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Les 12 détenus morts en cellule au Faso ont été torturés, selon des témoins


Les anciens co-détenus rencontrés par VOA Afrique, à Ouagadougou le 29 juin 2020 (VOA/Lamine Traoré)

En mai 12 détenus à la gendarmerie de Tanwalbougou, dans l’Est du Burkina Faso, ont été retrouvés morts. Ils étaient 25 à avoir été interpelés dans un marché local pour suspicion de terrorisme. La semaine dernière, la Commission nationale des droits de l’homme du Burkina Faso a affirmé, après enquête, que ces suspects avaient subi des actes des tortures. VOA Afrique a rencontré les rescapés de cette tragédie. Libérés début juin par la justice qui n’a retenu aucune charge contre eux, ils témoignent que leurs anciens co-détenus ont été torturés à mort.

En mai 12 détenus à la gendarmerie de Tanwalbougou, dans l’Est du Burkina Faso, ont été retrouvés morts. Ils étaient 25 à avoir été interpelés dans un marché local pour suspicion de terrorisme.

La semaine dernière, la Commission nationale des droits de l’homme du Burkina Faso a affirmé, après enquête, que ces suspects avaient subi des actes des tortures. Les rescapés de cette tragédie ont été libérés le 3 juin par la justice qui n’a retenu aucune charge contre eux. Ils témoignent que leurs anciens co-détenus ont été torturés à mort.

Abdoul, Boureima, Barry et Boukary, tous agriculteurs peuls résidant dans la localité de Tanwalbougou, faisaient partie des villageois arrêtés le 11 mai dernier par la gendarmerie.

Ils ont immédiatement fui la zone pour se mettre à l’abri dans un quartier de Ouagadougou, la capitale du Faso.

Des témoins disent que les 12 détenus morts en cellule ont été torturés à mort
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Ils se souviennent bien de cette journée du 11 mai, quand les forces de sécurité les ont encerclés aux environs de 13 heures sur la place du marché de Pentchangou, à 5 km de Tanwalbougou.

" Ils ont encerclé le marché, procédé à l’identification et à l’arrestation immédiate de tous ceux qui ressemblaient aux Peuls. Quand ils nous ont arrêté, nous étions près de 60. Ils nous ont emmené non loin du marché dans une forêt. Ils ont enlevé nos foulards et nous ont attaché nos mains et bandé nos yeux. Ils ont fait venir deux tricycles pour nous convoyer à la gendarmerie. Moi j’étais dans un groupe de 25", relate Abdoul, la quarantaine.

A la gendarmerie, c’était le début de leur calvaire selon ce père de sept enfants. "Ils ont commencé à nous torturer. Ils nous battaient avec les fers, les bois et les pneus. Certains sont décédés sur place et d’autres ont perdu connaissance. C’est là qu’ils nous ont tous mis dans une cellule. Nous étions 14 dans la cellule. Le matin, j’ai constaté que les 11 autres étaient décédés", se souvient-il.

A la gendarmerie c’était la même situation pour Boureima, la cinquantaine. "On a été frappés. Nous étions 11. On a été conduit dans une cellule où nous avons retrouvé quatre personnes. Au total, nous étions donc 15 dans la cellule. Entassés les uns sur les autres tel du bétail. Le lendemain, une personne issue de notre cellule est décédée", confie-t-il.

Lors d’une enquête la semaine dernière de la Commission nationale des droits humains (CNDH), de nombreux détenus ont affirmé avoir été torturés, battus, frappés avec divers objets sur l’ensemble de leur corps.

"Je n’ai jamais côtoyé de terroristes et je n’ai jamais cherché à le faire d’ailleurs", précise Boureima.

"J’ai peur de rentrer dans mon village, à Pentchangou, si la situation ne change pas. On ne peut pas continuer d’arrêter les gens tout simplement parce qu’ils sont Peuls", s’inquiète Abdoul.

Le procureur du Faso à Fada a ouvert une enquête sur le dossier qui, a-t-il dit, devrait être transmis au parquet militaire à Ouagadougou.

Le porte-parole du gouvernement, Remis Fulgance Dandjinou, s’est refusé à tout commentaire.

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