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La Belgique suspend les expulsions vers le Soudan après des accusations de "torture"

Des militants protestent contre le renvoi des migrants à Bruxelles, le 6 mars 2017.

Le gouvernement belge a décidé de suspendre au moins jusqu'à fin janvier les rapatriements de Soudanais en situation illégale, le temps qu'une enquête indépendante soit menée sur des "tortures" qu'auraient subies certains d'entre eux à leur retour au pays.

"Je veux que la clarté soit faite sur cette situation, on ne peut pas accepter qu'il y ait la moindre ambiguïté", a déclaré mercredi soir le Premier ministre Charles Michel, en annonçant avoir demandé une enquête au Soudan "avec le soutien de l'OIM", l'Organisation internationale pour les migrations.

"En tout cas jusqu'à la fin du mois de janvier, il n'y aura pas de rapatriement vers le Soudan pour permettre précisément à cette enquête de faire la lumière", a-t-il ajouté sur la chaîne publique RTBF.

Le concours de l'OIM, un organisme des Nations unies, garantira "l'indépendance de cette enquête", selon lui.

La décision intervient après la publication dans les médias belges de témoignages faisant état de violences subies à leur retour par des migrants soudanais expulsés de Belgique.

"Six appels à l'aide" ont ainsi été recensés par l'ONG Timep Europe, basée à Bruxelles, qui a qualifié ces violences d'actes de "torture".

Dans un témoignage, publié mercredi par le journal flamand Het Laatste Nieuws, un homme se présentant comme Kamal, 18 ans, dit avoir été "frappé aux pieds avec des bâtons" lors d'un interrogatoire de "deux jours".

"Ils me demandaient toujours pourquoi j'ai été en Europe. Ma vie est en danger, je reste à la maison, incapable d'en sortir", a affirmé de son côté un dénommé Mohamed.

Il n'en fallait pas plus pour relancer la controverse sur la "mission d'identification" menée en septembre sur le sol belge par des officiels soudanais, à l'invitation du secrétaire d'Etat à l'Asile et la Migration Theo Francken.

L'expulsion de Kamal, qui figure parmi les Soudanais auxquels ces responsables ont rendu visite dans un centre de rétention belge, date de cette époque. Le jeune Soudanais affirme avoir été arrêté "immédiatement après son atterrissage".

Depuis le 1er août, 116 Soudanais ont été placés en centres fermés en Belgique en vue de leur expulsion. Dix d'entre eux ont été renvoyés vers Khartoum et 89 dans le pays européen de première entrée, le plus souvent l'Italie, a précisé jeudi à l'AFP l'Office des étrangers.

En septembre, des élus de l'opposition et des associations de défense des droits de l'homme avaient fustigé la mise sur pied de cette "mission" soudanaise, accusant le gouvernement de Charles Michel de "collaborer avec une dictature".

Le Premier ministre a réaffirmé mercredi que d'autres pays de l'UE ont déjà agi de la sorte. Il a cité la France et l'Italie.

Avec AFP

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Le groupe État islamique revendique les attentats de Pâques au Sri Lanka

Enterrement d'une victime des attentats-suicides dans un cimetière près de l'église Saint-Sébastien à Negombo, au Sri Lanka, le 23 avril 2019.

Le groupe jihadiste État islamique (EI) a revendiqué mardi les attaques suicides contre des églises et hôtels de luxe qui ont fait plus de 320 morts et 500 blessés le dimanche de Pâques au Sri Lanka, attentats parmi les plus meurtriers depuis le 11 septembre 2001.

"Les auteurs des attaques ayant visé des ressortissants des pays de la Coalition (anti-EI) et les chrétiens au Sri Lanka avant-hier sont des combattants de l'EI", a annoncé l'organisation jihadiste sur son agence de propagande Amaq.

Des kamikazes ont provoqué un carnage le dimanche de Pâques dans trois hôtels de luxe et trois églises, en pleine messe, à Colombo et ailleurs dans le pays. Les autorités ont attribué le bain de sang au mouvement islamiste local National Thowheeth Jama'ath (NTJ), qui ne l'a pas revendiqué, et cherchent à savoir s'il a bénéficié d'un soutien logistique international.

Les éléments de l'enquête dont l'AFP a eu connaissance mardi permettent d'éclaircir la chronologie et les circonstances de ces Pâques sanglantes.

Sur les huit explosions de bombes au total ce jour-là, les six premières, en début de matinée, sont des attentats suicides contre trois églises et trois hôtels de luxe, le Cinnamon Grand Hotel, le Shangri-La et le Kingsbury. Deux explosions ultérieures, survenues en début d'après-midi à Colombo, sont le fait de suspects qui se sont donné la mort pour échapper à l'arrestation.

Deux frères sri-lankais musulmans, figurant parmi les kamikazes, ont joué un rôle-clé dans ce déchaînement de violence, au cours duquel un autre attentat suicide a échoué dans un quatrième hôtel de luxe à Colombo, ont révélé mardi des sources proches de l'enquête.

Selon les policiers, ces deux frères, d'une vingtaine d'années et dont les noms n'ont pas été révélés, opéraient une "cellule terroriste" familiale et jouaient un rôle-clé au sein du NTJ. Les enquêteurs ignorent toutefois encore si les attaques sont le fait de cette seule "cellule", ou d'équipes séparées mais coordonnées.

Un quatrième hôtel de luxe de la capitale sri-lankaise, adjacent aux trois frappés, figurait sur la liste des objectifs du dimanche de Pâques. Pour une raison inconnue, le sac à dos rempli d'explosifs du kamikaze chargé de cette cible n'a pas explosé et il a pris la fuite, ont indiqué des sources policières à l'AFP.

Cerné par les forces de l'ordre quelques heures plus tard dans la banlieue sud de Dehiwala, le suspect s'est alors fait exploser, causant la mort de deux passants. À peu près au même moment, dans le nord de la ville, à Orugodawatta, la femme d'un des frères kamikazes a actionné des explosifs lorsque les forces de l'ordre sont arrivées à leur résidence familiale, tuant avec elle-même ses deux enfants et trois policiers.

- Larmes et deuil -

Le Sri Lanka a rendu mardi un hommage poignant aux 321 morts des attentats, selon un nouveau bilan. Parmi les tués figurent au moins 39 étrangers - dont une personne de nationalité française, selon Colombo - et 45 enfants et adolescents.

L'île de 21 millions d'habitants est restée silencieuse durant trois minutes à 08H30 locales (03H00 GMT), heure de la première explosion d'un kamikaze deux jours auparavant, à l'église catholique Saint-Antoine de Colombo.

Des Sri-Lankais laissaient libre cours à leur douleur mardi lors de messes en hommage aux morts de ces attentats, les pires violences qu'ait connu le pays depuis, il y a dix ans, la fin de la guerre civile entre la majorité cinghalaise et la rébellion indépendantiste tamoule.

Anéantis, des proches de victimes s'effondraient dans les bras de leurs voisins.

"Nous n'avons pas ressenti une telle tristesse depuis la guerre", a assuré Rashmi Fernando, une femme de 36 ans, qui participait à l'une de ces cérémonies.

Le gouvernement a décrété une journée de deuil national. Les magasins vendant de l'alcool sont fermés, les drapeaux sont en berne et les radios et télévisions doivent adapter leur programmation musicale.

À l'église Saint-Antoine, des dizaines de personnes ont prié en silence, des bougies à la main, certaines retenant à grand peine leurs larmes. À l'issue des trois minutes de silence, la foule a entamé une prière à voix haute.

À une trentaine de kilomètres plus au nord, dans la localité de Negombo, une messe commémorative a eu lieu à l'église Saint-Sébastien, autre lieu d'un attentat suicide. Des cercueils étaient portés à tour de rôle sur des tables, devant des proches secoués de sanglots.

"Il y a tant de corps que nous ne pouvons pas les présenter tous en même temps", a expliqué à l'AFP Anthony Jayakody, évêque auxiliaire de Colombo qui célébrait la messe.

- Rivalités au sommet de l'État -

Les premiers éléments de l'enquête montrent que ces attentats ont été commis en représailles au récent massacre des mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande (50 morts), a annoncé mardi le vice-ministre sri-lankais de la Défense Ruwan Wijewardene.

L'organisation NTJ avait fait il y a dix jours l'objet d'une alerte diffusée aux services de police, selon laquelle elle préparait des attentats suicides contre des églises et l'ambassade d'Inde à Colombo.

D'après le porte-parole du gouvernement, cette alerte n'avait pas été transmise au Premier ministre Ranil Wickremesinghe ou à d'autres ministres de haut rang. Un élément qui pourrait relancer la crise au sommet de l'État sri-lankais.

La police est en effet de la juridiction du président Maithripala Sirisena, en conflit ouvert avec son chef de gouvernement. Il l'avait limogé à l'automne mais avait été forcé de le réinvestir après sept semaines de chaos politique. Les deux têtes de l'exécutif se vouent une animosité réciproque.

Environ 1,2 million de catholiques vivent au Sri Lanka, un pays majoritairement bouddhiste (70%) qui compte aussi 12% d'hindous et 10% de musulmans.

Les ambassades étrangères au Sri Lanka ont recommandé à leurs ressortissants d'éviter tout déplacement non impératif. Les États-Unis ont, dans leurs conseils aux voyageurs, évoqué la possibilité de nouvelles attaques.

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