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L'ex-chef de la "police islamique" de Gao nie avoir "coupé des mains"

Le Palais e jusitce de Bamako, 28 août 2012.

Confronté à ses anciennes victimes, l'ex-chef de la "police islamique" de Gao s'est défendu vendredi au cours de son procès d'avoir "coupé des mains" de voleurs dans cette ville du nord du Mali contrôlée par des jihadistes entre 2012 et 2013.

"Ce n'est pas moi. Ce sont des jihadistes mauritaniens, algériens et sahraoui qui coupaient les mains", a affirmé Aliou Mahamar Touré.

Il répondait aux accusations des parties civiles qui ont défilé à la barre tout au long de la matinée pour la première audience de son procès vendredi devant une Cour d'assises de Bamako. Son procès est une première dans ce pays du Sahel où des groupes armés continuent à mener des attaques meurtrières.

Au moins huit de ses victimes présumées étaient présentes à l'audience, face à un jury composé de quatre civils, du président de la cour et de deux magistrats assesseurs.

"J'ai été arrêté parce qu'on m'a accusé de vol. Aliou et ses compagnons m'ont donné de la drogue avant de couper ma main droite", a déclaré l'une d'elles.

"Les quatre enfants de mon grand frère ont été arrêtés par Aliou. Il n'a pas voulu les libérer, il a coupé lui-même leurs mains et pieds. Après il s'est promené avec les mains et les pieds", a témoigné une habitante de Gao, alors que l'accusé gardait la tête baissée.

Accusé également d'avoir fouetté en public des femmes qui ne portaient pas le voile islamique, Aliou est poursuivi pour "atteinte à la sûreté de l'Etat, coups et blessures, détention illégale d'armes de guerre et association de malfaiteurs". Il risque jusqu'à 20 ans de réclusion, selon une source judiciaire.

Le procès a démarré devant une salle comble. "Je suis très malade", a dit l'accusé, qui a perdu de sa superbe et demandé une chaise pour s'assoir.

- Redouté par la population -

L'Association malienne de défense des droits de l'homme (AMDH) et la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) se sont dites "inquiètes" que M. Touré ne soit pas poursuivi pour "crimes de guerre et torture".

Originaire de Gao, M. Touré était un pilier du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), un des groupes jihadistes qui a occupé le nord du Mali en 2012.

Reconnaissable par sa grande taille et son véhicule pick-up qu'il conduisait lui-même, M. Touré, Malien le plus gradé dans les rangs des islamistes armés, était redouté par la population.

"Ici, c'est la charia (loi islamique) qu'il faut appliquer. C'est la loi de Dieu. Gao a quitté les mains de mécréants pour tomber dans les mains de Dieu. C'est au nom d'Allah que nous appliquons la charia", déclarait-il à l'époque à l'AFP.

Aliou Mahamar Touré avait été arrêté en décembre 2013 par les forces maliennes.

- Mausolées de Tombouctou -

Le procès de Aliou Mahamar Touré débute au lendemain du jugement rendu par la Cour pénale internationale (CPI) déclarant un autre jihadiste malien, Ahmad al Faqi al Mahdi, coupable d'avoir provoqué pour 2,7 millions d'euros de dégâts en faisant détruire en 2012 des mausolées de la cité historique de Tombouctou (nord).

Ce Touareg né vers 1975 avait été condamné en septembre à neuf ans de prison à La Haye pour avoir "dirigé intentionnellement des attaques" contre la porte de la mosquée Sidi Yahia et neuf des mausolées de Tombouctou, classés au patrimoine mondial de l'humanité et détruits à coups de pioche, de houe et de burin.

En février 2016, la mythique cité a repris possession de ses sanctuaires, reconstruits à l'identique.

Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda à la faveur de la déroute de l'armée face à la rébellion à dominante touareg, d'abord alliée à ces groupes qui l'ont ensuite évincée.

Ces groupes en ont été en grande partie chassés à la suite du lancement en 2013, à l'initiative de la France, d'une intervention militaire internationale, qui se poursuit actuellement.

A nouveau touché lundi par plusieurs attaques contre des camps de l'ONU, malgré un accord de paix signé en 2015, le Mali a réclamé devant le Conseil de sécurité une aide matérielle et financière pour contribuer à la création par cinq pays du Sahel d'une force militaire conjointe.

Cette force de quelque 5.000 hommes devrait être opérationnelle à l'automne mais son financement est encore loin d'être assuré.

Avec AFP

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Guinée: Condé laisse une nouvelle fois planer le doute sur une candidature

Alpha Condé lors d'une réunion à Bruxelles, le 7 octobre 2017

Le président de la Guinée Alpha Condé, en visite officielle à Abidjan, a une nouvelle fois laissé planer le doute sur une modification de la Constitution qui lui permettrait de briguer un troisième mandat en 2020.

"Il y a un débat en Guinée. Moi j'observe (...), ce qui est évident c'est que le peuple guinéen est un peuple souverain, (...) qu'on ne peut pas empêcher le peuple de s'exprimer s'il le souhaite", a-t-il répondu à la presse qui l'a interrogé sur le sujet.

Il a aussi fait valoir qu'il n'avait "de comptes à rendre qu'au peuple de Guinée et éventuellement au peuple africain, mais pas à l'extérieur". "Je fais ce qui sera la volonté du peuple de Guinée. Pour le moment (...) je laisse le débat se dérouler dans le pays", a-t-il ajouté.

Les principaux partis d'opposition guinéens, ainsi que des associations de la société civile et des syndicats, ont annoncé début avril la création d'une coalition pour empêcher Alpha Condé de briguer un troisième mandat en 2020.

Ancien opposant historique et premier président démocratiquement élu de cette ex-colonie française d'Afrique de l'Ouest régie jusqu'alors par des pouvoirs autoritaires, Alpha Condé, dont le deuxième mandat constitutionnel s'achève en 2020, a souvent contesté la pertinence de la limitation du nombre de mandats sur le continent.

M. Condé, 81 ans, n'a jusqu'à présent pas annoncé de modification de la Constitution afin de pouvoir se représenter en 2020, mais plusieurs de ses déclarations récentes ont été interprétées en ce sens. "Personne en Guinée ne m'empêchera d'aller devant le peuple pour lui demander ce qu'il veut et faire la volonté du peuple", avait-il dit le 24 mars devant les militants de son parti.

En janvier, la présidence avait publié des propos de l'ambassadeur de Russie, suggérant d'amender la Constitution pour permettre au chef de l'Etat de briguer un troisième mandat, au grand dam de l'opposition et de la société civile.

Le président ivoirien Alassane Ouattara, 77 ans, dont le deuxième mandat se termine également en 2020, entretient lui aussi le mystère quant à une éventuelle candidature. Il estime avoir le droit de se représenter en raison d'un changement de Constitution en 2016, ce que conteste l'opposition.

Avec AFP

Algérie: dixième vendredi consécutif de manifestations contre le régime

Les manifestants retournent dans les rues pour reclamer des changements démocratiques en Algérie.

Le mouvement algérien de contestation testera vendredi sa capacité à rester mobilisé lors du 10e vendredi consécutif de manifestations à travers le pays, sur fond de limogeages de symboles du régime Bouteflika déchu et de spectaculaires incarcérations dans des affaires de corruption présumée.

"Pas de demi-révolution", titre en une vendredi l'édition week-end du quotidien El Watan, appelant à continuer à manifester jusqu'au départ du "système" dans son entier, tandis que des appels similaires continuent d'être relayés sur les réseaux sociaux.

Le sentiment d'avoir obtenu de nouvelles têtes pourrait encourager les manifestants, à l'issue d'une semaine marquée par de nouveaux limogeages, des convocations judiciaires et poursuites annoncées contre des caciques du régime et le placement en détention provisoire de riches hommes d'affaires.

D'autant que le pouvoir ne cède pas sur l'essentiel des revendications: départ de l'ensemble des figures de l'appareil hérité d'Abdelaziz Bouteflika, qui a démissionné le 2 avril après 20 ans à la tête de l'Etat, et organisation d'une transition hors du cadre institutionnel qu'il a légué.

Apparatchik ayant accompagné M. Bouteflika durant près de deux décennies, Abdelkader Bensalah est toujours président par intérim et Noureddine Bedoui, autre fidèle dévoué, toujours Premier ministre d'un "gouvernement de la honte", comme le nomment les manifestants.

- Rôle de l'armée -

Et ces dirigeants prévoient toujours, avec le soutien de l'armée, replacée au centre de la vie politique depuis le départ de M. Bouteflika, d'organiser le 4 juillet la présidentielle devant élire son successeur, ce que refuse la contestation qui estime qu'ils ne peuvent garantir un scrutin régulier.

L'incarcération en début de semaine de trois frères Kouninef, famille propriétaire d'un géant privé du BTP algérien, bénéficiaires de gigantesques contrats publics, ne peut que satisfaire la contestation qui depuis le 22 février dénonce, aux cris de "voleurs" ou "mafia", les liens troubles entre la présidence Bouteflika et les "oligarques".

Réputés proches de Saïd Bouteflika, frère et conseiller abhorré du président déchu, ces trois frères Kouninef sont notamment soupçonnés de "non respect des engagements contractuels dans la réalisation de projets publics" et "trafic d'influence".

Mais le placement en détention préventive, simultanément, d'Issad Rebrab, première fortune d'Algérie et patron du conglomérat Cevital, premier employeur privé du pays, qui entretenait lui des relations notoirement tendues avec l'entourage de M. Bouteflika, a semé le doute sur les objectifs réels de ces enquêtes.

Une partie de la presse algérienne a qualifié "d'injonctions" les appels répétés à "accélérer la cadence" des enquêtes anticorruption, lancés aux autorités judiciaires par le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée et de facto homme fort du pays depuis le départ de M. Bouteflika.

Ce qui a contraint l'armée à dénoncer, dans une rare "mise au point", "une lecture erronée" des déclarations du général Gaïd Salah, puis le Parquet a assurer n'avoir subi "aucune pression".

- Ministres chahutés -

Certains observateurs voient dans ces enquêtes une forme de "deal" implicite offert aux manifestants: les têtes des "corrompus" ou des symboles du pouvoir, contre un assouplissement des revendications notamment sur la présidentielle, dont le général Gaïd Salah a à nouveau réclamé dans la semaine qu'elle se tienne dans les délais constitutionnels.

Voire une tentative de diviser la contestation, dont au moins une partie a de la sympathie pour M. Rebrab, qui présente son groupe comme "une victime du +système+ (au pouvoir) et de sa mafia économique" qui entravent ses activités.

Dans la semaine, a été limogé le patron du Club des Pins, luxueuse résidence ultraprotégée réservée aux dignitaires, symbole des privilèges accordés aux personnalités du régime.

Mais aussi le PDG de Sonatrach, géant public des hydrocarbures, entreprise au centre de plusieurs scandales ces dernières années. Le lendemain, la justice annonçait enquêter à nouveau sur l'ancien ministre de l'Energie Chakib Khelil, très proche de M. Bouteflika, qui avait fui l'Algérie car recherché pour une affaire de corruption liée à Sonatrach, avant de rentrer une fois les poursuites abandonnées.

En province, les ministres du "gouvernement de la honte" continue d'être chahutés lors de leurs déplacements, malgré les récentes mises en garde du général Gaïd Salah contre ce phénomène qui se multiplie. Jeudi, le ministre du Tourisme, Abdelkader Benmessaoud, a écourté une visite à Saïda (nord-ouest) après avoir été conspué.

Avec AFP

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