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Le CPJ s’inquiète du sort du journaliste camerounais Samuel Wazizi détenu au secret


Men arrested in connection with Cameroon's anglophone crisis are seen at the military court in Yaounde, Cameroon, on December 14, 2018.

Le Comité pour la Protection des Journalistes (CPJ) dit être déterminé à poursuivre jusqu’au bout ses efforts concernant le cas du journaliste Samuel Ajekah Abuwe, aussi connu sous le nom de Samuel Wazizi. Ses proches sont sans nouvelle de lui depuis son arrestation et sa détention au secret le 7 août 2019 dans la région anglophone du Sud-ouest du Cameroun.

"Nous ne savons pas si Samuel Wazizi est mort ou vivant", a dit à VOA Afrique Angela Quintal, Coordonnatrice du programme Afrique du Comité pour la Protection des Journalistes (CPJ). Malgré plusieurs contacts avec les autorités policières, judiciaires et gouvernementales, cette organisation américaine dit n’avoir pas reçu aucune information sur le journaliste incarcéré. "Nous avons essayé diverses voies formelles et informelles pour obtenir des réponses sur le sort et l'état de santé de Samuel", a précisé Angela Quintal. Une pétition a été adressée au Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire. "Nous n'abandonnerons pas", a assuré Mme Quintal, notant que l’usage des canaux diplomatiques, de même que la collaboration avec des partenaires locaux et internationaux n’ont pas fait bouger Yaoundé sur ce dossier.

Selon le CPJ, qui cite des informations non confirmées, Samuel aurait été transféré au tristement célèbre SED (Secrétariat d'État à la défense) à Yaoundé. "La torture et la détention au secret ont été utilisées comme outils de répression", déplore Angela Quintal.

Récemment, l’Association du Barreau Américain (ABA) a appelé dans un rapport à la libération immédiate de Samuel Ajekah Abuwe. "Les autorités camerounaises doivent libérer M. Abuwe ou divulguer immédiatement son lieu de détention et lui donner rapidement accès à un avocat et à sa famille", a fait savoir l’ABA. L’association qualifie cette affaire "de grave injustice et de violation flagrante de la loi et des obligations juridiques internationales auxquelles l’Etat camerounais a par ailleurs librement souscrit".

Le CPJ relève plusieurs irrégularités concernant le fondement légal de l’arrestation de Samuel Wazizi et de sa détention au secret. "Nous ne savons pas si des accusations formelles portées contre lui sont conformes aux lois pénales du Cameroun", a souligné Angela Quintal. La police de Muea, dans le Sud-ouest du Cameroun, a verbalement informé l’avocat de Samuel, Me Edward Lyonga Ewele, que son client est accusé de "collaboration avec des séparatistes" et de "diffusion d’informations séparatistes". Toutefois, n’ayant pas pu accéder à son dossier, sa défense n’a connaissance d’aucune accusation formelle. "Il est détenu arbitrairement", martèle Mme Quintal. Autre fait étonnant, rappelle le CPJ, Samuel Wazizi a été remis aux militaires et non à la police judiciaire, qui est l'autorité compétente, pour enquêter sur les accusations. Samuel Wazizi a été arrêté le 2 août 2019. Des policiers du 3e district de Muea lui ont demandé de les accompagner au poste de police pour leur "fournir des informations concernant les nouvelles en pidgin". Ce fut un aller sans retour.

La détention au secret est une pratique très courante au Cameroun. Le journaliste Ahmed Abba, correspondant haoussa de Radio France International dans le Nord du Cameroun, a subi le même traitement. D’autres journalistes sont en détention provisoire. Il s’agit notamment de Paul Chouta, Adelbert Hiol, Thomas Awah Junior, Tsi Conrad, Mancho Bibixy et Amadou Vamoulke. Selon le CPJ, Wawa Jackson Nfor a totalisé 2 ans de prison le 15 mai alors qu’il n’a jamais été présenté devant un juge. "Wawa sera fraîchement mis en accusation le 8 juin devant un nouveau juge", dit le CPJ sans certitude.

Le Cameroun est le deuxième pire geôlier de journalistes en Afrique subsaharienne. Cette situation a un effet dissuasif sur les médias dans ce pays, pris entre le marteau et l’enclume. "Il y a beaucoup de censure et d'autocensure, les journalistes ne peuvent pas travailler librement et craignent des représailles de la part du gouvernement et ou des séparatistes”, déplore le CPJ, ajoutant : "Lorsque vous faites taire un journaliste, vous refusez au public le droit d'accéder à l'information."

L'Organisation mondiale de la santé (OMS), les rapporteurs spéciaux des Nations Unies et de l'Union africaine, ont tous exhorté les dirigeants mondiaux à libérer immédiatement les journalistes emprisonnés. Le CPJ appuie, pour sa part, la demande de libération déjà formulée par l’Association du Barreau Américain, de même que les recommandations concernant les autres journalistes. Certains d’entre eux ont des problèmes de santé et vivent dans les conditions épouvantables dans les prisons. Vu la surpopulation chronique et les conditions d’hygiène, "être emprisonné au milieu de la pandémie de COVID-19 équivaut à une peine de mort ", conclu le CPJ.

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