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Le pouvoir sous pression appelé à se "libérer" des milices à Tripoli


Des combats dans Tripoli, le 21 septembre 2018

Après un mois de combats meurtriers au sud de Tripoli, le gouvernement libyen reconnu par la communauté internationale (GNA) est acculé à entreprendre des réformes radicales pour rétablir la sécurité, en se libérant de l'emprise des milices de la capitale.

L'émissaire de l'ONU en Libye Ghassan Salamé a été explicite cette semaine en marge de l'assemblée nationale de l'ONU, en estimant "nécessaire de libérer le gouvernement de l'emprise des groupes armés" de Tripoli.

"Pour la première fois donc, les milices pro-GNA ont été décrites (par l'ONU) comme indésirables et devant être démantelées", souligne Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye à l'université Paris VIII.

"Cependant, dans les faits, nous n'assisterons pas à une remise en cause totale (...) de tous les groupes armés pro-GNA", par crainte d'un vide sécuritaire, a ajouté M. Harchaoui.

Plongée dans le chaos depuis la chute en 2011 du régime de Mouammar Kadhafi, la Libye est dirigée par deux entités rivales: d'un côté le GNA basé à Tripoli et de l'autre un cabinet parallèle dans l'est du pays, soutenu par le maréchal Khalifa Haftar -- à la tête d'une puissante force armée-- et le parlement élu.

Issu d'un accord signé en 2015 sous l'égide de l'ONU, le GNA a échoué à mettre en place des forces de sécurité unifiées et a continué à s'appuyer sur des milices, pour sa sécurité et celle de la capitale.

Les grandes milices tripolitaines en ont profité pour infiltrer les institutions politiques et économiques, n'hésitant pas à sortir l'artillerie lourde pour défendre leurs "acquis".

Ce fut le cas fin août quand des groupes armés venant d'autres villes de l'ouest libyen ont tenté d'entrer dans la capitale, se heurtant aux milices tripolitaines. Au moins 117 personnes ont été tuées et plus de 400 blessées en un mois de combats.

Les affrontements ont cessé cette semaine à la faveur d'un accord de cessez-le-feu en vertu duquel le GNA s'engage notamment à déloger les groupes armés des institutions de l'Etat et des installations stratégiques.

Mais des analystes estiment que la tâche sera ardue pour limiter les pouvoirs des milices.

"Ces groupes ont eu l'intelligence de pénétrer les institutions de police et économiques de la capitale. (...) Le GNA travaille avec elles, dépend d'elles, repose sur elles", a estimé M. Harchaoui.

Un des moyens de réduire leur contrôle sur l'économie pourrait être de faire le ménage dans ce secteur.

Le GNA a annoncé une série de mesures pour pallier aux "dysfonctionnements" du secteur bancaire et de l'économie en général, qui profitent aux milices.

Les réformes visent notamment à réduire le fossé entre les taux de change officiels et ceux du marché noir et de retirer les subventions de l'Etat sur les carburants, pour lutter contre le trafic et la contrebande qui minent l'économie de ce riche pays pétrolier.

Au taux officiel, le dollar s'échange théoriquement contre près de 1,4 dinar - un taux qui quadruple voire quintuple sur le marché parallèle, en raison d'une pénurie chronique de devises et de monnaie nationale dans les banques.

Ces écarts de taux ont favorisé la corruption, principalement au profit des groupes armés qui revendent au marché noir des dollars obtenus au taux officiel, s'assurant ainsi des plus-values conséquentes.

Pour limiter ce trafic, le gouvernement a imposé une taxe de 183% sur la vente de devises étrangères, ce qui a entraîné une dépréciation de la monnaie nationale.

Depuis l'entrée en vigueur de cette taxe, le dollar - quand il est disponible dans les banques - s'échange contre 3,9 dinars libyens au taux officiel.

Mais Kamal al-Mansouri, expert économique libyen, a mis en doute l'efficacité de telles mesures, alors que les deux autorités rivales disposent chacune d'une banque centrale.

Selon lui, il faut donc d'abord "mettre fin à toutes les institutions parallèles".

Le député Ismaïl al-Chérif, du Parlement basé dans l'est du pays, a estimé de son côté que les réformes économiques ne pouvaient se faire si elles n'étaient pas accompagnées d'autres sur le plan politique et sécuritaires.

"Il n'y aura aucun succès sur le plan économique si la tension persiste et si les armes restent aux mains de factions armées", a-t-il ajouté.

Selon lui, les réformes ont de faibles chances d'aboutir sans une "restructuration" du GNA, un dossier sensible qui se trouve de nouveau au centre de négociations sous l'égide de l'ONU entre les autorités de Tripoli et celles de l'Est.

Avec AFP

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