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Le "Zoulou blanc" Johnny Clegg fait ses adieux au public

Johnny Clegg donne un spectacle pour un gala au Monte Carlo, le 29 septembre 2012.

Ses refrains incarnent pour toujours la résistance à l'apartheid. Après avoir battu pendant quarante ans les scènes musicales du monde entier de ses pieds nus, le Sud-Africain Johnny Clegg a décidé de mettre un point final à sa carrière publique.

A 64 ans depuis le 7 juin, le "Zoulou blanc" entame vendredi au Cap sa tournée d'adieu, qui doit l'emmener d'Afrique du Sud en Grande-Bretagne, en France, à Dubaï, aux Etats-Unis et au Canada.

A la veille du premier concert de cette ultime série, celui qui n'a jamais renoncé à défier le régime raciste blanc de son pays explique avoir été contraint de céder à un cancer.

"J'ai eu une carrière gratifiante à bien des égards (...) réussir à rassembler des gens grâce à des chansons, surtout à un moment où cela semblait complètement impossible", se félicite-t-il lors d'un entretien accordé à l'AFP dans sa maison de Johannesburg.

"Je veux offrir à mes fans une sorte de conclusion, leur dire que le voyage que j'ai commencé quand j'avais 14 ans touche aujourd'hui à sa fin", poursuit l'artiste.

Même si son cancer, diagnostiqué il y a deux ans, est désormais en rémission, Johnny Clegg préfère tirer sa révérence.

"Mes spectacles sont très physiques, avec beaucoup de danses, et exigent que je sois fort", explique-t-il, "alors je voudrais faire mes adieux tant que j'en suis encore capable".

Son "Dernier voyage", ainsi qu'il a baptisée sa tournée d'adieu, sera très largement autobiographique.

Il rappellera le harcèlement de la police de l'apartheid qui lui reprochait de jouer avec des musiciens noirs, comme le soutien des millions de fans qui, en Europe et notamment en France, en ont fait un héros de la réconciliation raciale.

Braver la loi

La fascination de Johnny Clegg pour les danses et les mélodies zouloues a débuté dans les années 1960 dans les résidences pour travailleurs noirs de Johannesburg où il s'invitait secrètement pour danser avec les troupes traditionnelles. En bravant les lois de l'apartheid qui le lui interdisaient formellement.

"Nous devions faire preuve de mille et une astuces pour contourner la myriade de lois qui empêchaient tout rapprochement interracial", raconte-t-il.

En 1979, Johnny Clegg et son groupe "multicolore" Juluka sortent leur premier album, "Universal Men". Un mélange inédit de pop occidentale mâtinée de rythmes zoulous, d'accordéon et de guitare qui, contre toute attente, trouve immédiatement son public.

"Les gens étaient très intrigués par notre musique", se souvient-il.

Sur scène, les fredonnements et danses traditionnelles, les pieds nus levés très hauts qui martèlent le sol, deviennent rapidement la marque de fabrique du "Zoulou blanc".

En 1983, il accède au statut de star mondiale avec la sortie de son nouvel album, "Scatterlings of Africa", qui le catapulte en tête des hit-parades en Grande-Bretagne et en France.

"Personne ne savait exactement de quoi parlaient nos chansons, juste qu'il y était question d'Afrique", se souvient le chanteur.

Hommage à Mandela

Johnny Clegg devient vraiment un artiste "politique" quatre ans plus tard avec un titre, "Asimbonanga" ("Nous ne l'avons pas vu", en langue zouloue).

Le titre rend hommage au dirigeant du Congrès national africain (ANC) Nelson Mandela, alors incarcéré depuis plus de vingt ans dans le pénitencier de Robben Island, au large du Cap. La seule évocation de son nom est strictement interdite et totalement insupportable pour le régime de Pretoria, qui l'interdit.

Aujourd'hui encore, "Asimbonanga" reste un des hymnes de l'Afrique du Sud "arc-en-ciel".

Même célébré dans le monde entier, Johnny Clegg est arrêté à plusieurs reprises dans son propre pays, accusé de violer les lois sur la ségrégation raciale. Ses concerts sont alors régulièrement interrompus par la police.

"On ne pouvait pas se produire dans les lieux publics (...) alors on le faisait dans des endroits privés comme les églises ou d'autres enclaves non-raciales", se souvient-il.

"Ma vie a été bouleversée par mon expérience de l'apartheid au quotidien", résume aujourd'hui Johnny Clegg.

Né au Royaume-Uni d'un père britannique et d'une mère chanteuse immigrée dans l'actuel Zimbabwe, il débarque à l'âge de 7 ans dans une Afrique du Sud où la minorité blanche règne en maître absolue sur la majorité noire.

Initié aux cultures locales par son beau-père journaliste, Johnny Clegg assure que son refus de l'apartheid n'a rien de politique. "Je n'étais pas motivé politiquement mais culturellement. J'aime la musique et la danse. J'aime la langue".

Plus de cinq millions d'albums vendus plus tard, sa carrière touche donc à sa fin. Il a commencé à écrire son autobiographie et promet de continuer la musique. Mais plus sur scène.

Avec AFP

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Aux Comores, le pouvoir disperse des manifestants qui hurlent à la fraude électorale

Des partisans et des membres de l'opposition comorienne manifestent dans les rues de Moroni contre le référendum constitutionnel à Moroni, Comores, le 13 juillet 2018.

Les forces de l'ordre comoriennes ont violemment dispersé lundi une manifestation de l'opposition, qui accuse le chef de l'Etat sortant Azali Assoumani d'avoir orchestré une fraude généralisée pour se faire réélire dès le premier tour de la présidentielle.

Dans l'attente des premiers résultats, plusieurs candidats au scrutin de dimanche accompagnés d'une centaine de leurs partisans ont tenté de marcher sur la place de l'Indépendance, au coeur de la capitale Moroni, pour dénoncer le "hold-up" électoral en cours.

Des dizaines de gendarmes ont accueilli les protestataires par une volée de tirs de gaz lacrymogène et de balle en caoutchouc qui les ont rapidement dispersés.

Le calme est revenu dans l'après-midi dans la capitale. Des militaires en armes ont été déployés sur les grands axes de la capitale, à titre de "prévention", a déclaré à l'AFP le ministre de l'Intérieur Mohamed Daoudou, dit "Kiki".

Manifestations réprimées aux Comores
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Selon une source hospitalière, l'intervention s'est soldée par 12 blessés légers, dont trois candidats à l'élection.

"Les forces de l'ordre ont pris fait et cause pour un pouvoir qui a perdu toute légitimité", a réagi auprès de l'AFP le candidat du parti Juwa, l'avocat Mahamoudou Ahamada.

"Hier, les Comoriens ont voté, et aujourd'hui nous avons un pouvoir qui est devenu fou et tire sur les candidats qui ont gagné dans les urnes !"

Le dépouillement a suivi son cours toute la journée de lundi. La Commission électorale (Ceni) pourrait annoncer les premiers résultats d'ici mardi, selon le ministre Daoudou.

- 'Mascarade' -

Avant même la clôture du vote, les douze candidats opposés au colonel Azali ont dénoncé dimanche une "mascarade" et appelé la population du pays à la "résistance". Comme celui de l'opposition, le bilan du scrutin dressé lundi par la société civile comorienne est accablant.

Bureaux saccagés et fermés avant l'heure officielle de clôture (18H00 locales) par les forces de l'ordre, urnes bourrées, assesseurs de l'opposition empêchés, toute la palette de la fraude électorale y est passée.

"Des bureaux de vote (ont été) fermés dès 16H30 sur ordre des forces de l'ordre, elles se sont chargées de la récupération des urnes avant toute opération de dépouillement", a dénoncé l'Observatoire des élections.

Présidentielle aux Comores : l'opposition accuse le sortant Azali de "coup d'Etat" électoral
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Sur l'île d'Anjouan, en majorité hostile au président Azali, l'armée est intervenue pour disperser la foule en colère, faisant un mort et une dizaine de blessés, selon l'ONG.

Le ministre de l'Intérieur a fermement démenti que ces personnes aient été victimes de tirs à balle réelle des forces de l'ordre et balayé les accusations de fraude.

"Les incidents relevés ne sont pas de nature à entacher la sincérité du scrutin", a-t-il assuré à l'AFP, "je n'ai jamais vu élections plus transparentes dans notre pays..."

Tout au long d'une campagne qu'il a écrasée de tous les moyens de l'Etat, Azali Assoumani, 60 ans, a répété qu'il comptait bien l'emporter dès le premier tour.

A la tête du pays de 1999 à 2006, réélu en 2016, l'ancien putschiste a engagé sa grande entreprise de maintien au pouvoir en faisant adopter, il y a un an, une réforme constitutionnelle par référendum.

- 'Machine Azali' -

Ce texte a étendu de un à deux mandats de cinq ans la durée de la présidence attribuée par rotation à un natif de chacune des trois îles de l'archipel (Grande-Comore, Mohéli, Anjouan). Par la grâce du nouveau calendrier électoral, Azali Assoumani pourrait rester, en cas de victoire, au pouvoir jusqu'en 2029.

L'opposition a crié au scandale. Ce nouveau système, dit-elle, a remis en cause le fragile équilibre institutionnel instauré en 2001 pour mettre fin aux crises séparatistes et aux coups d'Etat à répétition qui agitaient l'archipel depuis son indépendance en 1975.

Mais rien n'y a fait. Au contraire, le président a fait taire les critiques à grands coups d'arrestations. Son ennemi juré, l'ancien président Ahmed Abdallah Sambi, est détenu pour corruption et plusieurs dirigeants de partis condamnés pour tentatives de coup d'Etat.

L'opposition a dénoncé la dérive autoritaire du régime, sa corruption et son incapacité à réduire la pauvreté extrême des 800.000 habitants du pays.

Mais, divisée et décimée par la répression, ses chances de succès sont apparues limitées face à la "machine Azali".

"Le vote de dimanche conclut une entreprise de fraude caractérisée engagée il y a longtemps", a estimé une source occidentale. "Azali va autoriser quelques recours pour donner un peu de verdict démocratique au processus mais sa légalité lui importe peu."

"La situation est préoccupante", s'est inquiété auprès de l'AFP Samir Soulaïmane, de la Plateforme citoyenne, un collectif de la société civile. "Nous en appelons à la communauté internationale, dont l'Union africaine, pour amorcer un dialogue politique avant que le pays ne sombre dans le chaos."

"Nous sommes un pays souverain", s'est déjà agacé le ministre de l'Intérieur, "personne ne viendra nous imposer quoi que ce soit de l'étranger".

Des journalistes de la TV nationale dénoncent la "censure"

Les Algériens exhibent un drapeau national géant lors d'une manifestation à Alger, le 15 mars 2019.

Plusieurs dizaines de journalistes et autres personnels de la télévision nationale ont manifesté lundi à Alger pour dénoncer la "censure" sur leurs chaînes, à l'heure où la population défile en masse depuis un mois pour réclamer le départ du président Abdelaziz Bouteflika.

"Y'en a marre de la censure !", ont-ils scandé devant le siège de l'audiovisuel public, en réclamant une télévision "libre et démocratique".

Ce rassemblement est leur troisième depuis le début de la contestation le 22 février qui se traduit par des rassemblements géants à travers le pays mais aussi de multiples manifestations catégorielles.

"Nous ne voulons plus être un service pour le gouvernement. Nos équipes sont sur les manifestations, mais c'est ici (au siège de la TV nationale ndlr) qu'opèrent les ciseaux de la censure", a dénoncé le journaliste Abdelmajid Benkaci.

"Il y a une petite ouverture au niveau des émissions de débat", a reconnu la journaliste Melina Yacef, tout en réclamant "un véritable" changement, en particulier pour les journaux télévisés, accusés de faire la part belle au point de vue officiel.

"Nous voulons une télévision publique ouverte à tous les partis, toutes les obédiences, tous les Algériens", a-t-elle ajouté.

Les journalistes ont observé une minute de silence la main symboliquement posée sur la bouche pour dénoncer les entraves à leur métier.

Les journalistes des médias publics ont commencé à faire entendre leur voix depuis le début de la contestation contre M. Bouteflika. De tels rassemblements étaient quasi-inexistants auparavant.

Début mars, une présentatrice du journal de la télévision publique, Nadia Madassi, a démissionné après avoir lu à l'antenne une lettre de M. Bouteflika annonçant le dépôt de sa candidature à la présidentielle du 18 avril, depuis reportée, et avoir été apparemment empêchée d'annoncer celle d'un autre candidat.

Des journalistes de l'audiovisuel public dénoncent depuis des semaines les pressions de leur hiérarchie au sujet de la contestation, d'une ampleur inédite, contre M. Bouteflika, en place depuis 20 ans, son gouvernement et le "système" politique en général.

Radio et télévision publiques ont d'abord totalement passé sous silence les manifestations, avant d'en faire état en atténuant les mots d'ordre.

Après les avocats samedi, les architectes, les vétérinaires, les employés communaux et les magistrats de la Cour des comptes ont manifesté à Alger.

Une vingtaine de magistrats ont défilé lundi devant le siège de cette institution, selon des images du rassemblement transmises par la télévision privée El Bilad.

"Le peuple est la source de tous les pouvoirs. Nous joignons notre voix à celle du peuple", pouvait-on lire sur une pancarte.

Le peuple est "avide de liberté et de transparence dans la gestion de la vie publique", a déclaré à El Bilad un magistrat, Abdelkader Bedjaoui.

Autour de lui, ses collègues vêtus de robes noires et vertes, portaient pour la plupart un drapeau algérien.

M. Bedjaoui a dénoncé une marginalisation "sans précédent depuis 1995" de cette institution chargée du contrôle "des finances de l'Etat, des collectivités territoriales et des services publics". La Cour a toujours milité pour son indépendance, réclamant plus de moyens "notamment pour lutter contre la corruption", selon lui.

Les mandats de M. Bouteflika ont été marqués par des scandales de corruption, touchant parfois ses proches. Selon l'indice de perception de la corruption 2018 de l'ONG Transparency international, l'Algérie est classée 105e sur 180 pays.

De nouveaux rassemblements étudiants sont attendus mardi.

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