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Le gouvernement togolais veut plafonner les cautions et garanties de loyer


Devanture d’une maison mise en location à Lomé, 14 avril 2021.

Au Togo, les prix du logement sont en constante hausse. Le gouvernement planche sur l’élaboration d’une législation dans le secteur de l’immobilier. Même si l’annonce du décret est saluée, les professionnels de l’immobilier estiment qu’il faut d’autres mesures pour réguler le secteur.

Gisèle Katako vit en location, elle occupe un local de 2 pièces. Pour y avoir accès, elle a dû verser une caution de 12 mois. "On est dans une cour commune, une pièce salon, c’est à 20.000 francs par mois. Le maisonier chez lui, c’est un contrat de 12 mois. Tu finis les 12 mois, tu verses encore l’autre 12 mois aussi. 3 mois avant la fin du contrat, à tout moment tu es harcelé. Quand il t’appelle ce sont des menaces", explique cette jeune dame, évoquant ses relations avec son propriétaire.

C’est un peu la situation que vivent les locataires de logement d’habitation au Togo. Les cautions, pour la plupart des cas, ne sont pas en dessous de 10 mois de loyer. Pour rassembler ces fonds, dans un pays où le salaire minimum légal est à 35.000 francs CFA, il faut être un vrai acrobate.

"Pour payer une avance de 12 mois, parfois 18 mois, il faut nécessairement faire un prêt et ce n’est forcément pas à la banque. Nous avons déjà contracté des prêts à la banque. Tu ne peux pas aller faire un prêt sur un autre prêt. Nous avons des amis qui nous soutiennent, donc on se rabat sur eux", explique Séna Aguey, infirmier d'État.

"Je faisais une tontine de 10.000 francs par mois, et ça coïncidait avec mon tour. J’ai pris 120.000 francs, mon mari s’est débrouillé, il a trouvé 100.000 francs et on a jonglé avec nos salaires du mois. Ça faisait alors les 240.000 francs. On est parti verser chez le propriétaire et il nous a remis les clés", relate Gisèle Katako, comptable.

"C’est un parcours de combattant en fait", renchérit Gérard Kwadjogan, employé dans un cabinet d’architecture.

Alexandre de Souza, président de la fédération togolaise de l’immobilier. Lomé, 14 avril 2021. (VOA/Kayi Lawson)
Alexandre de Souza, président de la fédération togolaise de l’immobilier. Lomé, 14 avril 2021. (VOA/Kayi Lawson)

"Il y a une absence totale de réglementation du secteur de l’immobilier", souligne le président de la Fédération togolaise de l’immobilier, Alexandre de Souza​.

"Le système dans lequel nous sommes où il y a 80 à 90% d’informels, les locataires ne donnent pas suffisamment de garantie de solvabilité. Il n’y a pas réellement d’accompagnement ni au niveau du crédit, qui est très cher chez nous, ni au niveau des matériaux de construction. Il y a un manque criard de logements dans le pays", analyse-t-il.

Un décret est en cours d’étude pour plafonner la caution et la garantie de loyer, mais certains estiment que ce ne sera pas suffisant.

"Ce projet est le bienvenu. Je pense que le gouvernement a bien fait de vouloir essayer quand même de permettre aux uns et autres de respirer par rapport à cette question de caution. Cela fait que certains n’arrivent pas à se loger décemment ", commente Gérard Kwadjogan.

"Plafonner les cautions et garanties, c’est très bien. Mais au même moment, il faut aussi revoir le prix des matériaux de construction qu’on applique dans le pays. Car c’est ça qui impacte sur les cautions que les propriétaires de maison fixent", fait noter Séna Aguey.

La mise en application de ce décret, une fois qu’il est pris, peut être confrontée à la réticence des propriétaires de logement d’habitation, estime Alexandre de Souza, qui suggère un autre mécanisme d’appui à la législation.

"Cette tendance ne peut réellement s’inverser par une loi en réalité. Elle ne peut s’inverser que par des actes concrets, par des constructions. Quand on va déverser plusieurs logements sur le terrain, ça va permettre de réduire ces augmentations", a proposé le président de la Fédération togolaise de l’immobilier. "Quand les propriétaires privés vont se retrouver avec des logements qu’ils ont du mal à louer, ils vont baisser les prix", a ajouté M. de Souza.

Selon une étude réalisée par cette fédération, les coûts des loyers dans le grand Lomé ont connu une hausse de 15 à 25% sur les trois dernières années, et ce en fonction des zones. Une situation née entre autres de la pénurie de logement. Il faut environ 20.000 logements par an dans le pays pour espérer arriver à bout de cette pénurie.

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