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Évacuation de civils suspendue à Alep


Les forces gouvernementales marchent dans le quartier d'Alep, à l'est de la ville, le 13 décembre 2016.

Les raids aériens et les bombardements intenses ont semé la panique parmi les habitants d'Alep qui cherchaient éperdument un abri, après la suspension d'un accord sur leur évacuation des dernières poches rebelles dans la deuxième ville de Syrie.

Les violences entre forces prorégime et insurgés ont repris de plus belle après une pause de plusieurs heures qui devait permettre aux milliers de civils affamés et désespérés de pouvoir sortir de la poignée des quartiers rebelles encore aux mains des rebelles.

Ce nouvel embrasement a poussé des habitants terrifiés à fuir dans les rues à la recherche d'un abri, selon un correspondant de l'AFP qui a vu beaucoup de blessés autour de lui.

D'autres tentaient de se cacher dans les entrées des immeubles. Le correspondant a vu un char du régime tirer en direction des secteurs insurgés, alors que les raids aériens du régime se poursuivaient en fin d'après-midi sur le secteur rebelle dans le sud de la ville.

"La situation est horrible", a lancé le militant Mohammad al-Khatib, contacté par l'AFP à Alep via internet. "Les blessés et les morts sont dans les rues, personne n'ose les retirer. Le bombardement est continu. C'est indescriptible".

"On est revenu à la case départ", a résumé le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane.

Dans un communiqué, Amnesty International a fait passer un message fort.

Une perte d'Alep marquera la fin de la rébellion dans cette ville symbole dont elle avait conquis la partie orientale en 2012. En revanche, elle représentera la plus importante victoire du pouvoir et de ses alliés russe et iranien depuis le début de la guerre en 2011.

Erdogan va reparler à Poutine

L'accord d'évacuation conclu sous la houlette de Moscou et d'Ankara aurait permis aussi aux rebelles de partir après plus de quatre mois de siège.

L'allié russe du président Bachar al-Assad a accusé les rebelles d'avoir déclenché à nouveau les hostilités, tandis que le parrain de l'opposition, la Turquie, blâmait les troupes du régime et leurs alliés.

La vingtaine de bus qui devaient prendre en charge les évacués à partir de 03H00 GMT sont restés stationnés dans le secteur gouvernemental de Salaheddine.

Des milliers d'habitants avaient pourtant attendu en vain d'y monter dans le froid et sous la pluie. Beaucoup avaient passé la nuit sur les trottoirs, faute d'abris.

Une source proche du régime a précisé que les négociations continuaient entre Damas et ses alliés russe et iranien ainsi que la Turquie. "Lorsqu'un accord sera conclu, les autorités syriennes l'annonceront", a-t-elle affirmé.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a par ailleurs annoncé qu'il reparlerait dans la soirée avec son homologue russe Vladimir Poutine pour tenter de sauver la trêve.

D'après un responsable rebelle, le régime et son allié iranien "veulent lier l'accord" à une levée du siège par les rebelles des villages de Fouaa et Kafraya, sous contrôle gouvernemental dans la province d'Idleb (nord-ouest). D'ailleurs ces villages ont été bombardés dans l'après-midi par les rebelles, selon l'OSDH.

De son côté, une source proche du pouvoir a accusé les rebelles d'avoir cherché à augmenter le nombre des personnes évacuées de 2.000 à 10.000.

'L'Iran, 1ere puissance régionale'

Selon l'influent groupe rebelle Noureddine al-Zinki, l'accord prévoyait l'évacuation en premier "des blessés et des civils", suivis des insurgés avec leurs armes légères, dans les régions rebelles des provinces d'Alep ou d'Idleb.

"Environ 100.000 personnes sont encore piégées sur un territoire de 5 km carrés" à Alep, a affirmé Médecins du Monde.

L'accord d'évacuation avait été annoncé après le tollé international suscité par des informations selon lesquelles "au moins 82 civils" auraient été tués dans les quartiers repris par l'armée, selon le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme.

La Commission d'enquête sur la Syrie de l'ONU a par ailleurs indiqué mercredi que des groupes rebelles empêcheraient des civils de quitter les quartiers assiégés et s'en serviraient comme boucliers humains.

Un total de plus de 465 habitants dont 62 enfants ont péri à Alep-Est, selon l'OSDH, depuis le début le 15 novembre de l'offensive des prorégime qui contrôlent désormais 90% de la ville. Côté gouvernemental, 142 civils ont été tués par les tirs rebelles.

Amnesty International France a appelé les Français à venir manifester.

Alors que la communauté internationale est jusqu'à présent restée impuissante à stopper ce drame humanitaire, Washington et Paris ont appelé à des "observateurs internationaux" pour superviser une éventuelle évacuation.

Rendue possible par le soutien de la Russie, la reprise totale d'Alep permettra au régime de contrôler les cinq plus grandes villes de Syrie, avec Homs, Hama, Damas et Lattaquié.

En Iran, autre allié fidèle de M. Assad, des responsables ont salué la "libération" d'Alep "des terroristes". Et pour le général Yahya Safavi, haut conseiller du guide suprême, son pays est désormais "la première puissance de la région".

A Koweit, quelque 2.000 personnes ont manifesté mercredi devant l'ambassade de Russie pour protester contre la situation à Alep, tandis que le Qatar a décidé d'annuler les festivités prévues à l'occasion de la fête nationale dimanche "en solidarité" avec les habitants de la ville syrienne.

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