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Le maire de Dakar Khalifa Sall essaie d'obtenir l'immunité parlementaire


Les militants de Khalifa Sall attendent devant la Cour suprême Court à Dakar, Sénégal, le 20 juillet 2017. (S. Christensen/VOA)

Elu député alors qu’il est toujours en prison pour détournement présumé de deniers publics, le maire de Dakar, Khalifa Sall, est aujourd’hui une équation à plusieurs inconnues.

Les partisans et avocats de Khalifa Sall évoquent l’immunité parlementaire pour réclamer sa libération dans les meilleurs délais. Les autorités, elles, jugent ce débat est préjudiciable à l’indépendance de la justice qui est la seule habilité à se prononcer.

En prison depuis mars, Khalifa a toujours clamé son innocence dans cette affaire de la caisse d’avance qui porte sur près de 2 milliards de francs CFA

"Depuis 2009, je travaille, je ne gagne pas ma vie par ce que me donne la ville, je ne vis pas de la mairie, je ne vis pas avec les moyens de la mairie", avait-il déclaré.

Le 5 mars 2017, le Maire de Dakar tenait sa dernière conférence de presse avant son incarcération quelques jours plus tard, dans l’affaire dite de la caisse d’avance.

Depuis, ses militants se battent pour sa libération. Après avoir épuisé la majorité des recours juridiques possibles, ils s’accrochent à l’immunité parlementaire que pourrait lui accorder son statut de député.

"Pour la libération du Président Khalifa Ababacar Sall, une fois élu député, il bénéficie de l’immunité parlementaire", rappelle Babacar Diop, coordonnateur du mouvement politique du Maire de Dakar.

"Nous savons tous qu’un député ne peut pas être en prison, c’est la raison pour laquelle nous avons tenu cette conférence de presse pour alerter l’opinion nationale et internationale par rapport à sa libération immédiate. Khalifa Sall, comme il l’avait lui-même dit, a été aux législatives et sera à la présidentielle de 2019".

Une position confortée par l’avocat de Khalifa Sall. Maître Clédor Ciré Ly a toujours affirmé à VOA Afrique que l'affaire était loin d’être purement juridique.

"Khalifa Ababacar Sall a été arrêté dans un contexte et dans des circonstances qui sont éminemment politiques, il est maintenu en détention pour des raisons politiques et s’il devrait en sortir aussi tout le monde s’attend à ce que, même si on n’y met la forme, que cela soit pour des raisons politiques".

Ces allégations sont battues en brèche par le ministre de la Justice.

Le président de l'Assemblée des Etats parties au statut de Rome, Sidiki Kaba, à droite, et l’avocate américaine du Centre du Droit Constitutionnel (CDR) à Paris, France, 28 octobre 2005.
Le président de l'Assemblée des Etats parties au statut de Rome, Sidiki Kaba, à droite, et l’avocate américaine du Centre du Droit Constitutionnel (CDR) à Paris, France, 28 octobre 2005.

​Maître Sidiki Kaba affirme que l’affaire Khalifa Sall n’a rien de politique et que ce dernier ne peut pas prétendre à l’immunité parlementaire.

"Ce n’est pas le député Khalifa Sall qui a été arrêté, celui qui a été arrêté est quelqu’un qui avait maille à partir avec la justice à partir d’un rapport de l’Inspection Générale d’Etat", explique-t-il.

"Ça a été devant la cour d’Appel, c’est devant la cour Suprême. Ce n’est pas un député qui a été arrêté", souligne l'avocat.

"Il y a aujourd’hui un débat pernicieux, médiatico-politique qui est un harcèlement tendant à violer l’esprit de l’indépendance et la conscience des magistrats pour faire croire qu’aujourd’hui, il y a eu violation des textes, alors qu’il n’y en a pas".

Malgré ces multiples recours devant la justice, Khalifa Sall n’a toujours pas eu gain de cause. En attendant un de ces ultimes recours devant la cour suprême, le maire de Dakar a peu de chance d’accéder à l’Assemblée nationale si sa situation politico-judiciaire ne connaît pas d’évolution favorable.

Seydina Aba Gueye, correspondant à Dakar

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