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Droits humains

La militante saoudienne Loujain al-Hathloul libérée

Loujain al-Hathloul, militante des droits des femmes en Arabie saoudite. (Photo non datée)

La militante saoudienne des droits humains Loujain al-Hathloul a été libérée mercredi après quasiment trois années passées en prison, a annoncé sa famille, au moment où Ryad fait face à des critiques grandissantes concernant le respect des droits humains dans le royaume.

"Loujain a été libérée", a écrit mercredi soir en arabe sur Twitter sa soeur Lina al-Hathloul.

"Loujain est rentrée à la maison après 1.001 jours passés en prison", a encore écrit sa soeur en publiant un portrait souriant de la militante de 31 ans.

A Washington, le président Joe Biden s'est félicité de cette nouvelle, déclarant: "Elle était une importante militante des droits des femmes et la libérer était la chose à faire".

A Paris, le président Emmanuel Macron a tweeté: "Je me réjouis de la libération de Loujain al-Hathloul et partage le soulagement de sa famille". Il avait appelé à sa libération le 8 mars 2019.

Le Canada, qui avait déclenché une crise diplomatique avec l'Arabie saoudite après avoir dénoncé des arrestations de défenseurs saoudiens des droits humains en 2018, s'est dit de son côté "très soulagé" de cette libération.

Mme Hathloul avait été arrêtée en mai 2018, avec d'autres militantes, peu avant la levée de l'interdiction de conduire faite aux Saoudiennes, une réforme pour laquelle ces femmes militaient.

Elle a été condamnée le 29 décembre à cinq ans et huit mois de prison en vertu d'une loi "antiterroriste", dont un sursis de deux ans et dix mois "à condition qu'elle ne commette pas de nouveau crime dans les trois ans".

La période passée en détention provisoire étant prise en compte, sa famille avait bon espoir qu'elle soit libérée d'ici mars.

Le tribunal avait également interdit à la militante de quitter le royaume pendant cinq ans, selon sa famille.

"Loujain est à la maison, mais elle n'est pas libre. Le combat n'est pas terminé", a affirmé sa soeur.

Les autorités saoudiennes n'ont pas officiellement commenté la détention, le procès ou la libération de Mme Hathloul.

"La libération de Loujain al-Hathloul après une terrible épreuve en prison en Arabie saoudite, qui a duré près de trois ans, est un soulagement incroyable", a déclaré Lynn Maalouf, d'Amnesty International. "Rien ne peut rattraper le traitement cruel qu'elle a subi, ni l'injustice de son emprisonnement", selon l'organisation.

Pression américaine

"Il est certain que sa libération est une étape bienvenue", a également affirmé le porte-parole du département d'Etat américain Ned Price. "Promouvoir les droits des femmes et les autres droits humains ne doit jamais être criminalisé."

Le nouveau président américain Joe Biden s'était engagé pendant sa campagne électorale à faire de l'Arabie saoudite un Etat "paria" en raison de ses atteintes aux droits de l'homme, sur lesquelles son prédécesseur Donald Trump avait largement fermé les yeux pendant son mandat.

M. Biden devrait tenter de pousser à la libération de prisonniers détenteurs de la double nationalité américaine et saoudienne, des militants et même des membres de la famille royale, dont beaucoup sont détenus sans accusation formelle.

"Les élections ont de l'importance et l'arrivée de l'administration Biden, qui a mis les droits humains à la tête de ses priorités concernant l'Arabie saoudite, a de l'impact", a commenté mercredi à l'AFP Kristin Diwan, de l'Arab Gulf States Institute à Washington.

"Il faut aller plus loin avant qu'on puisse parler de progrès en termes de droits humains", estime-t-il toutefois.

Militante de la cause des Saoudiennes, Loujain al-Hathloul a défendu le droit des femmes à conduire et s'est opposée à la tutelle mettant la femme à la merci totale de l'homme.

Elle avait été qualifiée de "traître" par la presse locale pour avoir eu des contacts avec des diplomates et des ONG internationales.

Allégations de torture

Loujain al-Hathloul avait entamé une grève de la faim en prison le 26 octobre avant de l'interrompre deux semaines plus tard, selon Amnesty international et sa famille.

La militante a été victime de harcèlement sexuel et de torture pendant sa détention, selon sa famille, des allégations démenties par les autorités.

Le cas de la jeune femme avait été transféré fin novembre à une cour chargée des affaires de "terrorisme", selon sa famille.

Le ministre saoudien des Affaires étrangères Fayçal ben Farhan avait révélé début décembre que Loujain al-Hathloul était accusée d'avoir été en contact avec des Etats "hostiles" au royaume et d'avoir transmis des informations confidentielles.

Mais le gouvernement saoudien n'a apporté aucune preuve tangible à l'appui de ces accusations, selon des proches de la militante.

Le bureau des droits de l'Homme de l'ONU avait jugé en décembre "profondément troublante" la condamnation, qualifiant la détention de la militante d'"arbitraire".

Amnesty International avait dénoncé la "cruauté" du régime envers "l'une des femmes les plus courageuses" du royaume.

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Élection des Etats-Unis et de l'Erythrée au Conseil des droits de l'homme de l'ONU

La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme Michelle Bachelet et le Secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres assistent à une session du Conseil des droits de l'homme aux Nations Unies à Genève, Suisse, le 24 février 2020. REUTERS/Denis Balibouse

Les Etats-Unis, après quelque 4 ans d'absence dont a profité la Chine, et l'Erythrée, accusé par des ONG de violations des droits humains, ont été élus jeudi par l'Assemblée générale des Nations Unies pour un mandat de trois ans au Conseil des droits de l'homme.

Dix-huit pays étaient candidats pour 18 postes à pourvoir avec une entrée en fonctions prévue le 1er janvier. Le vote était à bulletins secrets.

Outre les Etats-Unis (seulement 168 voix obtenues) et l'Erythrée (144 voix), ont été élus à la majorité des voix (soit au moins 97 votes) des 193 membres de l'ONU les pays suivants: Bénin (189 voix), Cameroun (179 voix), Gambie (186 voix), Somalie (171 voix), Emirats arabes unis (180 voix), Inde (184 voix), Kazakhstan (184 voix), Malaisie (183 voix), Qatar (182 voix), Lituanie (178 voix), Monténégro (178 voix), Argentine (175 voix), Honduras (172 voix), Paraguay (185 voix), Finlande (180 voix) et Luxembourg (180 voix).

L'arrivée de l'Erythrée dans le cénacle de 47 membres pose à nouveau la question de la présence de régimes autoritaires violant les droits humains au sein de la plus haute instance des droits de l'homme de l'ONU.

"Les Chinois et tous ceux qui fondamentalement ne sont pas en faveur des droits de l'homme tels que (nous) les Européens les concevons (...) opposent des droits économiques, sociaux et culturels. Cela ne date pas de maintenant mais la tendance se renforce indéniablement", déclare à l'AFP un diplomate européen.

Selon un autre diplomate européen, "l'objectif de la Chine est simple: détruire le concept d'universalité des droits de l'Homme et faire valoir une vision conforme à son système politique".

La Chine et plusieurs de ses partenaires, dont le Bélarus et le Venezuela, ont multiplié ces dernières années les déclarations conjointes soutenant l'action de Pékin à Hong Kong, au Xinjiang et au Tibet, et dénoncé "les violations des droits humains" dans les pays occidentaux, y compris contre les autochtones canadiens.

Face à cette polarisation croissante, certains craignent que le retour des Américains renforce cette tendance, même si d'autres soulignent que les Etats-Unis n'ont pas eu besoin d'être présents dans la salle pour exercer leur influence.

"Mascarade électorale" -

"Avec la présence des cinq membres (permanents -- Etats-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France) du Conseil de sécurité dans le Conseil des droits de l'homme, on peut penser effectivement que les Chinois et les Américains ne se feront pas de cadeaux (et) utiliseront le Conseil comme une des arènes où ils exposeront leurs rivalités", souligne le premier diplomate européen.

A la tête du centre de réflexion Universal Rights Group à Genève, Marc Limon regrette que les Etats-Unis "se (soient) essentiellement concentrés sur la Chine" depuis leur retour comme observateur au CDH cette année.

"Beaucoup de pays en ont assez parce qu'ils ne veulent pas voir le système multilatéral pris en otage", dit-il à l'AFP, en appelant Washington à élargir les thématiques pour récupérer le soutien de pays en développement désormais tournés vers Pékin.

L'ambassadeur chinois auprès de l'ONU à Genève, Chen Xu, espère lui que les Etats-Unis, une fois membre du Conseil, puissent "mener un dialogue constructif et essayer de ne pas faire des droits humains un instrument politique".

"Nous sommes nous-mêmes prêts à poursuivre cette approche consistant à promouvoir le dialogue, à s'opposer à la politisation, à essayer de mettre davantage l'accent sur les besoins des pays en développement", précise-t-il.

Pour l'élection de cette année, des ONG ont accusé les groupes régionaux d'avoir présenté le même nombre de candidats que de sièges vacants -- une "mascarade électorale" pour l'ONG UN Watch -- et de ne pas avoir mis un frein à la candidature de pays autoritaires.

La présence de ces Etats au Conseil est l'une des raisons qui avaient poussé l'administration de Donald Trump à quitter l'institution en juin 2018, en l'accusant d'hypocrisie et de s'acharner contre Israël.

Si le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a souligné cette année l'importance du Conseil notamment pour attirer rapidement l'attention sur des crises, il ne l'en a pas moins encouragé "à se pencher sur sa manière de fonctionner".

Ouganda: un rapport dénonce le "soutien" de l'Etat français aux projets de Total

Le logo du siège de la compagnie pétrolière française Total dans le quartier d'affaires de La Défense, près de Paris, le 21 octobre 2014.

L'Etat français met "tous ses moyens au service de Total" pour son gigantesque projet pétrolier controversé en Ouganda, "en totale contradiction avec les discours en faveur des droits humains et du climat" de Paris, accusent jeudi plusieurs associations.

Dans leur rapport, les associations Les Amis de la Terre France, l'Observatoire des multinationales et Survie rappellent "les impacts dévastateurs sur les droits humains et l'environnement des projets Tilenga (extraction pétrolière) et EACOP (oléoduc géant) de Total en Ouganda et Tanzanie".

Or, accusent-elles, "il n'y a pas que la major pétrolière qui ne tient aucunement compte des nombreuses alertes de la société civile et des scientifiques".

"En effet, l'Etat français, en totale contradiction avec ses discours en faveur des droits humains et du climat, met tous ses moyens au service de Total pour que ces projets néfastes aboutissent", ajoutent-elles.

Ces projets "font l'objet d'une vive résistance de la part des populations locales" et "ont été dénoncés par quatre rapporteurs spéciaux de l'ONU", notent-elles.

"Des institutions publiques (Élysée, ministère des Affaires étrangères, ambassade de France en Ouganda, BpiFrance, Agence française de développement, Caisse des dépôts et consignations, Agence des participations de l'Etat, armée), censées représenter et défendre l'intérêt général, sont dévoyées au profit du pétrole et des intérêts privés d’une multinationale", écrivent les associations.

"En mai 2021, Emmanuel Macron a écrit au président Yoweri Museveni pour le féliciter de sa réélection et affirmer son souhait que les projets pétroliers de Total, et notamment l'oléoduc EACOP, voient rapidement le jour", dénonce le rapport.

Le rapport dénonce aussi "la proximité" de l'ambassadeur de France à Kampala Jules-Armand Aniambossou, en poste depuis 2019, avec le groupe pétrolier, et "l'omniprésence" de Total au sein de la communauté française en Ouganda.

Total "débauche d’anciens hauts fonctionnaires et responsables politiques, ou bien au contraire encourage ses cadres à retourner dans la fonction publique, avec pour résultat d’entretenir la confusion entre les intérêts de Total et de ses actionnaires et ceux de la France", critique dans le communiqué Olivier Petitjean, de l'Observatoire des multinationales.

Le rapport fustige une "machinerie des portes tournantes", dénonçant "des allers-retours de hauts fonctionnaires entre Total et différents ministères et institutions-clés" et cite les noms de plusieurs personnes.

"Alors qu'en Ouganda, la répression de la société civile et des voix dissidentes est de plus en plus forte, le gouvernement français n’hésite pas à développer sa coopération militaire avec le régime autoritaire ougandais", fustige aussi Thomas Bart, de Survie.

Le régime ougandais "a annoncé le déploiement de nouveaux contingents militaires pour 'protéger' les futures installations pétrolières; sur place, ces forces sont utilisées pour faire taire toute opposition au projet de Total", dénonce-t-il.

Interrogé par l'AFP, un porte-parole de TotalEnergies a indiqué que le groupe prendra "tout le temps nécessaire pour étudier ce rapport" et qu'il se réservait "le droit d'y répondre par le moyen le plus approprié".

"TotalEnergies rejette l'idée selon laquelle il existe une 'confusion entre les intérêts publics et ceux de l'entreprise'" et "rappelle" qu'il est "à la fois normal et légitime d'attirer les meilleurs talents, d'où qu'ils viennent", a ajouté le porte-parole.

"TotalEnergies rappelle qu'il considère le dialogue avec ses parties prenantes comme une dimension essentielle de la conduite responsable de ses activités", a poursuivi le porte-parole.

Sollicité par l'AFP, le ministère français des Affaires étrangères n'a pas fait connaître sa réaction dans l'immédiat.

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Abus sexuels: pas de plainte contre des Casques bleus gabonais en RCA

Le secrétaire général Antonio Guterres de l'ONU entouré des Casques bleus à Bangassou, en Centrafrique, le 25 octobre 2017. (VOA/Freeman Sipila)

L'ONU avait pourtant fait état des allégations d’abus sexuels sur cinq filles.

Le président centrafricain Faustin Archange Touadéra a affirmé mercredi à Libreville que la justice de son pays n'avait reçu aucune plainte visant des Casques bleus gabonais, accusés par l'ONU d'exploitation et d'abus sexuels sur cinq filles.

Le gouvernement centrafricain a écrit aux Nations unies en demandant "à ce que nous soyons dorénavant impliqués dans les enquêtes qui sont en cours, tant du côté des Nations unies que du Gabon", a déclaré M. Touadéra lors d'une conférence de presse à Libreville, au Gabon.

"Nos institutions n'ont pas reçu (...) des plaintes de la part des victimes", a ajouté M. Touadéra

Le 15 septembre, les Nations unies avaient ordonné le retrait des quelque 450 Casques bleus gabonais de sa force de maintien de la paix en Centrafrique (Minusca) après des accusations d'exploitation et d'abus sexuels sur lesquels le gouvernement gabonais a ouvert une enquête.

La Minusca avait invoqué "des allégations d’abus sexuels sur cinq filles" dans une localité du centre du pays et l'ONU à New York avait insisté sur le fait que sa décision était également fondée sur des faits plus anciens.

"Depuis 2015, en tenant compte de ces dernières, ce sont 32 allégations d'exploitation et d'abus sexuels que nous avons enregistrées concernant 81 présumés auteurs de la République du Gabon, tous militaires des contingents actuellement ou anciennement déployés au sein de la Minusca", avait précisé le porte-parole de l'ONU Stéphane Dujarric. Il avait ajouté que "six de ces allégations ont été étayées par une enquête".

Si les faits sont avérés, "il faut que des responsabilités soient dégagées, qu'il y ait des réparations pour les victimes", a déclaré le chef de l'Etat centrafricain.

Les accusations d'agressions sexuelles "ne sont aujourd'hui pas fondées", avait déclaré le 7 octobre Jessye Ella Ekogha, porte-parole de la présidence gabonaise.

La Minusca a été déployée par l'ONU en avril 2014 pour tenter de mettre fin à la sanglante guerre civile qui a suivi un coup d'Etat l'année précédente contre le président François Bozizé.

Les combats qui ont suivi entre la coalition de groupes armés qui l'avait renversé, la Séléka, à majorité musulmane, et des milices soutenues par le chef de l’Etat déchu, les anti-balakas, dominées par les chrétiens et les animistes, ont culminé en 2014 et 2015.

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