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Le président Sall promet l'émergence, l'opposition dénonce un "Plan Sénégal endettement"

Un groupe d'opposants au président sénégalais Macky Sall vandalise un de ses posters à Thiès, au Sénégal, le 3 février 2019.

Croissance soutenue, infrastructures poussant comme des champignons, rente pétrolière attendue à partir de 2021: le Sénégal est engagé sur la voie de l'émergence, assure le président Macky Sall, mais ses adversaires dénoncent un endettement croissant et des indicateurs mirobolants.

Quand ses concurrents à l'élection du 24 février, comme l'ex-Premier ministre Idrissa Seck, martèlent que "sa vision s'arrête à Diamniadio", en référence à la ville nouvelle bâtie à 32 km de la capitale, vitrine de son Plan Sénégal émergent (PSE) lancé en 2014, il les accuse d'aveuglement délibéré.

"C'est peut-être parce qu'ils ne sont pas allés en Casamance (sud) ou qu'ils ferment les yeux quand ils empruntent l'autoroute à péage" desservant le nouvel aéroport inauguré en décembre 2017, a ironisé Macky Sall lors d'un meeting de campagne cette semaine.

"Qu'est-ce qui émerge donc?", s'interroge pourtant Serigne Fallou Fall, un habitant de Dakar, déplorant une encore trop grande centralisation du pays: "Même un bout de papier, il faut venir le chercher à Dakar".

Bien qu'il reste classé parmi les 25 plus pauvres au monde, "le Sénégal est sur le train de l'émergence", avec plus de 6 % de croissance annuelle depuis 2015, affirme à l'AFP l'économiste Youssou Diallo, président du cercle de réflexion "Club Sénégal Emergent", proche du pouvoir.

Pour la deuxième phase du PSE (2019-2023), le pays a obtenu en décembre à Paris des engagements des bailleurs de 14 milliards de dollars.

"On a utilisé l'investissement public pour faire l'amorçage. Il faut que le secteur privé national et international supplée et renforce les investissements publics", explique M. Diallo.

Dans une étude de plus de 420 pages publiée en 2018, des économistes du Fonds monétaire international (FMI) concluent que "l'objectif du Sénégal de devenir une économie de marché émergente à revenu moyen supérieur d'ici 2035 est réalisable", à condition d'engager de très profondes réformes structurelles.

Ils jugent en revanche "improbable" d'y parvenir en s'appuyant "principalement sur un investissement public accru, car le maintien d'une croissance élevée exige aussi un investissement privé soutenu, y compris par l'investissement direct étranger".

"Emprunt public inévitable"

Mais le secteur privé sénégalais dit manquer de capital financier pour rivaliser avec les multinationales.

"Le privé national ne réalise pas les grands marchés de l'Etat, généralement confiés aux entreprises étrangères", regrette Babacar Diop, membre de la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES), une des deux organisations patronales, appelant à l'instauration d'une "préférence nationale".

En outre, "l'Etat doit au privé national de l'argent et lui réclame en même temps l'impôt", d'où selon lui des faillites d'entreprises ou l'arrêt, faute de crédits, des rares travaux qui leur sont confiés.

L'opposition reproche également au chef de l'Etat d'aggraver l'endettement du pays par ces coûteux projets.

A la question de savoir ce qu'il ferait avec l'argent promis pour la deuxième phase du PSE, un autre candidat, l'ancien inspecteur des impôts Ousmane Sonko a répondu de manière expéditive: "Si je suis élu, son Plan Sénégal endettement, je le mets à la poubelle".

Un membre du parti d'Idrissa Seck, Cheikh Moussa Camara, regrette pour sa part les montants investis dans des projets dispendieux, comme le Train express régional (TER) reliant Dakar à Diamniadio, d'un coût estimé à près d'un milliard d'euros.

Selon lui, "il y a des problèmes de priorisation par rapport aux préoccupations des Sénégalais", en matière d'approvisionnement en eau, en électricité ou de services d'éducation et de santé.

Si dans leur rapport, les experts du FMI considèrent que pour financer des plans aussi ambitieux, "l'emprunt public est inévitable", ils soulignent la nécessité de contrôler le niveau d'endettement de l'Etat.

En revanche, non seulement les opposants, comme Abdoul Mbaye, premier chef de gouvernement de M. Sall, pour qui afin de "justifier une soi-disant émergence économique", le pouvoir "fabrique" des taux de croissance irréalistes, mais aussi les spécialistes, doutent fortement des retombées attendues de la production d'hydrocarbures à partir de 2021-2022.

"On devrait avoir une croissance à deux chiffres à partir de 2022 avec l'exploitation du pétrole, qui peut générer cinq points de plus", indique l'économiste-statisticien Moubarack Lô, conseiller spécial à la Primature, tablant sur des revenus annuels de l'exploitation des gisements de pétrole et de gaz naturel de l'ordre d'un milliard de dollars pendant 30 ans.

Les experts pointent au contraire la volatilité du prix du brut. Selon un document de travail examiné lors d'une réunion à Dakar fin janvier, cette hypothèse optimiste d'un milliard de dollars par an "ne se produirait pas avant la fin des années 2020 et ne représenterait de toute façon qu'un pic" de courte durée.

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Culture Hebdo aver Roger Muntu

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A Dakar, les technologies numériques se déclinent au féminin

Une étudiante teste un appareil de réalité virtuelle à Orlando, en Floride, le 5 octobre 2017.

Un code-barres pour carnet de santé, une application permettant aux femmes victimes de violences de donner l'alerte, une plateforme recensant l'ensemble des textes juridiques sénégalais: à Dakar, un forum célèbre l'innovation technologique féminine.

Pour la première édition africaine jeudi dans la capitale sénégalaise de la Journée de la femme digitale, une manifestation organisée à Paris depuis sept ans, plusieurs centaines de femmes qui entreprennent dans le secteur du numérique étaient conviées à partager projets et expériences.

Un carnet de santé numérique

A 22 ans, Nafissatou Diouf est déjà à la tête de Senvitale, une start-up de 10 salariés, installée depuis deux mois à Dakar. Ce système de QR code, un type de code-barres, intégré à une carte, un bracelet, ou encore un pendentif, est scanné par les médecins pour accéder instantanément aux données des patients.

L'idée est de "faciliter le travail des médecins et des urgentistes" qui peuvent ainsi "agir plus rapidement", explique la jeune Sénégalaise, personnellement touchée par le problème des diagnostics.

Lorsque sa tante décède des suites d'une réaction allergique mal prise en charge, la jeune femme, alors diplômée en industrie chimique et agroalimentaire depuis deux ans, interrommpt ses études pour se lancer dans l'aventure digitale.

En 2017, elle lance Senvitale, qui lui vaut de nombreux prix, dont celui de la start-up de l'année 2018, au Sénégal. Sa plateforme gratuite permet également aux patients de gérer leurs rendez-vous médicaux.

Pour l'instant, le projet tarde à arriver sur le marché. "On attend l'autorisation du ministère de la Santé à cause des données sensibles que l'on traite", explique la jeune jeune femme, qui envisage pourtant déjà un développement de son entreprise à l'international.

Comment les femmes africaines de la diaspora peuvent-elles mieux tirer parti des technologies ?
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App pour les victimes de violences

Artiste engagée depuis une dizaine d'années dans la lutte contre les violences faites aux filles et aux femmes, Diariata N'diaye, 36 ans, a parcouru les établissements scolaires en France, où elle a grandi, pour sensibiliser les jeunes et a récolté de nombreux témoignages.

Elle prend alors conscience que les victimes ignorent l'existence de solutions. En 2015, elle crée son association "Résonantes" et lance dans la foulée "App-elles". Cette application mobile permet aux victimes de violences conjugales d'alerter trois de leurs proches en cas de situation de danger.

"Je suis partie d'un constat très simple : c'est que tout le monde a un téléphone et que donc s'il y a un outil qui doit être créé pour les victimes, il doit passer par leur téléphone", explique-t-elle.

Les alertes peuvent être aussi déclenchées via un bracelet connecté à l'application. La plateforme gratuite permet aux victimes de contacter des associations ou de s'informer sur leurs droits.

Aujourd'hui, la créatrice d'App-elles revendique 8.000 téléchargements de son application avec une moyenne de 800 à 1.300 utilisateurs par mois, et une présence dans dix pays, dont la France, le Canada, le Maroc, les États-Unis ou encore le Sénégal.

"On a beaucoup de personnes qui utilisent App-elles dans l'espace public. Des femmes qui commencent tôt le matin, qui rentrent tard le soir", indique Diariata N'diaye, qui juge pourtant le nombre d'utilisatrices encore insuffisant.

App-elles, déjà disponible sur les téléphones mobiles Android, devrait arriver prochainement sur Iphone.

Le Sommet sur l'avenir des technologies à Washington DC
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Le droit à portée de clic

Quand Nafissatou Tine, avocate sénégalo-belge de 34 ans, quitte en 2016 Bruxelles pour s'installer à Dakar, elle se trouve confrontés à la difficulté de trouver des sources d'information fiables sur le droit sénégalais.

Elle décide donc de lancer Sunulex, qui rassemble l'intégralité des textes de loi numérisés du Sénégal, mais aussi les décisions de jurisprudence, comblant ainsi un manque pour les étudiants en droit, les juristes, voire les citoyens.

"Actuellement sur la plateforme sénégalaise gratuite, accessible au public, nous avons réuni 800 textes et nous avons 1.700 visites par semaine", se félicite la chef d'entreprise, à la tête de 8 salariés.

Nafissatou Tine s'apprête à lancer en juillet "Sunulex.Africa", une version de son premier site désormais destinée à une dizaine de pays d'Afrique francophone, dont la Côte d'Ivoire, le Bénin, le Togo, le Gabon, le Mali, le Burkina Faso, et la Mauritanie.

"C'est une plateforme africaine faite avec des ressources africaines, pour des Africains et par des Africains, pour les juristes du monde entier", s'enthousiasme-t-elle. A terme, Nafissatou Tine souhaite faire de Sunulex la première plateforme numérique de droit en Afrique francophone.

Un feuilleton sur le sexe et les femmes divise le Sénégal

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Dakar au rythme des amoureux de la mode

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Paris rend hommage au sculpteur sénégalais Ousmane Sow avec une place à son nom

Le sculpteur sénégalais Ousmane Sow, au centre, reçoit son épée académique de Marieme Faye, épouse du président sénégalais Macky Sall, ex-président sénégalais Abdou Diouf, applaudit lors d'une cérémonie à l'Académie française de Paris, le mercredi 11 décembre 2013.

La Ville de Paris dédiera une de ses places au grand sculpteur sénégalais Ousmane Sow, qui partagea sa vie entre Paris et Dakar et fut le premier artiste d’origine africaine élu à l’Académie des beaux-arts.

Cette place sera inaugurée le 29 juin prochain dans le quinzième arrondissement, près de la rue des Entrepreneurs où l’artiste résidait lorsqu’il était en France.

En mars dernier, à l’occasion des 20 ans de la spectaculaire exposition d’Ousmane Sow sur le Pont des Arts, Paris lui a rendu un premier hommage en inaugurant, Place de Valois, à côté du ministère de la Culture, l’oeuvre en bronze "Le couple de lutteurs corps-à-corps", issue de sa série "Nouba".

En 1999, c’est la quasi-intégralité de son oeuvre que l’artiste avait exposée sur le Pont des Arts, entre l’Institut de France et le Musée du Louvre, à l’invitation de la mairie de Paris. Le succès avait été immédiat. Pendant trois mois, les Parisiens s'étaient pressés sur le pont de jour comme de nuit, contraignant la préfecture de police à demander l’instauration d’un sens de visite entre la rive gauche et la rive droite.

Cinq autres grands bronzes sont déjà installés en France : "Victor Hugo" et "L’Homme et l’enfant" à Besançon, "Le général de Gaulle" à Versailles, "Le Guerrier debout" à Angers, "Toussaint Louverture" à La Rochelle.

Le sculpteur sénégalais, un des grands Africains de l'art contemporain, est mort en décembre 2016 à Dakar, salué à travers le monde entier.

Il est connu pour ses sculptures monumentales de guerriers. Il n'a accédé à la reconnaissance artistique qu'à la cinquantaine, après avoir exercé comme kinésithérapeute en France et au Sénégal.

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