans l'armée.

Le coronavirus interdit de visite dans la plus grande prison malienne

Des détenus sont vus dans leur cellule de la prison centrale de Bamako à Bamako, le 3 juillet 2020.

C'est loin d'être leur première préoccupation. Mais pour ceux qui s'accrochent aux barreaux de cette prison de Bamako, le coronavirus est devenu une réalité quotidienne avec laquelle il faut compter.

La maison centrale d'arrêt de Bamako, plus grande prison du Mali, s'est organisée dès le début pour empêcher la pandémie de franchir ses hauts murs. Avec succès jusqu'à présent, malgré la surpopulation, malgré la promiscuité et malgré des gestes barrière difficiles à faire appliquer par ses plus de 2.000 détenus.

Construit en plein centre de la capitale sous la colonisation française en 1951, l'établissement est une ville dans la ville. Si certains détenus - dont quelque 350 suspectés de jihadisme - sont gardés derrière d'épais barreaux, d'autres sirotent le thé dans de larges cours.

La vie y est bruyante et animée, chacun s'apostrophe dans un désordre apparent où chaque chose a sa place: à droite, la cuisine où d'immenses marmites laissent échapper le fumet du déjeuner, à gauche, le vendeur de cigarettes. Là, le coiffeur, plus loin, des détenus refont le monde (et le Mali), séparés par une grille.

Le colonel Adama Guindo, directeur général de la prison centrale de Bamako dans son bureau, le 3 juillet 2020.
Le colonel Adama Guindo, directeur général de la prison centrale de Bamako dans son bureau, le 3 juillet 2020.

A priori, la prison réunissait les conditions idéales pour une propagation rapide du virus, d'autant que la capitale concentre la majorité des quelque 2.500 cas de coronavirus officiellement recencés (pour plus de 120 morts) dans cet immense pays sahélien confronté à la pauvreté, à la guerre depuis 2012 et, depuis juin, à une profonde crise politique.

"Dès le début de la pandémie, on a tout fait pour qu'elle ne rentre pas ici", explique à l'AFP le colonel Adama Guindo, régisseur de la maison d'arrêt, un masque couvrant le bas de son visage.

Mi-juillet, quatre mois après l'apparition du coronavirus au Mali, aucun cas n'avait été détecté parmi les prisonniers, selon les reponsables de l'établissement.

"On est au bon milieu du fleuve, on ne peut pas crier victoire tant qu'on a pas atteint l'autre rive!", tempère Adama Guindo.

Surpopulation carcérale

Pour les visiteurs, dont le nombre a été réduit, la prise de température et le lavage des mains sont devenus des passages obligés, après les traditionnels contrôles de sécurité.

Environ 600 détenus ont été transférés vers une prison en proche banlieue, pourtant toujours en construction, et d'autres ont bénéficié d'une grâce présidentielle pour désengorger la maison d'arrêt.

Mais ils sont encore 2.100 prisonniers dans un établissement conçu pour en accueillir 400.

Des détenus dans la cour de la prison centrale de Bamako à Bamako, le 3 juillet 2020.
Des détenus dans la cour de la prison centrale de Bamako à Bamako, le 3 juillet 2020.

Les cellules, de vastes pièces aux murs salis par les années, abritent des dizaines de détenus, parfois des centaines, selon l'un d'eux, qui affirme vivre avec 300 personnes entassées les unes sur les autres.

Certains sont là depuis des mois, d'autres des années. L'immense majorité n'a pas été jugée; 160 seulement ont été condamnés, moins de 10% des détenus, "une catastrophe", selon le régisseur de la prison.

Tous les jours, de nouveaux arrivants franchissent les murs, chacun pouvant apporter avec lui la maladie.

Mais jusqu'à présent, il y a "seulement eu des cas suspects, envoyés au centre de santé" du quartier et revenus négatifs, explique Mahamadou Diarra, un des deux médecins de la prison.

Celle qui attend

Comment l'expliquer ? Toutes les personnes interrogées invoquent les mesures prises très tôt par les autorités. Au Mali, contrairement à certains de ses voisins, le coronavirus n'a que peu prospéré sur le terreau pourtant fertile de la promiscuité sociale, de la pauvreté et de la difficile prise en charge médicale.

Dès le début de la pandémie, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a appuyé le centre de couture de la maison d'arrêt, qui s'est lancé dans la fabrication de masques.

Un détenu est vu en train de coudre un masque à titre préventif contre la propagation du coronavirus COVID-19 à la prison centrale de Bamako, le 3 juillet 2020.
Un détenu est vu en train de coudre un masque à titre préventif contre la propagation du coronavirus COVID-19 à la prison centrale de Bamako, le 3 juillet 2020.

"D'habitude, on produit de tout pour tout le monde, des pantalons, des chemises; mais maintenant les masques sont devenus une priorité", explique Chiaka, la vingtaine, détenu et apprenti couturier.

Les masques, environ 500 par semaine, sont rachetés par le CICR, qui les redistribue dans la prison. L'ONG a également offert des kits de lavage des mains, disposés un peu partout dans la maison d'arrêt.

Devant l'entrée de l'infirmerie, une douzaine de détenus discutent sous un arbre.

On trouve de tout dans les petits commerces improvisés de cette cour; un tatouage? Va pour un pistolet dessiné d'un trait sur l'avant-bras, ou le prénom de la femme qui attend au dehors, sur le biceps qu'on arbore fièrement devant les visiteurs du jour.

En dehors du personnel pénitentiaire, très peu de masques sont portés ici. Mais "si le contrôle continue de façon dynamique on a toutes les chances d'être épargnés!", veut croire le régisseur.

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