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L'Iran en pointe pour dénoncer le décret Trump sur l'immigration


Le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif donne un discours à Davos, Suisse, le 17 janvier 2017.

La décision de Donald Trump de suspendre l'entrée aux Etats-Unis des ressortissants de sept pays majoritairement musulmans provoque l'indignation dans plusieurs capitales, au premier rang desquelles Téhéran qui y voit un "cadeau" fait "aux extrémistes".

L'Iran est le pays qui a réagi le plus vivement à cette décision jugée "insultante" en annonçant le principe de réciprocité aux voyageurs américains.

Aucun des six autres pays concernés (Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen) n'a pris une telle mesure, et certains d'entre eux n'avaient pas officiellement réagi dimanche. C'était notamment le cas de l'Irak, dont les autorités sont fortement soutenues par les Etats-Unis dans leur lutte pour chasser le groupe Etat islamique (EI) du pays.

En Iran, la presse tirait dimanche à boulets rouges sur le décret signé par le nouveau président américain: "Les Etats-Unis coupent leurs relations avec le peuple iranien", selon le grand quotidien Hamshahri; "Le mur de Trump est arrivé jusqu'en Iran", titre le journal réformateur Shahrvand, alors que le quotidien conservateur Javan dénonce "l'ordre raciste".

'Une insulte'

Pour le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, la décision de M. Trump va avoir l'effet inverse de son objectif de lutter contre le terrorisme. Car elle sera perçue "comme un grand cadeau aux extrémistes et à leurs protecteurs", a-t-il réagi dimanche dans un tweet.

"Cette discrimination collective aide les terroristes à recruter en creusant la fracture initiée par les démagogues extrémistes" alors que "la communauté internationale a besoin de dialogue et de coopération pour s'en prendre aux racines de la violence et de l'extrémisme", notamment au Moyen Orient, a-t-il ajouté.

Le président du Parlement Ali Larijani a par ailleurs dénoncé "l'idiotie de la vision et du comportement" des autorités américaines, qui ont "peur de leur propre ombre".

Même si l'Iran et les Etats-Unis n'ont plus de relations diplomatiques depuis 37 ans, le décret de M. Trump a un impact important car environ un million d'Iraniens vivent aux Etats-Unis et de nombreux autres s'y rendent régulièrement. Parmi les ressortissants des sept pays ayant obtenu un visa américain en 2015, 49% étaient des Iraniens, selon des médias.

"C'est l'hystérie au sein de la communauté des Irano-Américains et ce n'est pas une exagération", a déclaré à l'AFP un avocat basé à Los Angeles, Saam Borhani, qui se dit "bombardé de questions". Il cite l'exemple d'un père attristé car il ne pourra pas assister au mariage de son fils en Californie.

Maryam, une Iranienne de 44 ans qui avait obtenu sa "carte verte" (permis de résidence) en octobre après 14 ans d'attente a indiqué à l'AFP avoir été empêchée samedi soir de prendre l'avion pour les Etats-Unis. Elle avait vendu sa maison et voulait partir définitivement dans ce pays.

"Ils ont un problème avec les musulmans, mais pourquoi n'ont-ils pas interdit les ressortissants des autres pays musulmans comme les Emirats arabes unis, le Qatar ou l'Arabie saoudite? (...) C'est une insulte", a-t-elle réagi.

Il était déjà très compliqué pour les Iraniens d'obtenir un visa américain: ils devaient se rendre dans un pays voisin, en général la Turquie ou les Emirats, pour déposer une demande de visa. Ensuite, ils devaient retourner sur place quelques semaines plus tard pour la réponse sans être sûrs d'avoir le visa.

Selon la BBC en persan, 9.000 demandeurs d'asile iraniens seraient ainsi coincés en Turquie après la décision de M. Trump.

Silence en Syrie et en Libye

Au Soudan, autre pays concerné par le décret, le ministère des Affaires étrangères a déploré que cette décision intervienne après la levée "historique" de sanctions économiques américaines le 13 janvier.

Dans le Yémen en guerre, le "gouvernement" dirigé par les rebelles chiites Houthis à Sanaa, non reconnu par la communauté internationale, a dénoncé le décret de M. Trump, jugeant qu'il était "illégal et illégitime" de "classer le Yémen et ses citoyens comme étant source de terrorisme ou d'extrémisme".

En Syrie, ni le régime ni les différents groupes rebelles n'avaient réagi à l'annonce. Le silence était également de mise en Libye, où les Etats-Unis risquent de voir leur influence reculer.

"Cela va créer un vide (...) qui sera rempli par des acteurs régionaux comme l'Egypte, l'Algérie, la Turquie, des pays du Golfe, ou des puissances comme la Russie qui joue un rôle de plus en plus actif en Libye", souligne Mohamed Eljareh, chercheur à l'Atlantic Council.

Avec AFP

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