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Droits humains

Paul Kagame défend le procès de celui qui a inspiré le film "Hôtel Rwanda"

Paul Rusesabagina, qui a inspiré le film "Hotel Rwanda", à Kigali, Rwanda, le 25 septembre 2020.

Le président rwandais Paul Kagame a rejeté dimanche les nombreuses critiques formulées à l'encontre du procès pour "terrorisme" visant Paul Rusesabagina, ancien hôtelier ayant sauvé un millier de personnes pendant le génocide de 1994 et dont l'histoire a inspiré le film "Hôtel Rwanda".

Les Etats-Unis, qui lui ont décerné la médaille présidentielle de la liberté en 2005, le Parlement européen ou encore la Belgique ont exprimé leurs préoccupations sur les conditions de son arrestation et l'équité de son procès.

M. Rusesabagina, 67 ans, est jugé pour son soutien présumé au Front de libération nationale (FLN), groupe rebelle accusé d'attaques en 2018 et 2019, ayant fait neuf morts dans ce pays d'Afrique de l'Est. Il est visé par neuf chefs d'accusation, dont celui de "terrorisme".

"Il est ici en train d'être jugé pour cela. Cela n'a rien à voir avec le film. Rien à voir avec son statut de célébrité", a déclaré M. Kagame dans une interview à la télévision nationale, "il s'agit des vies de Rwandais perdues à cause de ses actions et à cause des organisations auxquelles il appartenait ou qu'il dirigeait".

M. Rusesabagina et sa famille rejettent ces allégations et affirment qu'il est victime d'un procès spectacle à motivation politique, car il est un opposant virulent au président Kagame.

Les procureurs ont requis la prison à vie. Le verdict est attendu le 20 septembre.

M. Kagame a souligné qu'il méritait "d'être jugé équitablement devant un tribunal" et qu'il serait "jugé aussi équitablement que possible".

Paul Rusesabagina a nié toute implication dans les attaques, mais il est l'un des fondateurs du Mouvement rwandais pour le changement démocratique (MRCD), un groupe d'opposition dont le FLN est considéré comme le bras armé.

Il a été rendu célèbre par le film "Hotel Rwanda" qui raconte comment cet ancien directeur de l'hôtel des Mille Collines à Kigali, un Hutu modéré, a sauvé plus de 1.000 personnes au cours du génocide de 1994 qui a fait 800.000 morts, principalement issus de la minorité tutsie.

Il vivait en exil depuis 1996 aux Etats-Unis et en Belgique, pays dont il a acquis la nationalité. Il a été arrêté en août 2020 au Rwanda dans des circonstances troubles, à la descente d'un avion qu'il pensait être à destination du Burundi.

Le gouvernement rwandais a admis avoir "facilité (son) voyage" vers Kigali, mais affirmé que l'arrestation était "légale".

M. Rusesabagina et ses avocats ont boycotté les audiences depuis mars, dénonçant un procès "politique" rendu possible par son "enlèvement".

Au pouvoir depuis 1994, Paul Kagame est accusé par ses détracteurs de réprimer ses opposants et de régner par la peur.

Dimanche, il a rejeté les allégations selon lesquelles Kigali aurait utilisé le logiciel israélien de surveillance Pegasus, après qu'une enquête des médias internationaux a révélé que plus de 3.500 Rwandais - dont la fille de M. Rusesabagina - étaient potentiellement espionnés par ce logiciel.

"A la question de savoir si nous espionnons avec cet outil, la réponse est non", a déclaré le président rwandais, "mais comme tout autre pays dans le monde, le Rwanda collecte des renseignements et il existe de nombreuses façons de le faire".

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La CPI va enquêter sur les talibans et l'Etat islamique, mais pas sur l'armée américaine

L'avocat Karim Khan prend la parole devant la Cour pénale internationale à La Haye le 9 septembre 2013.

L'administration Trump avait imposé des sanctions à Fatou Bensouda quand elle voulait enquêter sur les soldats américains.

La Cour pénale internationale (CPI) va axer son enquête sur les talibans et le groupe Etat islamique en Afghanistan (EI-K), "écartant des priorités" l'examen de crimes présumés commis par des soldats américains, a déclaré lundi son nouveau procureur en chef, Karim Khan.

Ne pouvant "plus s'attendre à des enquêtes locales authentiques et efficaces" après la prise du pouvoir par les talibans, le procureur a demandé aux magistrats de la cour d'axer l'enquête sur les talibans et l'EI-K et de "ne plus donner la priorité" aux crimes dont on soupçonnait les forces américaines qui se sont retirées du pays.

"L'évolution récente de la situation politique en Afghanistan et le changement de régime qu'a connu le pays ont eu de profondes répercussions", a déclaré M. Khan dans un communiqué.


"Au terme d'une analyse minutieuse, j'ai conclu qu'au vu des circonstances actuelles, la perspective de voir les autorités nationales mener à bien de véritables enquêtes (...) s'était refermée", a-t-il ajouté.

M. Khan a demandé aux juges "de statuer dans les meilleurs délais" afin de pouvoir reprendre l'enquête, suspendue l'année dernière à la demande du gouvernement alors en place à Kaboul, qui voulait mener sa propre investigation.

L'ouverture d'une enquête de la CPI en Afghanistan, notamment sur des crimes présumés commis par des soldats américains, avait conduit l'administration de l'ancien président américain Donald Trump à imposer des sanctions à la prédécesseure de M. Khan, Fatou Bensouda.

En raison des "ressources limitées" de la CPI, créée en 2002 pour juger les pires atrocités dans le monde, M. Khan a décidé d'établir des priorités en Afghanistan.

"J’ai donc décidé d’axer les enquêtes de mon Bureau en Afghanistan sur les crimes qui auraient été commis par les Talibans et l’État islamique de la province du Khorasan, au détriment d’autres aspects de l’enquête", a-t-il expliqué, avançant "la gravité, l’ampleur et la nature des crimes qu’auraient commis ou que commettraient les Talibans et l’État islamique".

Le procureur de la CPI a spécifiquement mentionné l'attaque meurtrière du 26 août à l'aéroport de Kaboul revendiquée par l'EI-K au cours de laquelle 13 militaires américains et plus de 100 civils afghans ont été tués.

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Des lanceurs d'alerte au péril de leur vie en Afrique du Sud

Un patient traité dans un hôpital géré par l'organisation caritative The Gift of the Gives, lors de l'épidémie de Covid-19 à Johannesburg, Afrique du Sud, le 10 juillet 2021.

Les lanceurs d'alerte agissent au péril de leur vie en Afrique du Sud, notamment pour dénoncer des cas de corruption, a alerté l'ONG Corruption Watch dans un rapport publié mercredi. 

Le mois dernier, Babita Deokaran, 53 ans, employée d'un ministère provincial de la Santé et témoin clef dans une affaire de corruption, a été tuée par balles à Johannesburg.

Elle avait participé à mettre au jour une affaire de détournement de plusieurs millions d'euros dans le cadre de contrats d'achats de matériel de protection contre le Covid. L'affaire dévoilée l'année dernière avait fait scandale.

Les informations en sa possession ont conduit à plusieurs licenciements ainsi qu'à des poursuite auprès d'entreprises et de responsables du gouvernement pour recouvrer des sommes indûment versées.

La fonctionnaire a été froidement abattue dans sa voiture le 23 août, près de son domicile, après avoir déposé son enfant à l'école.

"Ceux qui ont le courage de dénoncer la corruption continuent à voir leur vie menacée par des personnes agissant en toute impunité", s'indigne Corruption Watch.

Six personnes ont été inculpées de meurtre dans le cadre de l'enquête sur la mort de Babita Deokaran.

Le président Cyril Ramaphosa avait qualifié le meurtre de "tragédie", saluant une "héroïne et une patriote". Le chef d'Etat, qui a succédé à Jacob Zuma poussé à la démission en 2018 après une série de scandales, a fait de la lutte contre la corruption un cheval de bataille.

Le gouvernement a annoncé cette semaine la création d'une unité spéciale de protection des lanceurs d'alerte.

Selon l'ONG, les informations recueillies auprès de quelque 2.000 lanceurs d'alerte montrent que la corruption a sévi "sans relâche" au cours du premier semestre 2021, dans le secteur public comme privé.

La plupart des témoignages impliquent la police. D'autres, les programmes de lutte contre le Covid, le financement des écoles, le logement ou encore l'aide alimentaire.

Les arrestations et violences pour des publications sur internet en hausse dans le monde

Un cybercafé à Dakar, Sénégal, le 10 août 2006.

Le nombre de pays où des internautes ont subi des arrestations et des violences en raison de leurs publications a atteint un record entre juin 2020 et mai 2021, selon un rapport publié mardi par une ONG.

Si les coupures de réseau en Birmanie et au Bélarus ont constitué les points les plus marquants de la période considérée, les droits numériques ont reculé au niveau mondial pour la onzième année de suite, souligne l'ONG américaine Freedom House.

Le rapport évalue le niveau de liberté sur internet dans différents pays, en prenant notamment en compte les restrictions d'accès ou la présence de "trolls" pro-gouvernementaux cherchant à manipuler les débats en ligne.

"Cette année, les internautes ont dû faire face à des attaques physiques en représailles à leurs activités en ligne dans 41 pays", indique le rapport, notant qu'il s'agit d'un plus haut depuis ses débuts.

Parmi les exemples cités : celui d'un étudiant bangladais hospitalisé après un passage à tabac en raison de soupçons d'"activités anti-gouvernementales" sur les réseaux sociaux ou celui d'un journaliste mexicain assassiné pour avoir publié sur Facebook une vidéo accusant un gang de meurtre.

Les auteurs ajoutent que, dans 56 des 70 pays étudiés, des citoyens ont été arrêtés ou condamnés pour leurs activités numériques, soit un taux record de 80%.

La junte militaire, qui a pris le pouvoir en Birmanie en février, est lourdement critiquée pour avoir coupé l'accès à internet, bloqué les réseaux sociaux et forcé les entreprises technologiques à lui remettre des données privées.

Des coupures ont également été constatées avant un scrutin en Ouganda en janvier et après une élection présidentielle contestée au Bélarus en août 2020.

Au total, 20 pays ont bloqué l'accès à internet de leurs citoyens en un an.

L'Islande est en tête du classement devant l'Estonie et le Costa Rica, premier pays à avoir fait de l'accès à internet un droit fondamental.

La Chine est en revanche considérée comme le pays le moins respectueux des libertés numériques et le plus répressif contre les internautes dissidents.

Au niveau mondial, les auteurs du rapport accusent des gouvernements de se servir de la régulation des entreprises technologiques pour justifier des mesures répressives.

De nombreux législateurs élaborent des lois anti-trust visant à mettre au pas des géants de la tech comme Google, Apple et Facebook, un effort que les auteurs du rapport estiment justifié.

Ils critiquent cependant des pays comme l'Inde ou la Turquie pour leurs lois forçant les réseaux sociaux à retirer tout contenu jugé offensant ou susceptible de porter atteinte à l'ordre public, sans que ces termes soient clairement définis.

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