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Côte d'Ivoire

La Cour africaine soutient l'opposition ivoirienne

L'ancien Premier ministre Guillaume Soro à Abidjan, le 20 août 2020.

L'opposition ivoirienne ne décolérait pas mardi contre le Conseil constitutionnel, qui a validé la candidature controversée du chef de l'Etat Alassane Ouattara à la présidentielle d'octobre et rejeté celles de ses rivaux l'ancien président Laurent Gbagbo et l'ex-chef rebelle et ancien Premier ministre Guillaume Soro, auquel une cour africaine a donné un coup de pouce.

Dans une décision annoncée lundi soir, le Conseil constitutionnel a validé seulement 4 des 44 dossiers de candidatures à la présidentielle du 31 octobre, écartant de nombreux opposants.

Elu en 2010, réélu en 2015, M. Ouattara avait annoncé en mars sa décision de renoncer à briguer un troisième mandat. Avant de changer d'avis en août, après le décès soudain d'un infarctus de son dauphin désigné le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly.

L'annonce de cette candidature avait provoqué des affrontements, notamment communautaires, qui avaient fait une quinzaine de morts en août.

Des échauffourées ont eu lieu mardi dans plusieurs localités notamment à Bonoua (sud-est), ville de l'ex-première dame Simone Gbagbo ou dans l'Ouest à Guiglo, Bangolo, Facobly et Duékoué.

La crainte de violences meurtrières à l'approche du scrutin du 31 octobre est forte, dix ans après la crise née de la présidentielle de 2010, qui avait fait 3.000 morts après le refus du président Gbagbo de reconnaitre sa défaite électorale face à Ouattara.

Les autorités ivoiriennes ont prorogé mardi "jusqu'au 30 septembre la mesure de suspension des marches et sit-in sur toute l'étendue du territoire".

"Tyrannique"

Lundi, le Conseil a estimé qu'avec la nouvelle Constitution de 2016, le pays était entré dans une nouvelle République et donc que le compteur des mandats était remis à zéro, même si le nouveau texte, comme le précédent, limite à deux le nombre de mandats présidentiels.

Un ancien Premier ministre de Laurent Gbagbo, Pascal Affi N'Guessan, dont la candidature a été validée, a condamné l'exclusion de son ancien mentor comme la "manifestation la plus aboutie du caractère tyrannique du régime".

"Le Conseil Constitutionnel a raté l'occasion historique de marquer son indépendance: en acceptant la candidature du président sortant, manifestement inéligible, en refusant celles du président Laurent Gbagbo et de Guillaume Soro, privés de leurs droits civiques pour de purs motifs d'opportunité politique", a-t-il dénoncé dans un communiqué.

Acquitté en première instance de crimes contre l'humanité par la Cour pénale internationale, M. Gbagbo attend en Belgique un éventuel procès en appel. Ses partisans avaient déposé sa candidature, mais lui-même ne s'était jamais exprimé sur le sujet.

Sa candidature a été invalidée en raison d'une condamnation en janvier 2018 à 20 ans de prison par la justice ivoirienne dans le cadre de la crise de 2010-2011.

"Etape nouvelle"

Guillaume Soro, dont la candidature a été jugée irrecevable en raison d'une condamnation par la justice ivoirienne à 20 ans de prison pour "recel de détournement de deniers publics", avait réagi dès lundi soir sur Twitter et Facebook.

"C'est une décision inique, politiquement motivée, juridiquement boiteuse et qui s'inscrit dans une logique d'anéantissement de la démocratie", a affirmé M. Soro, ancien allié de Ouattara qu'il a aidé à accéder au pouvoir en 2010, avant de se brouiller avec lui en 2018.

Dénonçant "le parjure de M. Ouattara", Guillaume Soro, qui vit en exil, a annoncé engager "une étape nouvelle de notre combat pour la démocratie. Elle sera âpre mais nous la gagnerons", a-t-il promis, annonçant qu'il s'exprimerait davantage jeudi.

Il a été conforté dans sa position par la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples (CADHP) qui a ordonné à l'Etat (ivoirien) "de lever immédiatement tous les obstacles empêchant M. Soro d'être élu notamment lors de la présidentielle d'octobre 2020", selon le texte de l'ordonnance publié sur son site internet

La Côte d'Ivoire a toutefois largement pris ses distances avec cette juridiction basée à Arusha lui retirant en avril "sa déclaration de compétence" et de fait se désintéresse depuis de ses décisions. L'Etat ivoirien, qui a accusé la cour de prendre des décisions "politiques" a même ignoré complétement la procédure.

Mardi, le Parti démocratique de Côte d'Ivoire de l'ancien président Henri Konan Bédié, dont la candidature a été validée et qui s'annonce comme le principal adversaire de M. Ouattara, a déclaré qu'il ne participera pas aux élections des bureaux des commissions électorales locales. Cela ne devrait pas influer sur le processus électoral mais l'opposition qui reproche à la Commission électorale indépendante (CEI) d'être inféodée au pouvoir, laisse planer ainsi le doute sur un boycott.

L'opposition n'entend pas baisser les bras, dit-elle.

Recalé, Mamadou Koulibaly, ancien président de l'Assemblée naionale, a lui indiqué sur twitter: "Les putsch civils sont toujours longs. Après la violation de la Constitution (...), nous avons le Conseil Constitutionnel qui s'immole par le droit pour Ouattara. Mais cela n'entame point notre détermination".

L'ex-ministre ds Affaires étrangères Marcel Amon-Tanoh, recalé lui aussi, a promis de "poursuivre avec détermination le combat".

"Cette forfaiture ne passera pas et nous nous battrons jusqu’au bout", a affirmé de son côté l'ancien ministre Abdallah Albert Mabri Toikeusse, confiant "craindre le pire" quant aux violences, 10 ans après la crise post-éléctorale.

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L'opposition ivoirienne continue de menacer de boycotter l'élection

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"Les conditions ne sont pas réunies pour une élection apaisée", selon Rinaldo Depagne du Crisis Group

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International Crisis Group estime qu’il faut reporter la présidentielle ivoirienne

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Présidentielle ivoirienne: conférences de presse et manifestations à Paris

Les gens applaudissent derrière une banderole "Adjame dit non, non et non, à un 3e mandat de Ouattara", le 26 septembre 2020, à Yopougon, Abidjan.

Conférences de presse d'opposants au palace Bristol, manifestations de la diaspora aux Invalides ou à République, entretiens à l'Elysée: une partie de la campagne présidentielle ivoirienne se déroule à Paris sous l'oeil de la présidence française qui reste pour l'heure mutique.

"Non à un troisième mandat illégal", pouvait-on lire mi-septembre sur une des nombreuses banderoles déployées au coeur de Paris par quelques centaines de manifestants de la diaspora ivoirienne.

Depuis l'annonce de la candidature d'Alassane Ouattara, chef de l'Etat sortant, pour un troisième mandat, les opposants de tous bords dénoncent un viol de la Constitution.

"Ici on a la liberté de manifester, d'avoir accès à la presse. C'est notre devoir, nous qui avons pu voyager et connaître d'autres systèmes, de faire changer les choses", explique Louis Tchiekpe.

Le président de "Non et non ça suffit", un collectif citoyen de la diaspora qui se réclame transpartisan, organise chaque week-end des manifestations à Paris qui rassemblent quelques centaines de mécontents.

Pour ce collectif qui espère changer durablement le système politique en Côte d'Ivoire, "l'actualité du moment", c'est le retrait de la candidature de M. Ouattara.

Un message qui rassemble l'opposition, d'Abidjan au Vieux Continent, où se trouvent deux figures politiques ivoiriennes: Laurent Gbagbo à Bruxelles et Guillaume Soro qui donne régulièrement des conférences de presse au très chic palace Bristol, à Paris.

Ancienne puissance coloniale, la France reste l'une des terres d'immigration favorite des Ivoiriens. Faute de chiffre officiel, on estime leur nombre à plusieurs dizaines de milliers, majoritairement installés en région parisienne.

Vous + Nous: un collectif pour la paix en Côte d'Ivoire
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"Base militante" en France

Mais les anti-troisième mandat ne sont pas les seuls à donner de la voix hors d'Abidjan.

Manifestations "pour la paix", marche et meetings politiques à Paris: le parti d'Alassane Ouattara, très structuré, a multiplié les évènements ces derniers mois pour convaincre les électeurs de l'étranger.

"La diaspora est très influente et a un pouvoir réel. Un Ivoirien ici a vingt membres de sa famille qui répondent à ses appels, il est une manne financière, il peut capter 20 voix!", souligne Moïse Diallo, conseiller spécial en France pour le parti présidentiel.

"C'est très important pour la politique extérieure du pays de constituer une base militante en France", ajoute t-il à l'AFP.

Et au plus haut niveau de l'Etat, Paris est également un passage obligatoire.

Début septembre, Alassane Ouattara est venu s'entretenir avec Emmanuel Macron dans la capitale française.

Un déjeuner qui réveille les spéculations des camps opposés, certains évoquant d'éventuelles pressions françaises sur Ouattara, d'autres à l'inverse, dénonçant une complaisance de Paris vis à vis du président ivoirien.

Position délicate

Lors de cette entrevue, les deux chefs d'Etat ont fait "un tour d'horizon de la situation économique et politique de la Côte d'Ivoire", indique Abidjan dans un communiqué.

Officiellement, pas de prise de position de la France sur le fameux troisième mandat d'Alassane Ouattara. Emmanuel Macron avait chaleureusement salué en mars la décision initiale du président sortant de ne pas se représenter, mais n'a jamais commenté son revirement.

"La France a demandé un report de l'élection lors de ce déjeuner. Il y a eu des informations de presse en ce sens qui n'ont jamais été démenties", pointe pour l'AFP le chercheur d'ICG (International Crisis Group) Rinaldo Depagne.

Comme toujours avec ses ex-colonies, Paris est dans une position délicate et chacun de ses mots ou de ses silences est scruté avec attention.

"On (La France), on ne fait rien, on nous soupçonne. On fait quelque chose, on nous critique. De toute façon, on sera toujours accusé", résume un élu français qui connaît bien la Côte d'Ivoire.

"L'idée de la France c'est de ne pas s'en mêler. Ce qui intéresse la France, c'est la lutte contre le terrorisme et Barkhane", confirme une source diplomatique.

"La France est occupée par d'autres pays de la région qui l'inquiètent beaucoup plus que la Côte d'Ivoire en particulier le Mali, avec la chute du président IBK. Elle a besoin de tout sauf d'une crise supplémentaire dans un pays clé de la sous région", abonde Rinaldo Depagne.

Sa position évoluera t-elle si la situation dégénère? Après les multiples appels de l'opposition à la désobéissance civile, la question de la tenue du scrutin le 31 octobre prochain reste encore incertaine.

"C'est aux Ivoiriens de prendre leur responsabilité. S'ils se lèvent là-bas contre le troisième mandat, la France ne prendra pas le risque de s'en mêler", estime Louis Tchiekpe.

Le représentant de l'ONU appelle a une présidentielle ivoirienne "pacifique et inclusive"

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