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La multiplication des rébellions pétrolières au Nigeria complique toute négociation


Des combattants du Mouvement pour l'émancipation du Delta du Niger (MEDN) patrouillent dans les ruisseaux de la rivière Bonny, près de l'usine de GNL, dans la région pétrolière du delta du Niger, dans le sud du Nigeria, 18 septembre 2008. EPA / GEORGE Esi
Des combattants du Mouvement pour l'émancipation du Delta du Niger (MEDN) patrouillent dans les ruisseaux de la rivière Bonny, près de l'usine de GNL, dans la région pétrolière du delta du Niger, dans le sud du Nigeria, 18 septembre 2008. EPA / GEORGE Esi

Lorsque les Vengeurs du Delta du Niger (NDA) ont annoncé qu'ils acceptaient de négocier avec le gouvernement d'Abuja, certains se sont pris à espérer en un retour à la paix dans le Sud pétrolifère du Nigeria.

C'était oublier une myriade d'autres groupes armés qui se refusent, eux, à s'assoir autour d'une table.

Certes, les attaques des NDA, sophistiquées et stratégiques, ont été les plus importantes et les plus médiatisées. Mais ces rebelles actifs depuis février ne sont pas seuls à occuper criques et mangroves.

Réformés d'Egbesu (Reformed Egbesu Boys of the Niger Delta, du nom du dieu de la guerre de l'ethnie majoritaire locale, les Ijaw), Vengeurs d'Adaka Boko (Adaka Boro Avengers, une référence à un ancien indépendantiste), Forces unies de libération du Delta du Niger (Joint Niger Delta Liberation Force), Croisés de la Révolution du Delta (Niger Delta Revolutionary Crusaders), Mandat de Justice des terres vertes du Delta (Niger Delta Greenland Justice Mandate)... la liste est longue.

Selon les forces de sécurité déployées dans la région, les NDA ne seraient responsables que de la moitié des attaques sur des installations pétrolières des derniers mois.

"50% des sabotages sont liés directement à ces soi-disant Vengeurs du Delta. Mais nous avons aussi constaté que d'autres groupes ont émergé ces trois derniers mois et sont responsables d'attaques", assure à l'AFP un officier en poste dans la capitale pétrolifère de Warri.

"Ces trois derniers mois, les NDA ont revendiqué six attaques mais nous en avons enregistré 16 dues à des militants dans les Etats de Bayelsa et du Delta", confirme un haut responsable de la sécurité nationale à Warri.

La semaine dernière, le ministre du pétrole a déclaré que 1.600 oléoducs avaient été sabotés depuis janvier. Dans la grande majorité des cas, ils sont percés par des habitants de la région ne se revendiquant encore d'aucun groupe armé.

Pour autant, la production de pétrole, qui représente 70% des recettes de l'Etat, a diminué de 21,5% par rapport à janvier, selon les chiffres de l'Opep pour juillet, et le Nigeria a perdu au profit de l'Angola sa place de premier exportateur de brut d'Afrique.

Simulacre de cessez-le-feu

"Il y a désormais bien plus de groupes (que les NDA) à rassembler autour de la table pour trouver la paix", a déclaré le ministre, Emmanuel Ibe Kachikwu.

Et la plupart refusent pour l'instant de négocier avec le gouvernement nigérian.

"Ce simulacre de cessez-le-feu n'est qu'un moyen de récupérer de l'argent, que ces petits garçons de Vengeurs et leurs fondateurs pourront se partager", a réagi lundi le porte-parole du NDGJM, le Mandat de Justice des terres vertes du Delta, à l'annonce de la trêve le weekend dernier.

"Le NDGJM continuera sa campagne contre les intérêts pétroliers du Nigeria jusqu'à ce que le gouvernement fédéral agisse pour le bien de notre peuple", a martelé Aldo Agbalaja.

Chaque groupe dépend d'une communauté, d'une ethnie ou d'une région spécifique du Delta, mais tous réclament une meilleure redistribution de la manne pétrolière et l'attribution de concessions.

"Les problèmes fondamentaux de propriété des ressources et de leur gestion n'ont jamais été résolus", explique Eric Omare, représentant du groupe communautaire Conseil des jeunes Ijaw (Ijaw Youth Council).

En 2009, un programme d'amnistie avait été mis en place avec les rebelles du Mouvement pour l'émancipation du delta du Niger (Mend), la rébellion historique.

En échange du dépôt de leurs armes, les rebelles reçoivent une allocation mensuelle et bénéficient de formations, bourses et emplois.

Mais le président Muhammadu Buhari, musulman issu du Nord, a annoncé l'an dernier, quelques mois après son arrivée au pouvoir, qu'il mettrait fin au programme poursuivi par son prédécesseur, Goodluck Jonathan, un chrétien du Sud, faute d'argent. Face à la reprise des attaques, il s'est finalement ravisé.

Mais avec la prolifération des groupes armés, il est devenu plus difficile de trouver une solution durable à la crise.

Négocier avec les Vengeurs pourrait même être contre-productif, selon Dolapo Oni, analyste financier pour Ecobank.

"Si le gouvernement leur offre de l'argent, comme le précédent gouvernement l'a fait avec le Mend, cela pourrait susciter des vocations", explique-t-il. "Nous pourrions voir aussi des conflits émerger entre les différents groupes et les sabotages se poursuivre par vengeance".

Avec AFP

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