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Le Parlement panafricain en pleine crise existentielle

  • VOA Afrique

Le président du Parlement panafricain Roger Nkodo Dang lors d'une session devant l'Assemblée nationale à Paris, le 3 novembre 2015.

Sa devise: "une Afrique, une voix". Mais depuis sa mise en place en 2004, le Parlement panafricain a bien du mal à se faire entendre, au point que dans l'hémicycle des députés exaspérés interpellent un à un le président: "mais à quoi servons-nous ?"

"A chaque fois qu'on est ici, on s'agite sur la même préoccupation. Si on ne peut pas légiférer, ce n'est pas la peine d'être là !", s'emporte devant ses collègues Corneille Padonou du Bénin.

"Il n'y a rien qui mérite d'être salué à propos du Parlement dans sa forme actuelle", assène Floyd Shivambu, un député représentant l'Afrique du Sud.

"Par définition, un Parlement est supposé être un organe législatif. Mais ce forum n'est pas un Parlement, c'est simplement une plateforme de discussion qui n'a pas de pouvoir législatif", ajoute-t-il. "C'est de l'argent et du temps perdus".

Le Parlement panafricain (PAP) siège en Afrique du Sud et compte 229 députés représentant 51 pays, nommés parmi leurs élus.

Sur le papier, cette assemblée est le bras législatif de l'Union africaine (UA). En réalité, elle n'est dotée que de pouvoirs consultatifs. "Son rôle se limite essentiellement à adopter des recommandations", se lamente son secrétaire général adjoint, le Tchadien Gali Massa Harou.

Un document, le protocole de Malabo de 2014, aurait dû changer la donne. Il confère au PAP des pouvoirs législatifs mais il est resté jusqu'à ce jour lettre morte. Cinq pays seulement l'ont ratifié, sur les 28 nécessaires.

Ouverte le 9 octobre, la session qui s'achève vendredi a une nouvelle fois servi d'exutoire à frustrations des parlementaires.

"Vraiment, on ne comprend rien. Ici, tout le monde est d'accord pour qu'il soit ratifié", s'impatiente l'Algérien Mohamed Tayeb Laskri. "A cette allure, il va nous falloir vingt ans pour ratifier le protocole", prévient son collègue tanzanien David Silinde.

Le PAP fait office de "salon, de groupe d'amitié", résume, dépité, l'élu égyptien Moustafa El Gindy.

Le siège du Parlement résume à lui seul son côté "bancal", selon Floyd Shivambu. Il est installé à Midrand, une ville industrielle à mi-chemin entre Johannesburg et Pretoria, dans un bâtiment qui lui a été temporairement assigné à côté de terrains vagues. Même le GPS ne le localise pas...

Ingérence

Avec un budget annuel de 22 millions de dollars, le PAP se réunit deux fois par an pour des sessions qui mobilisent 60 interprètes. Les députés y siègent aux frais de leur pays, qui prend en charge billets d'avion, logement et nourriture.

A la question récurrente de la ratification, une députée malienne a avancé une solution. "Qu'on nous donne à nous, les femmes députées, la possibilité d'aller dans les pays. On reviendra avec les ratifications", a plastronné Mamedi Sidibe pendant la présente session. "Ce que femme veut, Dieu le veut!".

En toge noire et dorée et coiffe à pompon assortie, le président du Parlement, le Camerounais Roger Nkodo Dang, l'a sèchement renvoyée dans les cordes. "Je ne pense pas que les femmes vont avoir d'autres résultats !"

Comment expliquer cette réticence à doter le Parlement de réels pouvoirs ?

Les pays "ont peur de perdre leur souveraineté et craignent l'ingérence des pouvoirs internationaux", avance le député égyptien Moustafa El Gindy, en rappelant que l'UA est financée aux trois-quarts par des partenaires internationaux, dont l'Union européenne (UE).

Les Etats membres de l'UA n'ont pas à s'inquiéter, tente toutefois de rassurer le président du Parlement.

"Il y a pas mal de domaines dans lesquels le PAP peut légiférer" comme le changement climatique et le terrorisme, "sans toutefois s'attaquer aux domaines réservés des Etats", souligne à l'AFP Roger Nkodo Dang.

Faute de pouvoir dans l'immédiat prendre des décisions, le Parlement fait donc office d'arbre à palabres.

Une élue appelle de ses voeux la fin des migrations économiques, un autre salue la levée des sanctions américaines contre le Soudan, le président dénonce la Cour pénale internationale (CPI).

Dans ce contexte, le Parlement souffre logiquement d'un problème de visibilité et de reconnaissance. Et pas seulement auprès de la population africaine.

Des pays membres n'acceptent toujours pas les passeports panafricains des députés, s'insurgent des parlementaires.

Roger Nkodo Dang dénonce même le manque de considération de la "maison mère", l'Union africaine. Seul un président de la commission de l'UA, Jean Ping, "a pris la peine de venir s'exprimer dans le parlement", regrette-t-il.

Avec AFP

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