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La vie abîmée de Denise, agressée et sous l'emprise d'un prêtre

Judy Deaven dont le fils a été victime d'abus sexuels perpétrés par un prêtre, Harrisburg, Pennsylvanie, le 14 août 2018.

"J'avais 17 ans quand j'ai été violée par Frère Paul", souffle Denise, Jamaïcaine, émue aux larmes 40 ans après les faits. "Il m'a mise enceinte" et "organisé un avortement" clandestin. "Depuis, je n'ai pas pu avoir d'enfants".

Son agresseur n'a jamais été condamné, malgré les années de démarches entreprises par Denise Buchanan, qui a même écrit au pape. A 57 ans, sa silhouette fine et son visage doux tremblent d'émotion quand elle livre à l'AFP son récit.

Son combat pour faire reconnaître par l'Eglise catholique son statut de victime de ce prêtre jamaïcain illustre l'isolement de nombre de victimes d'abus sexuels perpétrés par des membres du clergé face au déni de justice et à une omerta, exacerbée dans des pays plus pauvres ou des Etats où l'Eglise reste influente dans la société.

Un exil aux Etats-Unis, des années de psychothérapie pour soigner sa "dépression" et son "sentiment de culpabilité", la publication d'un livre autobiographique fin 2013 ("Sins of the Fathers") et son combat n'ont pas exorcisé la douleur de Denise d'avoir subi l'emprise de ce prêtre et de ne pas être parvenue à ce qu'il soit jugé par la justice des hommes.

Issue d'un milieu modeste de Kingston et d'une famille croyante dans ce pays majoritairement chrétien, elle relate comment après avoir "charmé" ses parents, le jeune homme, qui appartenait à l'Ordre des Passionnistes, a refermé son emprise mentale et de pouvoir sur elle.

"Ma soeur étudiait au séminaire Saint Michael en 1979, et souvent Frère Paul la reconduisait à la maison en voiture", raconte Denise, qui dégage un mélange à la fois de timidité et de force intérieure. Un jour, au retour d'une fête locale où le religieux avait convié Denise et des amis, il s'est "garé sur un chemin de terre (..) et m'a dit qu'il était attiré par moi". Tétanisée, elle raconte avoir subi des attouchements et a dû réclamer plusieurs fois que le religieux la ramène chez elle.

Puis les semaines suivantes, il a appelé ses parents - à qui Denise trop "honteuse" n'avait rien révélé - pour l'emmener à la messe, ou visiter le presbytère. Lors de sorties distinctes, elle rapporte qu'il l'a d'abord agressée sexuellement, puis violée "après lui avoir fait boire du vin". "Ce jour-là, c'est comme si quelque chose était mort en moi", souffle-t-elle.

- Dégoût d'elle même -

Quelques semaines plus tard, elle s'évanouit dans un magasin. "J'ai été voir un médecin: j'avais 17 ans et j'étais enceinte... j'étais dévastée".

Le religieux a alors organisé un avortement clandestin, donnant ses directives à sa proie traumatisée, qui n'en parle pas à ses proches. "La seule chose à laquelle je pensais, c'était quel déshonneur je représentais pour ma famille", lâche-t-elle.

Denise explique avoir été plongée dans un état de dégoût d'elle même pour longtemps. Le religieux lui dit qu'il l'"aime", lui demande de prendre la pilule contraceptive. "J'ai obéi comme un robot; il venait dans ma chambre d'université pour avoir des rapports sexuels (...) ou il me faisait venir au presbytère de l'église". "Plus rien n'avait d'importance pour moi".

A cette époque, le religieux a terminé le séminaire et est ordonné prêtre. Et à 21 ans, Denise tombe à nouveau enceinte. "Il m'a dit qu'il voulait plus que tout au monde continuer à être prêtre". Denise se résout à un autre avortement, dans une "clinique clandestine", des actes médicaux qui la rendront stérile, dit-elle d'une voix qui se brise.

"Dès qu'elle a pu", Denise a fui ce passé en obtenant une bourse à 25 ans pour des études au Canada, où elle s'est mariée à 30 ans. Mais le couple se sépare. "J'ai l'impression que j'ai détruit cette relation à cause de toute cette colère et cette peur" liées aux abus.

Denise vit en Californie, où elle est professeure d'université et psychoneurologiste. Après des années de "travail sur elle même pour retrouver une identité et une estime de soi", elle a décidé d'écrire son histoire. Puis elle a fait parvenir des courriers au Vatican et "envoyé un exemplaire de son livre chaque mois au pape pendant un an et demi".

En juin 2016, elle a finalement reçu une lettre de l'archidiocèse de Los Angeles, qui se dit "profondément attristé" par son histoire. "Le Saint Père prie régulièrement pour les victimes d'abus et vous gardera dans ses prières", ajoute la lettre.

Mais quant à sa demande en vue d'une révocation du prêtre, le courrier précise que c'est à Denise de "recueillir les preuves" pour lancer ce processus.

- "Déplacé de paroisse en paroisse" -

"Furieuse" de se voir proposer des "prières au lieu d'une véritable aide", Denise s'est résolue à lancer des poursuites contre le prêtre. Finalement, en novembre 2017, lors d'une rencontre en Jamaïque entre Denise, l'actuel archevêque de Jamaïque, des avocats et le Père Paul, ce dernier a "admis avoir eu des relations sexuelles avec moi et m'avoir mise enceinte, mais a nié le viol et avoir organisé l'avortement", rapporte Denise.

En raison de la législation draconienne en vigueur dans ce pays, si elle poursuit le prêtre pour l'avortement forcé, c'est elle et le médecin qui risquent d'être arrêtés. "On a Bob Marley, le reggae, la modernité... mais le pays est très chrétien, on ne parle pas de nos expériences sexuelles et du sexe hors mariage".

Son avocat a récemment adressé une lettre à l'archidiocèse "pour exiger une réparation du préjudice émotionnel, physique et spirituel". La lettre est restée sans réponse, lance une Denise nerveuse, qui craint que ce prêtre ait fait d'autres victimes. "Au fil des ans, il a été déplacé de paroisse en paroisse, apparemment c'était un fauteur de troubles...".

Depuis sa rencontre avec lui en 2017, "il a déserté sa dernière paroisse". "Personne ne semble savoir ce qu'il est devenu".

Denise a elle décidé de s'engager en devenant membre du comité directeur d'un nouveau réseau mondial de victimes, ECA (Ending Clerical Abuse). "C'est une opportunité d'aider d'autres victimes à s'exprimer, et d'agir afin qu'un jour aucun enfant n'ait à subir ce que j'ai subi".

Avec AFP

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Chine: le Premier ministre en visite à Wuhan, épicentre du virus

Une rue de Wuhan après l'annonce par le gouvernement dela mise en quarantaine de la ville le 26 janvier 2020.

Le Premier ministre chinois, Li Keqiang, était en visite lundi à Wuhan, ville épicentre de l'épidémie du nouveau coronavirus qui a déjà contaminé plus de 2.700 personnes dans tout le pays, a indiqué le gouvernement.

M. Li est dans la capitale du Hubei (centre) pour "enquêter et guider" les efforts des autorités pour endiguer le virus, mais également pour "rencontrer les patients et personnels médicaux sur la ligne de front" de l'épidémie, a précisé le gouvernement.

Il s'agit de la première visite d'un très haut responsable du régime communiste dans la ville depuis le début de l'épidémie du nouveau coronavirus, qui a tué 80 personnes et contaminé au moins 2.744 personnes en Chine depuis décembre.

Sur les photographies officielles diffusées par le gouvernement, M. Li apparaît habillé d'une blouse de plastique bleu, le visage recouvert par un masque de même couleur, examinant sur un écran un patient alité.

Li Keqiang a été nommé à la tête d'un "groupe de travail" chargé de superviser la lutte contre l'épidémie, qui a commencé en décembre dans un marché de Wuhan où étaient vendus des animaux sauvages.

La période de congés à l'occasion du Nouvel An chinois, qui devait prendre fin le 30 janvier, a été prolongée jusqu'au 2 février afin de "limiter les mouvements de population", ont par ailleurs indiqué les médias d'Etat.

La période du Nouvel an se traduit habituellement par des déplacements massifs de population à travers le pays.

Alors que Wuhan et sa région se trouvent de facto mises en quarantaine et coupées du reste du monde, plusieurs grandes villes du nord du pays - Pékin, Tianjin, Xian - ainsi que la province du Shandong ont annoncé la suspension des lignes d'autocars longue distance.

Alors que l'épidémie s'étend désormais à une dizaine de pays, le directeur de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a de son côté annoncé qu'il se rendait en Chine pour discuter avec les autorités des moyens d'endiguer le virus.

Proche-Orient: Trump assure qu'il dévoilera son plan de paix d'ici mardi

Le président américain Donald Trump, au Forum économique mondial à Davos, en Suisse, le 22 janvier 2020.

Le président américain Donald Trump a annoncé jeudi qu'il dévoilerait son plan pour mettre fin au conflit israélo-palestinien avant la visite la semaine prochaine à Washington du Premier ministre Benjamin Netanyahu et de son rival Benny Gantz.

Le président américain Donald Trump a annoncé jeudi qu'il dévoilerait probablement son plan de paix pour le Proche-Orient avant la visite mardi à Washington du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

"Nous le rendrons probablement public un peu avant", a déclaré M. Trump à bord de l'avion présidentiel Air Force One. "C'est un excellent plan", a-t-il ajouté. "J'aimerais vraiment parvenir à un accord".

La Maison Blanche a annoncé que Benjamin Netanyahu et son rival politique Benny Gantz se rendraient la semaine prochaine à Washington.

Interrogé sur d'éventuels contacts entre son administration et les Palestiniens, qui ont déjà jugé le texte mort-né, M. Trump est resté évasif.

"Nous leur avons parlé brièvement", a-t-il répondu, sans autres précisions. "Je suis certain qu'ils réagiront peut-être de manière négative au début, mais c'est en réalité très positif pour eux", a-t-il ajouté.

L'Autorité palestinienne a réitéré jeudi son rejet du projet de paix de la Maison Blanche, mettant en avant le fait que Donald Trump avait reconnu Jérusalem comme capitale d'Israël.

Les Palestiniens veulent faire de Jérusalem-Est la capitale de l'Etat auquel ils aspirent, mais Israël considère Jérusalem comme sa capitale "unifiée et indivisible".

Les députés russes commencent à examiner les amendements de Poutine

Le président russe Vladimir Poutine, à Moscou, le 03 mars 2018.

Pas de temps à perdre: les députés russes examinent jeudi en première lecture les amendements constitutionnels annoncés la semaine dernière par Vladimir Poutine et soumis lundi au Parlement, une réforme qui ne devrait rencontrer aucune opposition sérieuse.

Le président russe a pris tout le monde de court le 15 janvier avec cette refonte de la Constitution qui promet entre autre de donner de nouvelles prérogatives au Parlement, limiter à deux le nombre de mandats que peut exercer le chef de l'Etat et créer un Conseil d'Etat aux pouvoirs accrus.

Depuis, les séquences s'enchaînent à une vitesse inhabituelle dans le train-train politique russe: l'ex-Premier ministre Dmitri Medvedev a démissionné, immédiatement remplacé par un haut-fonctionnaire inconnu du grand public, Mikhaïl Michoustine, qui a nommé mardi son nouveau cabinet où les postes clés n'ont pas changé de main.

Dans une Douma - la chambre basse du Parlement russe - entièrement contrôlée par les forces pro-Kremlin, l'adoption des amendements voulus par Vladimir Poutine ne fait guère de doute.

Ceux-ci ont été proposés lundi, à peine cinq jours après la formation d'un "groupe de travail" censé plancher sur cette réforme mais qui ne s'est réuni que deux fois. Une de ses membres, Elena Alchanskaïa, a clairement laissé entendre que la loi avait été écrite à l'avance.

"Je n'ai pas travaillé" sur les amendements, a écrit sur Facebook cette présidente d'un fonds d'aide aux orphelins: "Très clairement, notre rôle est seulement représentatif".

La Douma doit adopter ce projet de loi en trois lectures. Selon le chef de la commission des lois, Pavel Kracheninnikov, la deuxième lecture aura lieu dès mi-février.

Le texte sera ensuite approuvé par le Conseil de la Fédération, la chambre haute du Parlement, puis signé par le président Poutine. Le Kremlin a aussi promis qu'un vaste débat public serait organisé et que les Russes auront à se prononcer sur le texte par un vote.

- "Régime présidentiel fort" -

Dans son adresse à la Nation, Vladimir Poutine avait exposé ses réformes en les jugeant "importantes pour le développement futur de la Russie" et le texte soumis au Parlement reprend les grandes lignes de son discours.

Il propose ainsi de transférer certaines prérogatives au Parlement, comme celle de choisir le Premier ministre. Il muscle aussi le rôle d'un organe jusqu'alors consultatif, le Conseil d'Etat, laissant place à des spéculations selon lesquelles celui-ci pourrait devenir le coeur du régime.

Autre innovation, les juges, les élus et responsables politiques au niveau fédéral auront l'interdiction de posséder une nationalité étrangère ou un permis de séjour permanent dans un autre pays. Le texte renforce aussi certains pouvoirs du président, qui pourra par exemple refuser de signer une loi adoptée par deux tiers des députés.

Pour beaucoup d'analystes, Vladimir Poutine organise avec cette réforme l'après 2024, en se laissant le maximum de portes ouvertes pour préserver son influence dans le pays qu'il pilote depuis 20 ans.

En visite mercredi dans la région de Lipetsk, au sud de Moscou, le président a répété que la Russie "a besoin d'un régime présidentiel fort". Si certains experts estiment que la réforme renforcera en effet le caractère présidentiel du système politique, d'autres assurent que celui-ci ne sera modifié qu'à la marge.

Et pour le politologue Gleb Pavlovsky, Vladimir Poutine n'a aucune intention de quitter son poste avant 2024, comme certaines rumeurs l'affirment: "Ce qu'il fait là, c'est un acte de pouvoir et pas de sortie. Il crée un système de pouvoir encore plus compliqué où seul lui pourra être le guide".

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