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La police tire des gaz lacrymogènes contre des manifestants au Soudan

Une manifestation anti-gouvernementale à Omdurman, au Soudan, le 9 janvier 2018

Les forces anti-émeute soudanaises ont tiré des gaz lacrymogènes vendredi sur des manifestants antigouvernementaux sortis dans les rues de la capitale Khartoum et de la ville jumelle de Omdourman après la prière du vendredi.

"Liberté, paix, justice", scandaient les protestataires rassemblés dans deux secteurs de Khartoum et à Omdourman, sur la rive ouest du Nil, quand la police est intervenue pour les disperser à coups de gaz lacrymogènes, ont indiqué des témoins.

Une vidéo qui montrerait des fidèles scander des slogans antigouvernementaux dans une mosquée de Khartoum est devenue virale vendredi sur les réseaux sociaux. Les images n'ont pas pu être vérifiées de manière indépendante.

Les organisateurs des manifestations qui secouent le Soudan depuis le 19 décembre avaient appelé auparavant à de nouveaux rassemblements vendredi et la semaine prochaine, faisant monter la pression sur le régime du président Omar el-Béchir.

"Nous allons lancer une semaine de soulèvement avec des manifestations dans toutes les villes et villages", a annoncé l'Association des professionnels soudanais qui regroupe entre autres des médecins, des professeurs et des ingénieurs.

Dans son appel diffusé sur les réseaux sociaux, l'association a notamment appelé à un grand rassemblement dimanche dans le nord de Khartoum et à plusieurs manifestations à travers la capitale la semaine prochaine.

Vendredi, la Commission nationale des Droits de l'Homme a de son côté condamné "l'usage de balles réelles contre les citoyens" ansi que le tir de gaz lacrymogènes mercredi dans un hôpital de Omdourman, où trois manifestants sont morts, selon la police.

- "Usage de balles réelles" -

C'est la première fois qu'un organisme gouvernemental reconnaît l'usage de balles réelles contre les manifestants. Cette commission, dont les membres sont nommés par le président, a appelé le gouvernement à "enquêter" et "toutes les parties à protéger les hôpitaux, mosquées et églises de toute violence".

En plein marasme économique, le Soudan est en proie depuis plus de trois semaines à des manifestations provoquées par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain. Elles se sont rapidement transformées en une contestation d'Omar el-Béchir, qui tient le pays d'une main de fer depuis un coup d'Etat en 1989.

Vingt-deux personnes sont mortes depuis le début du mouvement, selon un bilan officiel. Les ONG de défense des droits humains Human Rights Watch et Amnesty International ont elles donné un bilan d'au moins 40 morts, dont des enfants et des personnels médicaux.

Ces manifestations représentent le plus grand défi auquel M. Béchir a été confronté en près de 30 ans de pouvoir, selon des experts.

Le Soudan est en proie à une crise économique qui s'est aggravée au cours de l'année écoulée, avec notamment une forte pénurie de devises étrangères.

Des pénuries d'aliments et de carburant ont été régulièrement signalées dans plusieurs villes y compris Khartoum, tandis que le prix de la nourriture et des médicaments a plus que doublé.

- "Attaché à la liberté d'expression" -

Depuis l'indépendance du Soudan du Sud en 2011, le Soudan a été amputé des trois quarts de ses réserves de pétrole et est aujourd'hui confronté à une inflation de près de 70% par an et à une grave crise monétaire.

Pour ses détracteurs, le régime du président Béchir est le responsable de la crise économique, pour sa mauvaise gestion et pour avoir consacré le gros du budget aux forces de sécurité face aux conflits qui ont éclaté ces dernières années dans plusieurs provinces.

Ces guerres, ainsi que l'incapacité à doper une agriculture dans un pays un temps nommé comme le grenier à blé de l'Afrique, ont conduit à une situation économique désastreuse, alors que la levée par les Etats-Unis de leur embargo commercial en 2017 n'a pas eu les bénéfices espérés, estiment des analystes.

M. Béchir et d'autres responsables gouvernementaux continuent d'attribuer à Washington la responsabilité des maux économiques.

Un millier de personnes ont été arrêtées en trois semaines de manifestations, selon des groupes de défense des droits humains, notamment des militants, des leaders de l'opposition et des journalistes.

La Grande-Bretagne, la Norvège, les Etats-Unis et le Canada ont dit leur inquiétude face à la mort de manifestants et aux arrestations et prévenu que les actions de Khartoum "auront un impact" sur leurs relations.

"Le Soudan est attaché à la liberté d'expression et aux manifestations pacifiques", a déclaré le ministère des Affaires étrangères mercredi.

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Mauritanie: l'opposition dénonce un "état de siège", le pouvoir appelle à faire confiance à la justice

Mohamed Ould Abdel Aziz, président sortant de la Mauritanie, aux Nations Unies à New York, le 18 septembre 2017.

Les quatre candidats de l'opposition contestant la victoire à la présidentielle en Mauritanie de l'ancien chef d'état-major ont accusé mercredi les autorités d'imposer un "état de siège de fait", le camp du pouvoir les enjoignant d'attendre la décision du Conseil constitutionnel et de s'y conformer.

Le scrutin du 22 juin doit marquer la première transition entre deux présidents élus dans ce vaste pays du Sahel secoué par de nombreux coups d'Etat de 1978 à 2008, date du putsch qui a porté Mohamed Ould Abdel Aziz au pouvoir, avant son élection en 2009.

Il ne pouvait se représenter après deux mandats et le camp présidentiel a présenté pour lui succéder un autre ex-général, Mohamed Cheikh El-Ghazouani, vainqueur au premier tour, selon les résultats provisoires annoncés le 23 juin, et qui a reçu les félicitations de la France et du Maroc.

A Nouakchott, des militaires étaient déployés aux abords du Palais présidentiel et du Conseil constitutionnel, qui doit se prononcer sur les recours de trois des candidats d'opposition exigeant la tenue d'une nouvelle élection. Dans la reste de la capitale, la police était présente par endroits, selon un correspondant de l'AFP.

Il était par ailleurs toujours impossible de se connecter à internet, coupé depuis mardi après-midi, 24 heures environ après l'interruption de l'internet mobile.

"Rien ne justifie cet état de siège de fait", a déclaré lors d'une conférence de presse conjointe avec les trois autres candidats de l'opposition le militant anti-esclavagiste Biram Ould Dah Ould Abeid.

Il a accusé le régime de "dresser les Mauritaniens les uns contre les autres pour couvrir son hold-up et son coup de force électoral", en référence notamment à l'arrestation de nombreux manifestants appartenant à la communauté afro-mauritanienne, présente essentiellement dans les zones frontalières du Sénégal et du Mali.

"Nous appelons l'opposition à attendre l'arrêt du Conseil constitutionnel, une institution respectable où elle est dûment représentée. Ils (les opposants) devront se conformer à sa décision", a réagi un porte-parole de M. Ghazouani, Saleh Ould Dehmache. L'opposition a "péché en faisant de la casse avant même les résultats", a-t-il ajouté, estimant qu'il ne s'agissait "pas d'une démarche démocratique".

- "Caractère racial" -

Le ministre de l'Intérieur, Ahmedou Ould Abdallah, a annoncé mardi l'arrestation d'une "centaine d'étrangers" liés à "certains candidats" à la suite des incidents qui ont éclaté au lendemain du scrutin, évoquant aussi un "plan de déstabilisation du pays" par une "main étrangère".

Le même jour, les ambassadeurs du Sénégal, du Mali et de la Gambie ont été convoqués au ministère des Affaires étrangères pour s'entendre signifier de demander à leurs ressortissants de "s'abstenir de participer aux manifestations et à tout ce qui perturbe l'ordre public en Mauritanie", selon le gouvernement.

La société mauritanienne est marquée par des disparités persistantes entre communautés arabo-berbère, haratine (descendants d'esclaves de maîtres arabo-berbères, dont ils partagent la culture) et afro-mauritanienne, généralement de langue maternelle d'ethnies subsahariennes.

"Le régime a démontré qu'il prend pour cible une communauté particulière à travers les arrestations arbitraires qui se comptent par centaines dans plusieurs régions du pays", a affirmé un autre candidat de l'opposition, Baba Hamidou Kane.

Il a exigé la "libération immédiate" des détenus, parmi lesquels un de ses soutiens à l'élection présidentielle, Samba Thiam, figure de la communauté afro-mauritanienne, arrêté à son domicile dans la nuit de mardi à mercredi, selon sa famille.

"Les autorités donnent un caractère racial à une crise post-électorale", a insisté M. Kane.

Les candidats d'opposition ont réitéré leur volonté de contester les résultats par tous les moyens légaux, ainsi que leur condamnation de toute atteinte aux personnes et aux biens.

Selon les résultats annoncés de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), M. Ghazouani l'emporte avec 52,01% des suffrages, devant M. Ould Abeid (18,58%), l'ex-Premier ministre Sidi Mohamed Ould Boubacar (17,87%) et M. Kane (8,71%).

M. Ould Abdel Aziz a stabilisé la Mauritanie, frappée dans les années 2000 par des attentats jihadistes et des enlèvements d'étrangers, en menant une politique volontariste: remise sur pied de l'armée, surveillance accrue du territoire et développement des zones reculées.

Mais les critiques se focalisent sur les droits fondamentaux, notamment la persistance de profondes inégalités sociales, et les libertés publiques.

Avec AFP

"On les a suppliés": des rescapés de Bisesero dénoncent un "scandale français"

Les survivants tutsis du massacre de Bisesero, Eric Nzabihimana et Bernard Kayumba, à Paris, le 24 juin 2019.

Il y a 25 ans jour pour jour, à Bisesero, deux Tutsi rwandais, Eric et Bernard, prenaient le risque de sortir des "trous" qui leur servaient de cachettes innommables face aux tueurs génocidaires et "suppliaient", en vain, des militaires français de l'opération Turquoise de les secourir.

Ces derniers reviendront bien pour les sauver, trois jours plus tard, le 30 juin 1994. Trop tard pour Joséphine, 12 ans, petite soeur d'Eric, et pour son épouse Catherine, 28 ans, tuées par les milices hutu les 28 et 29 juin, comme des centaines d'autres Tutsi réfugiés dans les collines de Bisesero.

Eric Nzabihimana raconte à l'AFP avec une acuité du souvenir et un calme impressionnants l'horreur du génocide, la peur des miliciens extrémistes hutu Interahamwe rôdant à la recherche de leurs proies, les blessés réfugiés dans les forêts, mutilés par les machettes, presque morts, les mois "à vivre comme des animaux" dans des trous dans le sol, à ne sortir que la nuit pour chercher à se nourrir.

Commémoration du génocide des Tutsis au Rwanda : des rescapés témoignent
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Eric, 55 ans, et Bernard Kayumba, 50 ans, de passage à Paris, jugent toujours "incompréhensible" l'"inaction" de ces militaires français le 27 juin 1994.

"Ça faisait près de 3 mois que j'étais dans les forêts; en banlieue de Bisesero, j'ai aperçu un convoi de camions (...) alors je suis sorti de ma cachette", explique Eric. "J'ai crié +au secours, on est pourchassés par des tueurs armés!+; ils ne se sont pas arrêtés, j'ai été obligé de m'interposer" pour tenter de stopper le convoi.

Plusieurs journalistes français qui accompagnaient les militaires ont été témoins de la scène, note-t-il.

Les survivants tutsis du massacre de Bisesero, Eric Nzabihimana (à gauche) et Bernard Kayumba, déversent de la terre de Bisesero dans la Seine, à Paris, le 26 juin 2019.
Les survivants tutsis du massacre de Bisesero, Eric Nzabihimana (à gauche) et Bernard Kayumba, déversent de la terre de Bisesero dans la Seine, à Paris, le 26 juin 2019.

"Nous leur avons montré des cadavres qui gisaient près de nous, qui saignaient". Eric prévient les militaires qu'il faut les secourir "maintenant. Sinon demain ou après-demain, il n'y aura plus personne...". "On les a suppliés", rappelle-t-il avec gravité.

Le 22 juin 1994, deux mois après le début du génocide au Rwanda (au moins 800.000 morts entre avril et juillet selon l'ONU, essentiellement au sein de la minorité tutsi mais aussi parmi les Hutu modérés), l'ONU a donné son feu vert à la France pour une opération militaire à but humanitaire, Turquoise. Sa mission ? "Contribuer, de manière impartiale, à la sécurité et à la protection des personnes déplacées, des réfugiés et des civils en danger au Rwanda".

"Morts-vivants"

Selon ces deux rescapés, les militaires français ont répondu le 27 juin ne "pas être prêts". "'Faut que vous restiez dans vos cachettes, on pourra venir dans 2 ou 3 jours'", ont-ils ajouté, rapporte Eric.

"Les militaires français sont revenus" pour sauver les personnes encore en vie le 30 juin, relève Eric. "Il faut le reconnaître", dit-il. "Notre reproche, c'est qu'ils l'ont fait à la suite de pressions des médias" et "qu'ils auraient dû le faire avant, lorsqu'ils en étaient informés et capables".

Bernard Kayumba, 25 ans à l'époque, juge toujours "incompréhensible" cette attitude. Il venait de passer un mois terré avec sept personnes "dans un trou creusé à la main, la nuit, en cachette des tueurs".

"On était épuisés, des morts-vivants; il y avait des cadavres ici et là; on leur a dit +vraiment, il ne faut pas nous abandonner parce que si vous partez, ils (les tueurs) vont descendre sur nous+" des collines environnantes, relate-t-il.

Commémoration du génocide de 1994 au Rwanda
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"Mais ils ont répondu qu'ils n'étaient pas bien préparés, qu'ils allaient surveiller la zone avec des hélicoptères puis revenir", rapporte-t-il. Les militaires français "avaient des moyens de communication pour demander une intervention ou des effectifs à proximité", affirme Bernard. "Pourquoi dans trois jours et pas dans une heure?"

Face à cette réponse, "tout le monde était désespéré; je leur ai demandé de nous achever, de nous lancer une bombe pour en finir avec nous...", raconte-t-il.

Si les Français "avaient rempli leur mission humanitaire" et s'"ils étaient restés le 27, environ 1.000 Tutsi n'auraient pas été tués", martèle Eric. "Oui, oui", répète-t-il les yeux humides, secouant la tête.

Les survivants tutsis du massacre de Bisesero, Eric Nzabihimana et Bernard Kayumba, devant la Seine, le 26 juin 2019, à Paris.
Les survivants tutsis du massacre de Bisesero, Eric Nzabihimana et Bernard Kayumba, devant la Seine, le 26 juin 2019, à Paris.

Depuis 2005, Eric, Bernard et quatre autres rescapés, l'association Survie, la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH et LDH) et d'autres parties civiles accusent la force Turquoise d'avoir sciemment abandonné aux génocidaires les Tutsi de Bisesero. Les juges français ont clos leurs investigations sans prononcer de mises en examen (inculpations), ouvrant la voie à un non-lieu.

Pour Bernard, "Bisesero reste un scandale français" et "il faut que les militaires français reconnaissent leur échec à sauver les Tutsi à Bisesero".

Mercredi soir, ces rescapés ont symboliquement jeté des poignées de terre de Bisesero dans la Seine à Paris, "là où, entre les différents lieux de pouvoir français, des décisions ont été prises menant à l'inaction des militaires sur place, permettant aux massacres de se poursuivre", a affirmé l'association Survie.

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