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Des soldats rwandais et russes déployés en Centrafrique


Une patrouille armée à Birao en Centrafrique le 6 novembre 2019.

Kigali et Moscou ont envoyés des troupes de renfort en Centrafrique. Ces envois interviennent trois jours après une offensive de trois groupes armés qualifiée de "tentative de coup d'Etat" par le gouvernement, à six jours des élections présidentielle et législatives prévues le 27 décembre 2020.

Pour soutenir le gouvernement, "la Russie a envoyé plusieurs centaines d'hommes des forces régulières, et des équipements lourds" dans le cadre d'un accord de coopération bilatérale, a annoncé à l'AFP Ange Maxime Kazagui, porte-parole du gouvernement centrafricain, sans préciser leur nombre exact ni la date de leur arrivée.

Jusqu'à lundi 21 décembre matin, Moscou n'avait pas encore confirmé l'envoi de soldats russes en Centrafrique.

Le le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a juste déclaré que "les informations en provenance de [la Centrafrique] suscitent une sérieuse inquiétude", a pour sa part déclaré lundi à la presse le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. "Pour l’heure, nous gardons silence sur ce sujet", a confié à l'AFP une porte-parole du ministère de la défense russe.

En Centrafrique, des gardes privés employés par des sociétés russes de sécurité assurent déjà la protection rapprochée du président Touadera et des instructeurs forment les forces armées centrafricaines.

Le Rwanda confirme l'envoi de ses troupes

"Les Rwandais ont également envoyé plusieurs centaines d'hommes qui sont déjà sur le terrain et ont déjà commencé à combattre", a ajouté M.Kazagui, confirmant une information de Kigali.

Dans un communiqué, le ministère rwandais de la défense a indiqué que, "Le gouvernement rwandais a déployé une force de protection en République centrafricaine, dans le cadre d'un accord bilatéral de défense." Il a précisé que "le déploiement est en réponse au ciblage du contingent des Forces de Défense du Rwanda (RDF) sous la force de maintien de la paix de l'ONU par les rebelles soutenus par (l'ancien président) François Bozizé".

Aucun détail n'est donné sur la date du déploiement, le volume des effectifs déployés ou leur mission exacte. Le ministère précise seulement que les "troupes rwandaises contribueront également à assurer des élections générales pacifiques et sécurisées prévues le dimanche 27 décembre 2020".

Le Rwanda est l'un des principaux pays contributeurs de la Mission des Nations Unies en République centrafricaine (Minusca) depuis son déploiement en 2014. La Minusca compte environ 11.500 Casques bleus.

Le contingent rwandais de la Minusca est notamment chargé de la sécurité du président centrafricain Faustin Archange Touadéra et de la protection du palais présidentiel.

Samedi, M. Touadéra avait déjà évoqué une implication du Rwanda dans le combat contre les rebelles : "nos soldats sont en alerte générale, appuyés par la Minusca, la Fédération de Russie et le Rwanda pour sortir de cette crise", avait-il lancé à ses partisans.

Des combattants de compagnies de sécurité privées russes sont entrés en action contre les rebelles dans une zone située au sud-ouest de Bangui, selon des sources humanitaires et sécuritaires.

Offensive des groupes armés

Ces envois de renfort interviennent trois jours après une offensive de trois groupes armés qualifiée de "tentative de coup d'Etat" par le gouvernement, à moins d'une semaine des élections présidentielle et législatives. ​

Vendredi soir, trois des plus puissants groupes armés qui occupent plus des deux-tiers de la Centrafrique avaient commencé à progresser sur des axes routiers vitaux pour l'approvisionnement de la capitale Bangui, après avoir annoncé leur fusion.

Dans la foulée, le gouvernement a accusé samedi François Bozizé de "tentative de coup d'Etat", lui prêtant l'"intention manifeste de marcher avec ses hommes sur" Bangui, ce que son parti a démenti.

Le parti de François Bozizé a démenti dimanche toute tentative de coup d'Etat, tandis que le porte-parole de la Mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca), Vladimir Monteiro déclarait dimanche que les rebelles avaient été bloqués ou repoussés dans plusieurs localités.

Situation sous contrôle

Le porte-parole de la Mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca), Vladimir Monteiro a déclaré dimanche que a situation est "sous contrôle" et que les rebelles ont été bloqués ou repoussés dans plusieurs localités.

Les groupes armés ont également perdu du terrain dans deux autres localités et "la Force a envoyé des Casques bleus à Mbaïki, à 110 km au sud-ouest de Bangui, où il y a eu des affrontements samedi (…), pour bloquer des éléments armés", a-t-il poursuivi, concluant: "la situation est sous contrôle". Mais des éléments des groupes armés sont toujours présents aux abords de Bossembélé et Bossemptélé, selon des sources sécuritaires et humanitaires.

Dans un communiqué de la Coalition CPC, qui regroupe trois des principaux groupes armés du pays, les rebelles ont admis dimanche "de nombreuses pertes en vies humaines et de nombreux blessés" dans leurs rangs.

L'ONU n'a de son côté communiqué aucun bilan.

La France, la Russie, les Etats-Unis, l'Union européenne et la Banque mondiale ont aussi appelé dimanche François Bozizé et les groupes armés à déposer les armes.

La France, la Russie, les Etats-Unis, l'Union européenne et la Banque mondiale ont appelé dimanche François Bozizé et les groupes armés à déposer les armes.

Réaction des pays partenaires

Ces pays et institutions partenaires de la Centrafrique, membres du G5+, "demandent que Bozizé et les groupes armés alliés déposent immédiatement les armes, s’abstiennent de toute action de déstabilisation et respectent la décision de la Сour constitutionnelle du 3 décembre 2020", ont déclaré les signataires dans un communiqué commun publié dimanche.

Arrivé au pouvoir en 2003 avant d'être lui-même renversé en 2013 par une coalition rebelle qui a plongé le pays dans la guerre civile, M. Bozizé, s'était déclaré candidat à la présidentielle de dimanche - couplée aux législatives - et faisait figure de principal concurrent au chef de l'Etat, favori.

Mais la Cour constitutionnelle a invalidé sa candidature, estimant qu'il était sous le coup de sanctions de l'ONU pour son soutien présumé à des groupes armés responsables de "crimes de guerre" et de "crimes contre l'Humanité".

Demande du report des élections

La Coalition de l'opposition démocratique (COD-2020), dont l'ancien président François Bozizé était le chef de file jusqu'à récemment, "a exigé dimanche le report des élections (...) jusqu'au rétablissement de la paix et de la sécurité". La coalition, qui regroupe les plus importants partis et mouvements de l'oppositi

on au président sortant, réclame en outre "la convocation sans délai" des "forces vives de la Nation".

Maintien des élections

"Tous demandent ensemble que le processus soit stoppé et qu'on aille vers une concertation, c'est une vieille rengaine. Le gouvernement avait proposé qu'ils tiennent compte des cas de force majeur, et ils ont refusé", a déclaré lundi à l'AFP le porte-parole du gouvernement, M. Kazagui.

"Il n'appartient pas à des candidats en lice de demander la suspension des élections, c'est la cour constitutionnelle et l'Agence Nationale des élections (ANE) qui décident", a-t-il souligné.

"La position du gouvernement c'est que nous allons aux élections. Nous avons déployé énormément d'efforts pour ces élections. Les Centrafricains veulent aller voter", a-t-il conclu.

Le président sortant, Faustin Archange Toudera, a affirmé également samedi que les élections se tiendraient bien. Ces événements n'empêcheront pas le déroulement du scrutin car "l'Autorité nationale des élections et la Cour constitutionnelle ont assuré que les élections vont se tenir dans les temps", a-t-il dit lors d'un meeting électoral à Bangui.

Inquiétudes à Bangui

A Bangui, la vie se poursuit de manière ordinaire. Le marché de Noël résonne de chants et les taxi-motos arpentent les rues comme à l'accoutumée.

Mais la menace est difficile à ignorer pour les habitants qui n'ont pas oublié les horreurs de 2013 après qu'une coalition de groupes armés à dominante musulmane, la Séléka, a renversé le Président François Bozizé et fait des milliers de morts à Bangui et dans les provinces.

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