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L'opposition mozambicaine décrète une trêve pour "accélérer" les pourparlers de paix


Le leader de l'opposition mozambicaine, Afonso Dhlakama, 18 octobre 2014.

Le leader de l'opposition mozambicaine, Afonso Dhlakama, a annoncé mardi une trêve de deux mois dans le conflit qui oppose la branche armée de son parti, la Renamo, et le gouvernement et a fait plus de 20.000 déplacés et réfugiés.

L'opposition mozambicaine a décrété mardi un cessez-le-feu inattendu de deux mois dans le conflit qui oppose sa branche armée aux troupes gouvernementales, afin de favoriser les pourparlers de paix qui piétinent depuis des mois.

La Renamo, l'ancienne rébellion de la guerre civile (1976-1992) qui a repris les armes en 2013, observait déjà un cessez-le-feu d'une semaine depuis le 27 décembre. Elle l'avait présentée comme un "geste de bonne volonté" pour permettre aux Mozambicains de passer les fêtes de fin d'année en paix.

Mardi, le chef de la Renamo, Afonso Dhlakama, a annoncé qu'il serait prolongé. "Il y a eu quelques petits incidents mais la trêve de sept jours s'est bien passée, donc j'annonce le prolongement de la trêve pendant 60 jours, jusqu'au 4 mars", a-t-il dit lors d'une conférence de presse téléphonique entre le maquis du centre du pays où il se terre et la capitale Maputo.

"Cette trêve est destinée à créer un environnement propice à l'accélération des pourparlers à Maputo, dans une ambiance de paix et de tranquillité pour les deux côtés, le gouvernement et la Renamo", a expliqué M. Dhlakama.

Entamées fin mai 2016, ces négociations visent à mettre fin au conflit larvé qui oppose l'armée à la Renamo, au point mort.

"Je continue à dire que les forces de la Renamo n'iront pas provoquer les positions" de l'armée, a-t-il promis.

Le gouvernement n'a pas immédiatement réagi à l'annonce surprise de la Renamo. Mais lundi, le président Filipe Nyusi avait estimé que la responsabilité d'un éventuel prolongement de la trêve incombait à la Renamo.

"Le gouvernement ne mène aucune attaque", avait-il affirmé. La confiance "est en train de se créer (...) elle va être productive", avait ajouté le chef de l'Etat cité par la télévision privée STV.

L'annonce de cette trêve intervient à la suite de plusieurs conversations téléphoniques entre MM. Nyusi et Dhlakama, qui vit retranché dans les montagnes de Gorongosa (centre) depuis octobre 2015.

"Cela a tout l'air d'une suspension unilatérale des hostilités", a réagi auprès de l'AFP une source diplomatique.

Mi-décembre, les médiateurs avaient quitté le pays sur un constat d'échec.

"Dhlakama était acculé et il semble que ce soit la solution qu'il ait trouvé pour sauver la médiation internationale", a poursuivi sous couvert d'anonymat la source diplomatique. "A voir si la trêve tient et si les médiateurs reviennent", a-t-elle ajouté.

- Escadrons de la mort -

Le Mozambique, déchiré de 1976 à 1992 par une sanglante guerre civile qui a fait un million de morts, vit une nouvelle période d'instabilité depuis 2013.

La Renamo a alors décidé de reprendre les armes pour revendiquer un partage du pouvoir. Le parti conteste notamment le résultat des élections présidentielle et législatives de 2014 remportées par le Frelimo, au pouvoir depuis l'indépendance du Mozambique en 1975.

Le conflit se concentre dans le centre du pays, où les rebelles attaquent des villages et la principale artère routière du pays, obligeant les autorités à organiser des convois pour protéger les voitures des civils.

La semaine dernière, la trêve a permis de suspendre ces escortes militaires, selon un porte-parole de la police, Inacio Dina. "Aucune attaque n'a été observée", a-t-il assuré à l'AFP.

La Renamo accuse de son côté des "escadrons de la mort", des unités attribuées aux services secrets, d'avoir assassiné plusieurs de ses membres. "Nos membres, nos délégués locaux vivent en forêt, ils ont abandonné leur résidence de peur d'être kidnappés ou séquestrés", a déploré mardi Afonso Dhlakama.

L'intensification des affrontements depuis plusieurs mois a provoqué le déplacement de plus de 20.000 personnes.

Quelque 15.000 personnes ont trouvé refuge dans des camps de déplacés ou des familles d'accueil dans le pays, et 8.600 personnes, selon l'ONU, ont fui au Malawi et au Zimbabwe voisins.

Le conflit affecte aussi l'économie de ce pays pauvre d'Afrique australe.

Pendant les fêtes de fin d'année, le principal poste-frontière entre le Mozambique et l'Afrique du Sud, celui de Ressano Garcia, a enregistré une baisse d'un tiers du nombre de touristes par rapport à l'an dernier, selon l'Agence d'information du Mozambique (AIM).

Avec AFP

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