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Le Golfe craint des représailles iraniennes après la mort du général Soleimani

Un avion de chasse Rafale est catapulté pour une mission sur le porte-avions phare de Charles de Gaulle dans le Golfe Persique, 13 janvier 2016.

Alliés des Etats-Unis, des pays arabes du Golfe redoutent des représailles sur leur sol du rival iranien après l'assassinat d'un puissant général iranien dans une attaque américaine en Irak, selon des experts.

Le puissant général Qassem Soleimani, émissaire de Téhéran pour les affaires irakiennes, et un leader pro-iranien en Irak ont été tués dans un raid américain à Bagdad ordonné par le président Donald Trump, trois jours après une prise d'assaut inédite de l'ambassade des Etats-Unis par des manifestants pro-iraniens.

"Abou Dhabi et Ryad ont tous deux été très inquiets des développements en Irak du week-end, craignant que l'Iran ne réponde contre les forces américaines présentes sur leur territoire", explique à l'AFP Andreas Krieg du King's College à Londres.

Avant l'assassinat du général Soleimani, les Etats-unis avaient accusé une faction irakienne pro-Iran d'être derrière l'attaque qui a tué un sous-traitant américain et blessé des soldats américains en Irak.

En représailles, Washington a mené dimanche des raids, tuant 25 combattants pro-Iran. Les partisans de ces derniers ont manifesté leur colère et attaqué l'ambassade ultrasécurisée des Etats-Unis à Bagdad.

"Si tous les pays du Golfe ont condamné l'attaque de l'ambassade américaine à Bagdad par l'Iran, aucun d'entre eux ne prendrait le risque, à ce stade, d'être entraîné dans cette spirale d'escalade de violence", estime Andreas Kreig.

Les Emirats arabes unis, allié de Washington et Ryad dans leur rivalité contre Téhéran, ont été le premier pays du Golfe à réagir. Sur Twitter, le ministre d'Etat émirati aux Affaires étrangères Anwar Gargash a appelé à "la sagesse et la mesure".

"C'est une immense escalade dans une région déjà instable qui ne peut se permettre davantage de tension", a tweeté Jaber al-Lamki, un responsable de la communication au gouvernement émirati.

L'Arabie saoudite a appelé à "la retenue pour éviter tout ce qui pourrait aggraver la situation" et accusé les actions de "milices terroristes" d'être à l'origine de l'escalade de la violence par la voix de son ministère des Affaires étrangères.

- "Moment redouté" -

L'Arabie saoudite et les Emirats "doivent s'inquiéter (...) des risques pour leur société et leur économie", affirme à l'AFP Sanam Vakil, spécialiste du Golfe au centre de réflexion britannique Chatham House.

Ces derniers mois, les tensions se sont intensifiées dans la région avec des attaques de pétroliers dans les eaux du Golfe attribuées à Téhéran, qui dément.

Les alliés de l'Iran ont eu la capacité de mener des attaques contre les bases américaines dans le Golfe, contre les pétroliers et les navires dans le détroit d'Ormuz ou de cibler directement les alliés de Washington, Arabie saoudite en tête.

Après la mort du général Soleimani, l'Iran a appelé à la "vengeance", une menace relayée par ses alliés régionaux comme les paramilitaires irakiens du Hachd al-Chaabi, le mouvement chiite libanais Hezbollah ou les rebelles yéménites Houthis.

"Il s'agit de ce moment que les analystes redoutaient et contre lequel ils ont mis en garde: celui où les alliés de l'Iran dans la région vont être appelés à se mobiliser et à le soutenir", observe Sanam Vakil.

Ces alliances, qui restent "assez distinctes les unes des autres", pourraient "être reliées entre elles de manière transnationale", selon la chercheuse.

"Y aura-t-il une action militaire coordonnée dans la réponse entre les Houthis, le Hezbollah, le Hachd et l'Iran lui-même? C'est probablement le pire scénario", estime-t-elle.

Mais pour Mme Vakil, "la cible la plus facile" est l'Irak, où la République islamique est la plus influente. Car, selon les observateurs, ni Téhéran, ni ses rivaux arabes du Golfe n'ont intérêt à un conflit ouvert dans le Golfe.

- "Dissuasion" -

La timidité de la réaction américaine aux attaques attribuées à l'Iran mais revendiquées par les Houthis contre des installations pétrolières saoudiennes majeures en septembre a conduit Ryad et Abou Dhabi à "adopter une approche plus conciliante envers l'Iran" et à "éviter à tout prix une confrontation", analyse Andreas Kreig.

Si Téhéran décidait de cibler les forces américaines dans le Golfe, il devrait le faire sans compromettre cette volonté de détente, en ciblant "les troupes américaines directement sans dommages collatéraux".

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