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Le Kremlin ne veut pas "céder aux émotions" après la décision du CIO


Le président Vladimir Poutine et son porte-parole Dmitri Peskov, à New York, le 28 septembre 2015.
Le président Vladimir Poutine et son porte-parole Dmitri Peskov, à New York, le 28 septembre 2015.

Le Kremlin a appelé mercredi à "ne pas céder aux émotions" après la décision du Comité international olympique (CIO) de suspendre la Russie des JO d'hiver, sanction qui a indigné les mondes sportif et politique russes.

Mardi soir, le CIO a suspendu la Russie des jeux Olympiques d'hiver 2018 pour dopage institutionnalisé, ouvrant toutefois la porte aux sportifs "propres" qui pourront concourir sous drapeau neutre, une décision unique dans l'histoire de l'olympisme puisque pour la première fois, un pays entier est suspendu pour dopage.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a estimé mercredi que "la situation est sérieuse" et affirmé qu'il ne fallait pas "céder aux émotions, mais analyser avec attention la décision du CIO".

Selon M. Peskov, les premières décisions seront prises suite à la prochaine réunion du Comité olympique russe (ROC), prévue le 12 décembre. "Avant cela, tirer des conclusions serait prématuré", a-t-il ajouté.

Alors que plusieurs députés et sénateurs russes indignés par la décision du CIO ont estimé qu'il serait humiliant pour la Russie de participer sous drapeau olympique, laissant entendre qu'un boycott serait préférable, le Kremlin semble adopter une attitude beaucoup plus mesurée.

Le président Vladimir Poutine pourrait s'exprimer sur le sujet dans la journée lors d'un discours à l'occasion d'un Forum à Moscou ou bien dans la soirée lors de la visite d'une usine à Nijni Novgorod, sur la Volga.

Boycott ?

Le 19 octobre, Vladimir Poutine avait prévenu qu'obliger les athlètes russes à évoluer sous bannière neutre constituerait une "humiliation pour la Russie". Un boycott "n'est pas un sujet de discussion" et Moscou reste "dévoué à l'idéal olympique", avait indiqué lundi Dmitri Peskov.

En attendant, les responsables sportifs comme politiques étaient prudents sur la perspective d'un boycott. Le chef du Comité olympique russe, Alexandre Joukov, avait assuré dès mardi soir que les sportifs russes décideraient le 12 décembre de leur participation ou non sous drapeau neutre.

La majorité des sportifs russes, tout en regrettant la décision du CIO, exprimait la volonté que ceux qui le veulent puissent participer aux Jeux de Pyeongchang. "Il faut aller aux jeux Olympiques. Refuser, c'est se rendre", a déclaré le médaillé olympique de hockey sur glace Ilya Kovalchuk, cité par l'agence TASS.

"M'adressant aux athlètes, je veux dire qu'ils ne doivent absolument pas désespérer et continuer à s'entraîner pour les Jeux", a de son côté déclaré la star du saut à la perche, Yelena Isinbayeva, qui a entamé une reconversion politique.

Les médias russes regrettaient également la décision tout en saluant la possibilité laissée aux sportifs russes de participer aux JO. "C'est dur d'accepter ces accusations et ces punitions. Mais le destin de nos athlètes et notre place dans la famille olympique sont plus importants", écrit le journal Sport Express.

Le quotidien dénonce la décision du CIO, "dans un sens humiliante pour la Russie", citant le bannissement à vie de Vitali Moutko, vice-Premier ministre et figure du sport russe en tant que ministre, organisateur en chef de Sotchi-2014 et grand ordonnateur de la prochaine Coupe du monde de football 2018.

'Option dure'

Mais le président du CIO Thomas Bach "a laissé la porte ouverte à la Russie" en autorisant les sportifs à participer et à avoir le mot "Russie" sur leurs survêtements, ajoute le journal sportif.

Le quotidien Kommersant écrit de son côté que "le CIO a choisi une option dure, mais pas la plus dure".

Chez les politiques et les médias proches du Kremlin, les réactions étaient beaucoup plus fortes. Le vice-président de la Douma (Chambre basse du Parlement), Piotr Tolstoï, a ainsi estimé sur la chaine de télévision Pervy Kanal que "c'est toute la Russie qu'on humilie en la privant de drapeau et d'hymne".

Le chef de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, a lui prévenu sur sa page Instagram que "aucun athlète vivant en Tchétchénie ne participera sous drapeau neutre".

Le président du comité des Affaires étrangères de la Douma, Konstantin Kossatchev, a estimé mercredi sur Facebook que la décision du CIO "fait partie du programme de l'Occident pour freiner la Russie".

Les critiques se multiplient aussi contre le lanceur d'alerte et ancien directeur du laboratoire antidopage de Moscou, Grigori Rodtchenkov, à l'origine des révélations sur le système de dopage institutionnalisé en Russie qui a abouti à la décision du CIO.

"Il est le traître parfait", explique le tabloïd Komsomolskaïa Pravda, ajoutant que le CIO a prouvé "qu'on peut détruire un pays olympique sur la base de preuves indirectes et d'un seul témoin".

Avec AFP

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