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La BD algérienne veut être prise au sérieux

Des bédéistes lors du Festival BD d’Alger, 3 octobre 2017. (Twitter/ Institut Français DZ‏ @IFAlgerie)

Laissée moribonde par la "décennie noire" des années 1990, la BD algérienne auparavant foisonnante renaît depuis 10 ans grâce à de jeunes auteurs et éditeurs passionnés qui veulent la sortir de la case "futile" et bravent les défis économiques.

A l'indépendance du pays en 1962, de jeunes auteurs, nourris à la bande dessinée franco-belge (Tintin, Astérix...) née dans les années 1950, font de l'Algérie le pays-phare de cet art au Maghreb.

L'euphorie de l'ouverture politique fin 1988 --qui voit notamment la naissance du journal satirique "El-Manchar", sorte de "Charlie-Hebdo" algérien accueillant de nombreux dessinateurs-- sera de courte durée. En 1992 commence une décennie de guerre civile, durant laquelle nombre de dessinateurs sont assassinés ou contraints à l'exil.

Depuis la création du Festival international de la BD d'Alger en 2008 --dont la 10e édition s'achève samedi--, "la BD renaît, de nouveaux talents ont été découverts, suivis et édités", explique à l'AFP Imène Allal, responsable de la bande dessinée chez l'éditeur généraliste algérien Dalimen.

- Styles variés -

Nourris durant leur enfance à l'hebdomadaire français Pif-Gadget et à la BD franco-belge, mais aussi aux mangas et aux dessins animés japonais, les nouveaux auteurs algériens offrent des styles variés.

L'humour autobiographique de Togui ou les petits tracas quotidiens illustrés par la jeune Delou côtoient l'acerbe critique politique et sociale du dessinateur "l'Andalou" ou le graphisme épuré et poétique des récits pointus de Nawel Louerrad, mais aussi des oeuvres inspirées des mangas japonais ou des comics américains.

Depuis 10 ans, deux maisons d'édition spécialisées, Z-Link et Kaza, sont nées en Algérie, en plus de la création de la section BD de Dalimen. L'éditeur public ENAG réédite quant à lui d'anciennes BD algériennes.

Mais les défis restent nombreux: un circuit de distribution inexistant, peu de librairies et une logistique compliquée dans un pays quatre fois plus grand que la France, énumèrent Imène Allal et Salim Brahimi, directeur de Z-Link qu'il a fondée en 2007.

Des difficultés qui "ne sont pas propres à la BD mais à toute l'édition", expliquent-ils.

La BD a en outre "un coût de fabrication important et on n'est pas sur de gros tirages" --environ 1.000 exemplaires par album--, explique Imène Allal, ce qui renchérit le prix de vente. Les albums Dalimen, à couverture cartonnée, sont vendus entre 800 et 1.000 dinars (entre 6 et 7,5 euros), dans un pays où le salaire moyen mensuel est d'environ 40.000 dinars (300 euros).

"Les BD sont chères au regard du pouvoir d'achat des Algériens" et "les librairies prennent peu de BD, essentiellement en dépôt-vente", confirme Samir Toudji, alias "Togui", qui a publié deux albums en auto-édition "pour voir l'envers du décor".

Un format proche du manga japonais --plus petit, couverture souple et papier moins luxueux-- permet à Z-Link de réduire ses coûts et de vendre ses albums environ 500 dinars (3,75 euros).

"Le prix de deux paquets de cigarettes", relève le directeur de Z-Link qui a publié 54 albums en dix ans, tirés de 1.000 à 2.000 exemplaires: "On a 20% de vrais succès, 60% de ventes moyennes et 20% de flops".

- 'Mickeyate' -

L'économie de la BD en Algérie reste précaire. "J'ai toujours su que ça ne me ferait pas vivre", assure Salim Brahimi, à la fois éditeur et auteur de BD, diplômé du barreau et journaliste à la radio algérienne.

Il a créé Z-Link et le magazine Laabstore consacré au jeu-vidéo et la BD-manga par passion.

"Je ne connais pas un seul auteur de BD qui en vit", souligne Youssef "L'Andalou", "designer pour vivre".

"Togui", qui tire la plupart de ses revenus de l'illustrations de fascicules pour un laboratoire médical, confirme: "Déjà en France, les auteurs qui vivent de la BD sont rares, alors en Algérie..."

Les auteurs de Z-Link, âgés de 25 à 35 ans, sont eux étudiants ou salariés, souvent diplômés, selon Salim Brahimi.

La BD algérienne souffre de ne pas être prise au sérieux dans son pays. Elle "est souvent qualifiée de +mickeyate+ en Algérie, un terme péjoratif dérivé de +Mickey+ qui désigne ce qui est puéril, pas sérieux", se désole l'éditeur.

"L'Andalou" voudrait que la BD entre à l'école. Togui lui souhaite éduquer les "hautes instances", leur expliquer que "la BD est un style littéraire à part entière. Ce n'est pas que pour les enfants, ce n'est pas de la sous-littérature".

Avec AFP

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Macron ne se rendra pas aux commémorations du génocide rwandais

Le président français, Emmanuel Macron, à gauche, reçoit le président rwandais, Paul Kagame, au palais présidentiel de l'Elysée à Paris, le 23 mai 2018..

Emmanuel Macron, qui avait été invité par Kigali à participer à la 25e commémoration du génocide rwandais le 7 avril, ne s’y rendra pas et a chargé le député de la République en Marche (Larem) Hervé Berville, orphelin tutsi, de le représenter, a annoncé jeudi l’Elysée.

“Le président de la République a été sensible à l’invitation mais il ne pourra pas s’y rendre, il a donc désigné le député des Côtes-d’Armor, Hervé Berville, pour le représenter”, a-t-on indiqué. “La France sera aux côtés du Rwanda dans ce moment de deuil et de recueillement”.

Nicolas Sarkozy est le seul président français à s’être rendu au Rwanda, en février 2010.

Les relations entre la France et le Rwanda ont traversé plusieurs zones de turbulences ces dernières décennies, empoisonnées par la question du rôle joué par Paris lors du génocide des Tutsis en 1994.

L’actuel président rwandais Paul Kagamé a notamment accusé en 2014 Paris d’avoir “participé” à ces massacres qui ont fait selon l’Onu 800.000 morts, des accusations rejetées par les autorités françaises.

En mai 2018, à l’occasion de la visite de Paul Kagamé à Paris, Emmanuel Macron avait exprimé le souhait de nouer une relation “pragmatique” avec Kigali mais avait écarté dans l’immédiat un retour d’un ambassadeur français au Rwanda, reconnaissant que la normalisation prendrait du temps.

Avec Reuters

Les Algériens restent mobilisés un mois après le début de la contestation

Manifestation dans les rues d'Alger, contre le gouvernement, le 19 mars 2019.

Un mois après le début de la contestation, les Algériens entendent rester mobilisés, avec de nouvelles manifestations vendredi pour réclamer le départ du président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 20 ans et dont le camp se fissure.

Les deux précédents vendredis ont vu une mobilisation record. Le 15 mars, des manifestations ont été enregistrés dans 40 des 48 préfectures du pays, selon des sources sécuritaires, et des diplomates ont évoqué "des millions" d'Algériens dans les rues.

Sur les réseaux sociaux, les appels à la mobilisation se sont poursuivis cette semaine autour des mots-dièses "Mouvement_du_22_mars", "Partez tous!", ou du slogan "Nous sommes unis, ils sont finis".

La météo annonce de la pluie, pour la première fois depuis le début de la contestation le 22 février, mais il en faut plus pour décourager les manifestants, qui appellent à se munir d'un parapluie et de l'orner du drapeau national -vert et blanc frappé de l'étoile et du croissant rouges-, accessoire désormais indispensable du manifestant algérien.

​"La rue va gronder sous la pluie", assure un twitto.

"Le peuple algérien exige le départ immédiat et sans conditions du président Bouteflika", indique une affichette circulant sur les réseaux sociaux, qui invite également "les responsables des pays qui soutiennent le pouvoir illégitime algérien à cesser (...) leur ingérence".

Les manifestations, sans précédent depuis l'élection de M. Bouteflika en 1999, sont restées jusque-là globalement pacifiques.

Lors d'une tournée à Rome, Moscou -allié historique d'Alger- et Berlin, le nouveau vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères algérien Ramtane Lamamra a répété et confirmé que M. Bouteflika remettrait ses fonctions à un successeur élu lors d'une présidentielle dont la date n'a pas encore été fixée.

- Fissures -

En reportant le 11 mars l'élection présidentielle prévue le 18 avril jusqu'à l'issue d'une conférence nationale chargée -à une date non précisée- de réformer le pays et de le doter d'une nouvelle Constitution, le chef de l'Etat a prolongé d'autorité son mandat actuel au-delà de son expiration constitutionnelle le 28 avril.

Agé de 82 ans, M. Bouteflika est affaibli par les séquelles d'un AVC qui, depuis 2013, l'empêchent de s'adresser de vive voix aux Algériens et rendent rares ses apparitions publiques.

Aucune sortie de crise ne semble émerger, chaque camp campant sur ses positions. Le président refuse de céder le pouvoir et le "prolongement" du mandat a continué d'être largement rejeté.

Etudiants, professeurs, professionnels de santé, avocats, magistrats ont tour à tour manifesté cette semaine, montrant que la mobilisation ne faiblissait pas.

Côté pouvoir, les efforts du nouveau Premier ministre Noureddine Bedoui pour former un gouvernement rajeuni de "technocrates" semblent toujours stériles, dix jours après sa nomination.

Et le camp présidentiel apparaît plus divisé que jamais face à l'attitude à adopter.

Les fissures apparues depuis le début de la contestation ont semblé s'élargir parmi ceux qui il y a à peine plus d'un mois étaient les plus fervents partisans d'un cinquième mandat du chef de l'Etat, dont la candidature a finalement jeté les Algériens dans la rue.

- Qui décide -

Mercredi, le patron de la propre formation du président Bouteflika, le Front de libération nationale (FLN), s'est livré à un exercice de grand écart, en assurant que l'ancien parti unique, au pouvoir depuis 1962, "soutient le mouvement" de contestation, tout en prônant le "dialogue" proposé par le chef de l'Etat.

Du côté du principal allié, le porte-parole du Rassemblement national démocratique (RND), Seddik Chihab, a affirmé que le parti s'était "trompé" en soutenant la candidature de M. Bouteflika à un cinquième mandat.

Plus grave, il a accusé des "forces non constitutionnelles" de diriger le pays, disant ne pas savoir qui décide "réellement" à la présidence.

Un discours tenu habituellement par les plus féroces opposants à M. Bouteflika.

Le RND, parti de l'ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia, récemment sacrifié à la colère populaire, a eu beau se démarquer des déclarations de son porte-parole, les protestataires voient dans l'apparent délitement du "système" un encouragement à poursuivre de la mobilisation.

La contestation en Algérie, pays membre de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), a été déclenchée le 22 février après la décision du chef de l'Etat de briguer un cinquième mandat. Et sa promesse ensuite de ne pas se porter candidat à une présidentielle à la date inconnue n'a pas apaisé les Algériens.

Avec AFP

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