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La Centrafrique est l'un des pays les plus risqués au monde pour les humanitaires

Des ex-Séléka évacuent le Camp de Roux à Bangui, Centrafrique, 27 janvier 2014.
Des ex-Séléka évacuent le Camp de Roux à Bangui, Centrafrique, 27 janvier 2014.

La Centrafrique, où le responsable humanitaire des Nations unies termine mardi une visite de trois jours, est l'un des pays les plus dangereux au monde pour les humanitaires, qui déplorent aussi le sous-financement de leurs activités en faveur de la moitié des 4,5 millions d'habitants.

Médecins Sans Frontières (MSF), Oxfam, la Croix Rouge, Action contre la faim (ACF)...: les membres des grandes ONG et leurs personnels locaux sont pris dans le tourbillon des violences entre bandes armées ex-Séléka pro-musulmans et anti-Balaka pro-chrétiens qui déchirent le pays depuis 2013.

Depuis le début de l'année, 123 incidents visant des humanitaires ont été enregistrés (intrusion d'hommes armés, assauts, vols, ...) selon International NGO Safety Organisation (INSO) qui recense les exactions contre les ONG dans le monde. Six travailleurs humanitaires sont morts en 2016 en Centrafrique, selon l'ONU.

"Le pays reste un des plus dangereux pour les travailleurs humanitaires, avec 31 % des problèmes de sécurité rencontrés par les agents humanitaires dans le monde en 2016", a récemment déclaré le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres dans un rapport d'activité de l'ONU en Afrique centrale.

Alors que le calme est revenu dans Bangui, les ONG doivent souvent ralentir voire suspendre leurs opérations dans l'intérieur en raison de l'insécurité, accentuant la détresse des populations.

En images : chronologie d'une crise en Centrafrique

Le 24 mars 2013, François Bozizé, au pouvoir depuis plus de 10 ans, est chassé par les rebelles de la Séléka à Bangui. Michel Djotodia s'auto-proclame président.  
1/14 Le 24 mars 2013, François Bozizé, au pouvoir depuis plus de 10 ans, est chassé par les rebelles de la Séléka à Bangui. Michel Djotodia s'auto-proclame président.  
En juillet 2013, quatre mois après la prise du pouvoir, 400 meurtres ont été commis par la Séléka en Centrafrique.
2/14 En juillet 2013, quatre mois après la prise du pouvoir, 400 meurtres ont été commis par la Séléka en Centrafrique.
Le 5 décembre 2013, après le vote de l'ONU, la France lance l'opération militaire Sangaris en Centrafrique.
3/14 Le 5 décembre 2013, après le vote de l'ONU, la France lance l'opération militaire Sangaris en Centrafrique.
Le 10 janvier 2014, le président Michel Djotodia sous la pression des dirigeants de l'Afrique centrale et de la France.
4/14 Le 10 janvier 2014, le président Michel Djotodia sous la pression des dirigeants de l'Afrique centrale et de la France.
Le 20 janvier 2014, Catherine Samba Panza est nommée présidente de la transition centrafricaine par le Parlement. 
5/14 Le 20 janvier 2014, Catherine Samba Panza est nommée présidente de la transition centrafricaine par le Parlement. 
Le 16 avril 2014, le contingent tchadien achève son retrait des forces africaines de la Misca, après avoir été accusé par l'ONU d'avoir tiré sur des civils tuant ainsi 24 personnes.
6/14 Le 16 avril 2014, le contingent tchadien achève son retrait des forces africaines de la Misca, après avoir été accusé par l'ONU d'avoir tiré sur des civils tuant ainsi 24 personnes.
Le 7 juillet 2014, des violences éclatent entre les anti-balaka et les ex-Séléka. Cela entraîne la mort de 26 personnes à Bambari, un camp de déplacés internes. Deux semaines auparavant, près d'une centaine de personnes ont été tuées dans ces affrontements.
7/14 Le 7 juillet 2014, des violences éclatent entre les anti-balaka et les ex-Séléka. Cela entraîne la mort de 26 personnes à Bambari, un camp de déplacés internes. Deux semaines auparavant, près d'une centaine de personnes ont été tuées dans ces affrontements.
Le 15 septembre 2014, la nouvelle force de l'ONU, la Minusca, prend le relais de la Misca.
8/14 Le 15 septembre 2014, la nouvelle force de l'ONU, la Minusca, prend le relais de la Misca.
Le 8 janvier 2015, une commission des Nations Unies affirme que les deux camps ont commis des crimes contre l'humanité, dont un "nettoyage ethnique" et que l'intervention internationale a évité le génocide. 
9/14 Le 8 janvier 2015, une commission des Nations Unies affirme que les deux camps ont commis des crimes contre l'humanité, dont un "nettoyage ethnique" et que l'intervention internationale a évité le génocide. 
Le 30 novembre 2015, le pape François, à droite, s'assoie avec les membres de la communauté musulmane lors d’une visite à la mosquée Koudoukou à Bangui, en République centrafricaine.
10/14 Le 30 novembre 2015, le pape François, à droite, s'assoie avec les membres de la communauté musulmane lors d’une visite à la mosquée Koudoukou à Bangui, en République centrafricaine.
Le 13 décembre 2015, les Centrafricains votent pour une nouvelle constitution. 
11/14 Le 13 décembre 2015, les Centrafricains votent pour une nouvelle constitution. 
Le 14 février 2016, Faustin Archange Touadéra est élu président de la Centrafrique
12/14 Le 14 février 2016, Faustin Archange Touadéra est élu président de la Centrafrique
Le 18 mai 2016, l'ONU indique avoir recensé depuis le début de l'année 44 accusations d'abus sexuels qui auraient été commis par ses Casques bleus en Centrafrique. Cela fait suite aux nombreuses accusations de 2015 après qu'un employé de l'ONU a fait fuiter un rapport. 
13/14 Le 18 mai 2016, l'ONU indique avoir recensé depuis le début de l'année 44 accusations d'abus sexuels qui auraient été commis par ses Casques bleus en Centrafrique. Cela fait suite aux nombreuses accusations de 2015 après qu'un employé de l'ONU a fait fuiter un rapport. 
Le 31 octobre 2016, le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian, sur la base militaire Sangaris Mpoko à Bangui, officialise le retrait des troupes françaises.
14/14 Le 31 octobre 2016, le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian, sur la base militaire Sangaris Mpoko à Bangui, officialise le retrait des troupes françaises.
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En avril, MSF avait ainsi dû réduire ses effectifs à Kabo (centre-nord), après une "attaque qui a fait suite à une longue série de braquages dans la région affectant d'autres organisations internationales [ainsi] que la population civile", selon un communiqué.

En mai, l'ONG s'est encore retrouvée en première ligne à Bangassou, où plusieurs dizaines de civils ont été tués quand un groupe armé non-identifié a attaqué le quartier musulman.

"Les équipes ne pouvaient juste pas sortir car on avait aucune certitude sur la situation sécuritaire", avait alors témoigné à l'AFP René Colgo, chef de mission adjoint MSF à Bangassou où les héritiers des "French doctors" gèrent un hôpital.

"On a essayé de faire comprendre aux groupes armés que l'hôpital que nous soutenons est une structure neutre", avait-il ajouté.

"Pas assez" de financements

Ce même mois, le regain de violences a touché Alindao et Bria (centre), et les ONG qui y opèrent.

A Bria, un humanitaire préférant garder l'anonymat dénonce "un accès encore difficile" dans la zone. "On reprend peu à peu les activités. On a beaucoup de mal à trouver un terrain d'entente avec les groupes armés. Pourtant on discute avec eux tous les jours".

Lundi, le directeur des Opérations du Bureau de la Coordination des Affaires humanitaires (OCHA), John Ging, s'y est rendu pour établir un bilan des besoins.

Il n'y a "pas assez" de financements, a-t-il regretté. "Nous vivons dans un monde riche mais les pays riches ne font pas assez pour aider l'humanité."

"Au premier semestre 2017, le Plan de réponse humanitaire, d'un montant de 399,5 millions de dollars, n'est financé qu'à hauteur de 27,8%", indique OCHA, qui fait état de ce manque de fonds dans chacun de ses bulletins mensuels.

"Pour la première fois depuis août 2014, le nombre des déplacés a atteint 500.000 personnes. Il est passé de 440.400 personnes en avril à 503.600 en mai, soit une augmentation de 14%", s'alarme encore l'agence onusienne.

Après la conférence internationale des donateurs en novembre à Bruxelles qui a promis 2,2 milliards de dollars pour le relèvement de la Centrafrique, le président Faustin-Archange Touadéra s'est inquiété à plusieurs reprises que son pays ne disparaisse de l'agenda international.

La Centrafrique a basculé dans les massacres de masse en 2013 avec le renversement du président Bozizé par l'ex-Séléka, entraînant une contre-offensive des anti-Balakas.

Les interventions de la France (2013-2016) et de la Minusca (12.500 hommes) ont ramené le calme dans Bangui mais 50 à 60% du pays reste sous le contrôle des groupes armés.

Avec AFP

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