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Le Zimbabwe nostalgique du nonagénaire Mugabe ?

L'ancien président du Zimbabwe, Robert Mugabe, prend la parole lors d'une conférence de presse tenue dans sa résidence "Blue Roof", à Harare, le 29 juillet 2018.

Déjà regretté ? Probablement pas, mais sa retraite discrète, son âge et la main de fer de son successeur ont peut-être commencé à adoucir l'image de tyran de l'ex-président du Zimbabwe Robert Mugabe, qui fête jeudi ses 95 ans.

Après trente-sept ans d'un règne autoritaire, la démission du "camarade Bob" en novembre 2017 avait été accueillie par un immense "ouf" de soulagement.

Moins d'un an et demi plus tard, sa politique ruineuse pour l'économie, ses extravagances et la répression quotidienne exercée par ses forces de sécurité semblent déjà bien loin dans l'esprit de certains de ses compatriotes.

"Mugabe nous manque", lâche sans faux-semblant une habitante de la capitale Harare, Anita Mugombedzi. "Au vu de ce qui se passe maintenant, le Zimbabwe risque de tomber plus bas qu'au pire de son ère."

Comptable au chômage, Edmond Jera ne dit pas autre chose.

"Mugabe a fait des erreurs mais il n'était pas aussi impitoyable que ceux qui lui ont succédé", estime-t-il. "Nous pensions que ça irait mieux (...) mais plein de gens disent maintenant que c'était mieux sous Mugabe."

Lorsqu'il a pris les rênes du pays que lui tendaient l'armée et le parti au pouvoir, la Zanu-PF, Emmerson Mnangagwa avait promis à un pays exsangue rien moins que la fin de la crise.

C'est peu de dire que, jusque-là, il a échoué. Le taux de chômage dépasse toujours les 90%, les dollars et les investisseurs continuent de fuir le pays.

Pire, le pays a renoué ces derniers mois avec une forte inflation (56,9%) et les pénuries (huile, pain, médicaments, pétrole...).

- 'Pire qu'avant' -

Le mois dernier, la décision du gouvernement de multiplier par deux et demi le prix des carburants a mis le feu aux poudres. A l'appel du principal syndicat du pays, la population est descendue dans la rue. Barricades, pillages, la colère sociale a viré à la fronde contre le chef de l'Etat.

Sa riposte a été d'une rare violence. Au moins dix-sept morts, selon les ONG, des centaines de personnes passées à tabac, des viols même, et plus d'un millier d'arrestations.

L'opposition et la société civile ont dénoncé une répression pire qu'aux heures les plus noires de l'ère Mugabe.

"Mugabe a eu ses nombreuses transgressions, mais il semble que mon collègue M. Mnangagwa redouble d'efforts pour allonger la liste de ces transgressions", a déclaré ironiquement le chef de l'opposition, Nelson Chamisa.

Pressé par ses adversaires et les capitales étrangères, M. Mnangagwa a justifié sa fermeté par la nécessité du maintien de l'ordre et promis des sanctions contre les auteurs, policiers ou militaires, de dérapages.

Cet épisode semble avoir redoré par défaut le blason de son prédécesseur. "Beaucoup de choses que Mugabe a faites le rendent meilleur que ceux qui ont pris le pouvoir", estime un habitant de Harare, Wright Chirombe.

L'ex-président a gardé des admirateurs dans les rangs du parti au pouvoir, la Zanu-PF. "Nous nous souviendrons de son travail révolutionnaire", assure Pupurai Togarepi, patron de sa ligue des jeunes.

Les nouvelles autorités ont ainsi fait de son anniversaire, le 21 février, un jour férié rebaptisé - sans ironie apparente - "Journée nationale de la jeunesse Robert Mugabe".

- Vieillir 'en paix'-

Depuis son départ, l'ex-maître absolu du pays s'est fait discret.

Une conférence de presse à la veille des élections du 30 juillet dernier, son déplacement à un bureau de vote pour faire son devoir électoral, puis les obsèques de sa belle-mère.

Sa santé semble avoir beaucoup décliné. Récemment, M. Mnangagwa a révélé qu'il ne marchait plus.

Raillé lorsqu'il s'accrochait au pouvoir, l'âge de M. Mugabe suscite aujourd'hui la mansuétude.

"On ne peut pas haïr quelqu'un jusqu'à sa mort", a justifié sur Twitter l'avocat Pedzisai Ruhanya. "Pourquoi ne pas le laisser vivre ses derniers jours en paix et, plutôt, se concentrer sur ceux qui violent les droits de l'homme aujourd'hui !"

Comme l'an dernier, M. Mugabe devrait fêter son anniversaire dans la plus stricte intimité, soit au Zimbabwe soit à Singapour, où il est régulièrement soigné.

L'ère des ripailles officielles des dernières années de son règne, choquantes dans un pays si pauvre, est révolue.

"Ce jour va passer sans la pompe et le faste d'avant", se félicite l'analyste Rushweat Mukundu, de l'Institut pour la démocratie au Zimbabwe.

"Mugabe n'a rien laissé de durable au pays, juste un Zimbabwe divisé", estime-t-il, "ça devrait servir de leçon à ceux qui sont au pouvoir aujourd'hui: comme Mugabe, ils n'échapperont jamais à leurs méfaits".

Avec AFP

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Soudan: pas d'accord entre militaires et civils sur la transition

"Le principal point de discorde entre l'ALC et le Conseil militaire reste le taux de représentation, et la présidence du conseil souverain, entre civils et militaires", ont déclaré les deux parties dans un communiqué commun à l'issue de la réunion.

Les négociations se sont achevées lundi soir entre les généraux au pouvoir au Soudan et les chefs de la contestation, sans aboutir à un accord attendu sur la composition du futur Conseil souverain censé assurer la transition, ont annoncé les deux parties.

Le dialogue entre le Conseil militaire, qui a succédé au président Omar el-Béchir renversé par l'armée, et l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation, s'est achevé vers minuit (22H00 GMT).

"Le principal point de discorde entre l'ALC et le Conseil militaire reste le taux de représentation, et la présidence du conseil souverain, entre civils et militaires", ont déclaré les deux parties dans un communiqué commun à l'issue de la réunion.

Dimanche, les négociations avaient déjà achoppé sur ce différend, les deux parties souhaitant chacune prendre la tête et ravir la majorité des sièges du Conseil souverain, une institution clé de la transition qui doit se substituer au Conseil militaire pour une période de trois ans, avant la tenue d'élections.

"Conscients de notre responsabilité historique, nous travaillerons à la conclusion d'un accord urgent et répondant aux aspirations du peuple soudanais", ont ajouté le Conseil militaire et l'ALC.

- Négociations bloquées -

A la tête du Soudan pendant près de 30 ans, Omar el-Béchir a été destitué et arrêté par l'armée le 11 avril sous la pression d'un mouvement inédit déclenché le 19 décembre par la décision des autorités de tripler le prix du pain dans un pays miné par une grave crise économique.

Le mouvement s'est vite transformé en contestation du pouvoir. Des milliers de manifestants campent depuis le 6 avril devant le QG de l'armée à Khartoum pour réclamer le transfert du pouvoir aux civils, après avoir obtenu la mise à l'écart de M. Béchir.

"Les négociations ne se poursuivront pas demain (mardi) à moins d'une avancée décisive sur les points de discorde", a déclaré à l'AFP Satea al-Haj, un membre de l'ALC participant aux négociations.

Selon lui, l'ALC exige la présence de huit civils et trois militaires au sein du Conseil souverain. Les généraux souhaitent selon lui avoir sept militaires et quatre civils.

Dans la journée de lundi, les militaires et l'ALC avait pourtant exprimé leur optimisme.

Le chef adjoint du Conseil militaire, Mohamad Hamdan Daglo, surnommé "Himeidti", avait évoqué la conclusion d'un "accord complet" dans un "bref délai", selon un communiqué de la Force de soutien rapide (RSF), qu'il dirige par ailleurs.

"La victoire est une question de patience et elle se rapproche", avait de son côté assuré l'ALC dans un communiqué.

- "Sale jeu politique" -

Au sit-in devant le QG de l'armée, les manifestants étaient inquiets.

"On sent qu'un piège est en train d'être tendu. Un sale jeu politique mené par le Conseil militaire", a dit l'un d'eux Moustafa Sedik.

"Les forces armées ne veulent pas abandonner le pouvoir facilement, et je pense qu'ils ont un plan avec l'ancien régime", s'inquiète Youssef Mohamed, au milieu d'une foule brandissant des drapeaux soudanais et faisant le "V" de la victoire.

Les deux camps avaient réussi la semaine dernière à s'entendre sur la durée de la transition, fixée à trois ans, et la composition d'une assemblée législative, dont les deux tiers des 300 membres désignés viendraient de l'ALC.

"Il est temps de réaliser notre objectif", a déclaré un manifestant, Ahmed Nadgi, ajoutant que le peuple soudanais avait déjà attendu "des décennies", durant le pouvoir de M. Béchir.

Le 17 mai, plusieurs pays et organisations internationales, dont les Etats-Unis, l'Union africaine, l'ONU et l'Union européenne ont appelé à la mise en oeuvre d'une transition "vraiment dirigée par les civils".

En visite à Khartoum lundi, l'émissaire de l'UA pour le Soudan, le Mauritanien Mohamed El Hacen Lebatt, a assuré que l'organisation panafricaine soutenait "tout accord entre les forces politiques au Soudan", selon l'agence soudanaise Suna.

"L'UA est satisfaite des avancées en cours pour parvenir à un accord", a-t-il déclaré après une rencontre avec le général Kabbachi, selon Suna.

Le 6 mai, M. El Hacen Lebatt avait annoncé à Khartoum qu'un rapport d'étape sur la transition serait examiné dans deux semaines par le Conseil de paix et de sécurité de l'UA.

L'organisation régionale plaide pour un transfert rapide du pouvoir aux civils, faute de quoi elle a averti qu'elle pourrait suspendre le Soudan.

Avec AFP

Mieux traiter les femmes pour mieux lutter contre Boko Haram, selon l'ICG

Les analystes préconisent un financement plus important pour soutenir les programmes en faveur des femmes.

Des dizaines de milliers de femmes ont été libérées des griffes de Boko Haram ou ont réussi à échapper aux combattants islamistes nigérians mais leur assurer un avenir sûr est essentiel pour gagner la guerre contre les insurgés, estiment des analystes de l'International Crisis Group (ICG).

"Leur détresse est une préoccupation humanitaire - mais elle pourrait aussi alimenter le conflit", affirme le groupe de réflexion dans un rapport publié mardi.

Le soulèvement de Boko Haram, qui dure depuis dix ans et vise à établir un État islamique dans le nord-est du Nigeria, s'est étendu au Niger, au Tchad et au Cameroun voisins. Une coalition militaire régionale lutte contre le groupe islamiste. Mais la clé du succès ne peut pas dépendre uniquement des forces armées, avertit l'ICG.

Les analystes ont appelé le gouvernement à "regarder au-delà de la campagne militaire" dans leur rapport intitulé "Retour du pays du Jihad: le destin des femmes associées à Boko Haram".

Trop de femmes fuyant le jihadisme sont rejetées par la société, explique le rapport. "La réintégration réussie des anciennes femmes de Boko Haram peut envoyer un signal fort à leurs maris combattants, dont certains envisagent la possibilité de leur propre reddition", a déclaré l'ICG.

"Inversement, de mauvais traitements pourraient non seulement dissuader les hommes de se démobiliser, mais aussi inciter les femmes à retourner dans les rangs des insurgés", ajoute le document.

Cela s'applique à la fois à ceux ou celles qui ont été forcés de se battre parce qu'ils ont été enlevés et à ceux qui ont été recrutés de plein gré mais se sont depuis séparés du groupe et se sont rendus.

Les analystes préconisent un financement plus important pour soutenir les programmes en faveur des femmes et veiller à ce que l'aide soit distribuée de façon à éviter que ceux qui ont souffert des attaques de Boko Haram n'éprouvent du ressentiment envers les anciens combattants.

"Un soutien accru aux personnes déplacées par le conflit et, plus généralement, au développement du nord-est du Nigeria, peut contribuer à rétablir les relations tendues entre l'État et la société qui ont alimenté l'insurrection", assure l'ICG.

Boko Haram a enlevé des milliers de femmes et d'enfants - y compris les 276 lycéennes enlevées à Chibok en 2014 - mais les islamistes ne sont pas les seuls à pratiquer ces enlèvements. Début mai, une milice pro-gouvernementale combattant Boko Haram a relaché 894 enfants, dont 106 filles.

Avec AFP

Ethiopie : un dîner entre riches avec Abiy pour promouvoir la capitale

Abiy Ahmed prête serment en tant que Premier ministre à Addis Ababa, en Ethiopie, le 2 avril 2018.

Plus de 200 richissimes individus ont payé la rondelette somme de 173.000 dollars pour assister à un dîner organisé par le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, destiné à lever des fonds pour embellir la capitale, Addis Abeba, ont rapporté lundi des médias d'État.

La radio-télévision Fana BC, proche du pouvoir, a publié des images du dîner, montrant des hommes en smoking et assis à une grande table de banquet couverte de roses, dans l'ancien palais impérial Menelik.

"Un siège pour l'événement (était) évalué à 5 millions de birrs", soit 173.000 dollars (150.000 euros) et "plus de 200 individus, représentant des organisations locales et internationales" ont pris part à l'événement, a ajouté le média.

Le dîner avait pour but de lever des fonds en faveur d'un projet de trois ans lancé par M. Abiy pour "améliorer l'image d'Addis Abeba", une ville débordante d'activité et qui vit de profonds changements, les immeubles modernes poussant comme des champignons.

S'adressant en amharique à ses invités, M. Abiy les a invités à soutenir son projet, disant qu'espérer qu'une fois achevé, Addis Abeba serait regardée comme une ville africaine "belle et propre".

Selon une vidéo du projet figurant sur le site internet du Premier ministre, "la croissance rapide et l'expansion de la ville ces dernières années n'ont pas utilisé de manière adéquate les ressources naturelles et la magnifique topographie dont la cité bénéficie".

Les espaces verts ne couvrent que 0,3 mètre carré par habitant à Addis Abeba et le projet vise à faire passer ce chiffre à 7 mètres carrés par habitant, pour atteindre ce qui est la moyenne en Afrique, selon la même source.

D'un coût estimé à 1 milliard de dollars (896 millions d'euros), ce projet prévoit de créer des parcs, voies cyclables et piétonnières le long des cours d'eau de la capitale, de planter des arbres et bâtir des fermes urbaines, sur une aire de 56 km².

Sur les réseaux sociaux, l'initiative a fait l'objet de vives critiques, certaines personnes questionnant la pertinence même du projet, qu'ils ne jugent pas prioritaire.

M. Abiy, en poste depuis avril 2018, a été encensé en Ethiopie et à l'étranger pour son programme de réformes.

Deuxième pays le plus peuplé du continent avec environ 100 millions d'habitants, l'Ethiopie possède l'économie la plus dynamique d'Afrique de l'Est. Mais le pays reste l'un des plus pauvres au monde, avec un revenu annuel moyen par habitant de 783 dollars.

Mauvais présage en Libye, les armes continuent d'affluer

Le Premier ministre Fayez al-Sarraj du gouvernement d'union libyen à Tripoli, le 8 novembre 2018

Malgré un embargo de l'ONU, les armes continuent d'affluer vers les deux camps rivaux en Libye, où l'assaut des troupes du maréchal Khalifa Haftar sur Tripoli risque plus que jamais de virer à la guerre par procuration entre puissances régionales.

M. Haftar, l'homme fort de la province orientale, est soutenu notamment par les Emirats arabes unis et l'Egypte. A l'inverse, la Turquie et le Qatar lui sont hostiles et appuient les forces loyales au Gouvernement d'union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj, reconnu par la communauté internationale et basé à Tripoli.

Le 4 avril, après avoir gagné des positions dans le sud libyen, Khalifa Haftar a lancé un assaut en direction de Tripoli, avec l'espoir d'une conquête rapide de la capitale. Mais ses troupes se sont heurtées à une résistance plus farouche que prévue des forces pro-GNA, aidées par divers groupes armés de l'Ouest.

Depuis, les positions militaires sont figées aux portes de la capitale, où des combats d'intensité modérée persistent en banlieue sud.

Dans le même temps, les renforts humains continuent d'arriver des deux côtés, de même que les livraisons d'armes. Celles-ci se font d'habitude discrètes, en raison de l'embargo sur les armes imposé par l'ONU depuis la révolte de 2011 qui a renversé le régime de Mouammar Kadhafi.

Mais les forces du GNA ont brisé un tabou samedi en annonçant avoir reçu des "blindés, des munitions et des armes qualitatives".

Si elles n'ont pas précisé le pays d'origine, elles ont publié des photos de dizaines de blindés turcs BMC Kirpi sur le quai du port de Tripoli.

En consultant les sites de navigation maritime, on peut identifier le navire battant pavillon moldave qui les transportait, parti de Turquie et propriété d'une compagnie turque.

- Soutien "assumé" -

"La Turquie semble assumer totalement" ce soutien, commente Arnaud Delalande, consultant sur les questions de défense et spécialiste de la Libye.

Et "la livraison ce dimanche de blindés de fabrication jordanienne (KADDB Al-Mared 8x8 APC) à l'Armée nationale libyenne (ANL, autoproclamée par Khalifa Haftar) démontre qu'aucune des deux parties n'envisage de céder", ajoute-t-il, évoquant la perspective d'"une guerre d'usure".

Des comptes Facebook pro-Haftar ont publié dimanche des photos et vidéos, non authentifiées, de ces blindés jordaniens prétendument livrés à l'ANL.

Interrogé par l'AFP, une source militaire de l'Est du pays n'a ni confirmé ni démenti cette livraison. Mais les "renforts ne cessent d'affluer", a-t-elle admis.

"Le soutien de la Turquie aux forces affiliées au GNA contribuera à réduire l'écart en matière d'armement entre les deux camps", affirme à l'AFP Wolfram Lacher, chercheur à l'Institut allemand de politique internationale et de sécurité (SWP).

Selon lui, Haftar a dans un premier temps disposé d'un "avantage de taille", avec des dizaines de blindés de fabrication émiratie, qu'il "pourrait maintenant perdre".

La médiatisation du soutien turc pourrait toutefois accélérer la course à l'armement, note l'expert, notamment en incitant les pays pro-Haftar à renforcer leur aide à l'ANL, "voire à intervenir encore plus directement".

- "Davantage de destruction" -

"Cette guerre est en train de devenir une guerre par procuration entre puissances rivales du Moyen-Orient", ajoute-t-il. Et "plus les deux parties recevront des armes de leurs soutiens étrangers, plus la guerre durera longtemps, plus elle sera destructrice et difficile à résoudre", prévient Wolfram Lacher.

Depuis début avril, les combats ont fait plus de 450 morts, 2.000 blessés et près de 70.000 déplacés, selon les agences de l'ONU.

Les appels de la communauté internationale à une trêve et au dialogue ont été ignorés des deux côtés.

Après six semaines de combats aux portes de Tripoli, les lignes de front ont peu bougé.

A ce jour, "les forces aériennes sont équivalentes avec une quinzaine de chasseurs-bombardiers de chaque côté, ainsi que quelques hélicoptères utilisables uniquement de nuit car trop vulnérables aux tirs venant du sol", relève Arnaud Delalande.

Une intensification de l'appui aérien émirati, notamment via les drones Wing Loong, déjà engagés depuis 2016 dans l'Est, pourrait selon lui "faire basculer le rapport de forces".

Des experts de l'ONU enquêtent actuellement sur une possible implication militaire des Emirats dans le conflit en Libye, à la suite de tirs de missiles air-sol de type Blue Arrow en avril avec des drones Wing Loong de fabrication chinoise équipant l'armée émiratie, selon un rapport auquel l'AFP a eu accès.

Dans son dernier rapport en septembre, le groupe d'experts de l'ONU avait noté l'arrivée en Libye d'un "plus grand nombre de véhicules d'infanterie blindés et de pick-ups équipés de mitrailleuses lourdes, de canons sans recul, de mortiers et de lance-roquettes".

L'importation des armes est une constante ces dernières années, remarque Jalal al-Fitouri, analyste libyen. Mais son intensification, et "l'engagement des deux camps dans une guerre d'usure", "ne fera que provoquer davantage de destruction", prédit-il.

L'armée algérienne dit "non" aux principales demandes de la contestation

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian (à gauche), s'est entretenu avec le chef d'état-major algérien Ahmed Gaid Salah à son arrivée à l'aéroport international Houari-Boumediene d'Alger, le 20 mai 2014.

Homme fort de facto de l'Algérie, le chef d'état-major de l'armée a opposé lundi une fin de non-recevoir aux deux principales revendications du mouvement de contestation : le report de la présidentielle et le départ des figures du "système politique" en place.

Bien que légalement dénué de tout pouvoir décisionnaire, le général Ahmed Gaïd Salah est considéré par les observateurs comme celui qui donne le "la" depuis la démission le 2 avril du président Abdelaziz Bouteflika, sous la pression conjuguée de la rue et de l'armée.

Ses interventions régulières, qui contrastent avec le mutisme et la transparence médiatique du chef de l'Etat par intérim Abdelkader Bensalah et du Premier ministre Noureddine Bedoui, sont scrupuleusement écoutées.

"La tenue de l'élection présidentielle permettra d'éviter de tomber dans le piège du vide constitutionnel et de tout ce qui s'en suivra comme dangers et dérapages aux conséquences désastreuses", a estimé le général Gaïd Salah, sans toutefois citer le 4 juillet, date fixée par M. Bensalah pour ce scrutin.

L'élection, selon lui, "mettra un terme" aux agissements de "tous ceux qui tentent de faire perdurer cette crise", née de la volonté acharnée du président Bouteflika de briguer un 5e mandat.

Cette décision de l'ex-chef de l'Etat, qui était au pouvoir depuis 20 ans, avait été longtemps soutenue par son entourage, dont le général Gaïd Salah, jusqu'à ce qu'elle fasse massivement descendre les Algériens dans la rue à partir du 22 février.

Le chef d'état-major de l'armée a également appelé à "accélérer la création et l'installation de l'instance indépendante pour l'organisation et la supervision" du scrutin, prévue par la Constitution.

- Exigence dangereuse -

Replacée au centre du jeu politique, l'armée appelle depuis au respect de ces délais constitutionnels alors que le mouvement de contestation exige avant tout scrutin la mise sur pied d'institutions de transition ad hoc pour réformer le pays, ainsi que le départ de l'ensemble des acteurs du "système".

"L'exigence du départ collectif de tous les cadres de l'Etat, sous prétexte qu'ils représentent les symboles du système" est "une revendication (...) irraisonnable, voire dangereuse et malveillante, qui vise à déposséder les institutions de l'Etat de ses cadres", a affirmé le général.

Un temps vu comme un allié de la contestation pour son rôle dans le départ de M. Bouteflika, après en avoir été un soutien indéfectible durant 15 ans, le général Gaïd Salah est depuis plusieurs semaines la cible des manifestants pour son refus de sortir du cadre de la Constitution.

"La tenue des élections est le seul moyen de garantir la pérennité du système" au pouvoir en Algérie, a expliqué à l'AFP Mohamed Hennad, ancien enseignant en sciences politiques à l'Université d'Alger, pour qui "le système est prêt à aller droit dans le mur".

De sérieuses interrogations subsistent sur la viabilité d'un scrutin dont les électeurs manifestent chaque semaine pour en demander le report. Aucun candidat d'envergure ne s'est publiquement manifesté à quelques jours de la date-limite du dépôt des dossiers, pas même au sein des partis de la coalition ayant soutenu M. Bouteflika.

- "Fini politiquement" -

Seuls trois petits partis ont pour l'heure retiré des dossiers de candidatures, selon le ministère de l'Intérieur.

"Il est impossible d'organiser ces élections : le socle électoral est dans la rue" et "celui qui se présente à une présidentielle organisée" par le pouvoir actuel "est fini" politiquement, estime Moussaab Hammoudi, chercheur doctorant à l'Ecole des Hautes études en Sciences sociales (EHESS) à Paris.

Les personnalités sollicitées par le pouvoir pour se présenter ont toutes décliné, selon plusieurs observateurs.

Le général Gaïd Salah "s'entête dans cette solution", probablement "poussé par son entourage, les autres généraux", qui s'accrochent aux délais pour ne pas tomber dans "la configuration du coup d'Etat si les échéances passent", ajoute le chercheur.

L'armée "a peur d'une période de transition" réclamée par les protestataires car, alors, elle "va devoir rendre le pouvoir aux civils" et "sortira du jeu politique", poursuit M. Hammoudi.

Difficile de savoir de quelle marge de manoeuvre dispose l'armée si la présidentielle ne pouvait pas être organisée : "On ne sait pas (...) s'il (Gaïd Salah) donne des ordres ou des conseils. Donner des ordres au peuple ne fait pas partie de ses compétences, quant aux conseils il peut les donner directement aux personnes visées", souligne M. Hennad.

Lundi, le chef d'état-major a appelé à faire "émerger de vrais représentants" qui transmettront "les revendications populaires dans le cadre d'un dialogue (...) avec les institutions de l'Etat". Un dialogue dont l'armée ne sera pas "partie prenante", a-t-il assuré.

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