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Droits humains

L'ONU "de plus en plus préoccupée" par les attaques aux droits fondamentaux en Algérie

Portraits de détenus algériens exposés, dont Walid Kechida -un partisan du mouvement de protestation Hirak en Algérie- devant l'ambassade d'Algérie à Paris, le 12 août 2020.

L'ONU est "de plus en plus préoccupée" par la situation en Algérie où plusieurs droits fondamentaux, comme les droits à la liberté d'opinion et de réunion pacifique, "continuent d'être attaqués", a indiqué le Haut-Commissariat aux droits de l'homme mardi.

Lors d'un point de presse régulier à Genève, un porte-parole du Haut-Commissariat, Rupert Colville, a expliqué que depuis la reprise des marches hebdomadaires du Hirak, le mouvement de contestation antirégime en Algérie, le 13 février, l'ONU a reçu des rapports "faisant état de l'usage inutile et disproportionné de la force contre des manifestants pacifiques, ainsi que d'arrestations continues".

"Nous demandons instamment aux autorités algériennes de cesser de recourir à la violence pour disperser les manifestations pacifiques et de mettre fin aux arrestations arbitraires et détention de personnes ayant exercé leurs droits à la liberté d'opinion, d'expression et de réunion pacifique", a-t-il poursuivi.

Le porte-parole a expliqué qu'"à quatre reprises en avril et mai, des marches d'étudiants ont été empêchées: les autorités ont continué à bloquer l'accès aux points de rassemblement des manifestations; des centaines de manifestants ou toute personne que les forces de l'ordre ont supposée être un manifestant ont été arbitrairement arrêtés".

En outre, a-t-il ajouté, "certains manifestants auraient été détenus puis relâchés après avoir été contraints de signer un document promettant de ne plus participer aux manifestations".

A l'approche des élections législatives anticipées du 12 juin, rejetées par le Hirak, la répression s'accroît en Algérie, estiment les organisations de défense des droits humains.

Le 30 avril, la police a dispersé à coups de matraques la marche du Hirak à Alger et procédé à plusieurs arrestations. La plupart des personnes interpellées ont été relâchées.

"Au cours des deux derniers mois, des militants, des défenseurs des droits humains, des étudiants, des journalistes, des blogueurs et de simples citoyens exprimant pacifiquement leur désaccord ont continué à faire l'objet de poursuites pénales. Les militants du Hirak continuent d'être poursuivis sur la base de lois trop larges, même après l'annonce d'une grâce présidentielle en février de cette année", a affirmé M. Colville.

Selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD), une association d'entraide, plus de 70 personnes sont actuellement incarcérées, poursuivies pour des faits en lien avec le Hirak et/ou les libertés individuelles.

L'ONU demande "aux autorités algériennes d'honorer la grâce présidentielle accordée aux personnes participant au mouvement Hirak, et de cesser toute forme de harcèlement et d'intimidation à leur encontre", a indiqué le porte-parole du Haut-Commissariat.

Et, a-t-il dit, "nous réitérons notre appel aux autorités pour qu'elles mènent des enquêtes rapides, impartiales et efficaces sur toutes les allégations de violations des droits humains (...) et qu'elles veillent à ce que les victimes obtiennent des réparations".

Né en février 2019 du rejet massif d'un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, impotent et reclus, le Hirak réclame un changement radical du "système" politique en place depuis l'indépendance du pays en 1962.

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Hausse des violations des droits humains en 2022 au Mali

Des attaques contre les civils dans la région du centre, un phénomène alimenté par le "règne de l'impunité", a déclaré jeudi la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) Tcherina Jerolon

L'année 2022 s'annonce comme l'année la plus meurtrière au Mali et a été marquée par une hausse sans précédent des attaques contre les civils dans la région du centre, un phénomène alimenté par le "règne de l'impunité", a déclaré jeudi la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH).

Après deux coups d'Etat successifs en 2020 et 2021, les militaires désormais au pouvoir ont poussé en 2022 vers la sortie leur partenaire français pour se tourner vers la Russie, des "instructeurs" selon la junte, des mercenaires du groupe Wagner impliqués dans de multiples exactions, selon l'ONU, les Etats occidentaux et les organisations des droits humains.

L'armée malienne a lancé début 2022 une offensive dans le centre du Mali. "Ce retour violent de l'Etat a contribué à l'exacerbation des violences au niveau local et provoqué un niveau jusque-là jamais atteint de violations des droits humains envers les populations civiles", a souligné la FIDH à l'occasion du lancement de leur rapport d'enquête "Dans le centre du Mali, victimes et bourreaux vivent ensemble".

La FIDH a constaté une augmentation et une diversification des cas de violences perpétrées par les militaires et leurs partenaires, comme la mise en place d'un camp de torture à Pergue, dans la région de Ségou, niée par les autorités.

L'ONG note également une forte hausse des cas de violences sexuelles, notamment des dizaines de viols de femmes au cours d'une opération menée à Moura fin mars.

Le rapport note toutefois qu'il est quasiment impossible de quantifier le nombre de victimes d'abus sexuels mais explique leur augmentation par la dégradation de la situation sécuritaire, l'absence de l'Etat et la prolifération des armes.

Les délégations de la FIDH ont recueilli et recoupé des dizaines de témoignages accusant des jihadistes, des miliciens ou des membres de l'armée malienne et leur partenaires de viols dans le centre du Mali.

La FIDH dénonce aussi le règne de l'impunité. "Il y a eu beaucoup de procédures ouvertes mais elles laissent en marge les violations des droits de l'homme", a estimé Drissa Traoré, son secrétaire général, qui rappelle "l'insuffisance de volonté politique, l'accès impossible de certaines zones, le manque de moyens et une protection des victimes pas du tout assurée".

Le Mali, peu développé et enclavé, fait face depuis 2012 à la propagation jihadiste et aux violences de toutes sortes, mais aussi à une crise politique et humanitaire grave.

Le procureur de la CPI veut engager des poursuites contre le fugitif ougandais Joseph Kony

Joseph Kony. Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a déclaré jeudi avoir demandé aux juges de confirmer les charges retenues contre le fondateur de la brutale rébellion ougandaise

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a déclaré jeudi avoir demandé aux juges de confirmer les charges retenues contre le fondateur de la brutale rébellion ougandaise de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), Joseph Kony, en cavale depuis plus de 17 ans.

"Cela fait plus de 17 ans que M. Kony cherche à se soustraire à la justice de cette Cour", a déclaré dans un communiqué le procureur de la CPI, Karim Khan, ajoutant que c'était la première fois que son bureau demandait une audience de confirmation des charges en l'absence d'un suspect.

Un mandat d'arrêt a été délivré en 2005 contre Joseph Kony, fondateur et chef de l’Armée de résistance du Seigneur, accusé de 33 chefs de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, parmi lesquels le meurtre, les traitements cruels, la réduction en esclavage, le viol et les attaques dirigées contre une population civile.

"J'estime qu'il est à présent opportun et nécessaire de faire avancer la procédure intentée à son encontre dans la mesure où le permettent les dispositions du Statut de Rome", texte fondateur de la CPI, a affirmé M. Khan.

"En parallèle, mon bureau intensifiera ses efforts pour obtenir l'arrestation de M. Kony, qui demeure par ailleurs le suspect en fuite le plus longuement recherché par la CPI", a-t-il ajouté. "La confirmation des charges en l'absence de M. Kony et son arrestation ouvriraient la voie à l'organisation de son procès dans les meilleurs délais", a-t-il souligné.

Fondée en Ouganda dans les années 1980 par l'ex-enfant de choeur Joseph Kony en vue d'établir un régime fondé sur les Dix Commandements, la LRA a terrorisé pendant 30 ans de larges zones d'Afrique centrale en kidnappant des enfants, mutilant des civils à grande échelle et asservissant des femmes.

Elle est responsable de la mort de plus de 100.000 personnes et de l'enlèvement de 60.000 enfants, garçonnets transformés en soldats et fillettes en esclaves sexuelles.

Chassée d'Ouganda, elle s'est éparpillée dans les forêts de République démocratique du Congo, de Centrafrique, du Soudan du Sud et du Soudan et, traquée, ses quelques centaines de membres restants semblent tout juste survivre.

La CPI ne peut pas juger un suspect en son absence mais elle peut tenir une audience de confirmation des charges en son absence, selon M. Khan.

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