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L'Egypte se prépare à retrouver l'état d'urgence après les attentats anti-Coptes

  • VOA Afrique

Des familles sont devant une église après l'attaque à la bombe à Tanta, Egypte, le 9 avril 2017.

L'Egypte s'apprêtait à appliquer l'état d'urgence pour la première fois depuis les violences de 2013, après des attentats contre deux églises coptes qui ont fait 44 morts et renforcé l'inquiétude des chrétiens.

Le président Abdel Fattah Al-Sissi doit encore obtenir l'approbation du Parlement dans un délai de sept jours sur l'état d'urgence. Une formalité puisque la majorité des députés est acquise au président.

L'état d'urgence, d'une durée de trois mois, élargit les pouvoirs policiers en matière d'arrestation et de surveillance.

Le gouvernement a annoncé dans un communiqué avoir approuvé la mesure, qui doit entrer en vigueur lundi à 13H00 heure locale (11H00 GMT).

Le député Yehia Kedouani, membre de la commission de Défense et de sécurité nationale, justifie l'état d'urgence en expliquant que "la situation l'exige pour rétablir une sécurité totale".

L'état d'urgence avait été observé pendant trois décennies sous le raïs Hosni Moubarak. Son abrogation était l'une des principales demandes des militants ayant conduit la révolte de 2011 qui a mis fin à son règne.

Supprimé en 2012, il avait été rétabli pendant un mois après la destitution du président islamiste Mohamed Morsi l'année suivante, au moment où les forces de sécurité réprimaient dans le sang ses partisans.

Il est appliqué depuis quelques années dans une partie du nord de la péninsule du Sinaï, où le groupe jihadiste Etat islamique (EI) est très actif.

'Protection totale'

L'annonce de M. Sissi est intervenue dimanche soir quelques heures après un double attentat de l'EI contre deux églises coptes, à Alexandrie et à Tanta au nord du Caire, en pleine célébration de la fête des Rameaux.

Avec un bilan de 45 morts, ce sont les attentats les plus sanglants commis ces dernières années contre les Coptes qui représentent 10% des 92 millions d'Egyptiens.

Après avoir ordonné à l'armée de se déployer pour protéger les "infrastructures vitales" du pays, le chef de l'Etat a réclamé des mesures "pour assurer une protection totale des frontières".

"L'état d'urgence a été imposé en France, en Egypte pendant longtemps avant cela, pour faire face au terrorisme", a justifié le député M. Kedouani.

Selon lui, la mesure permettra notamment le maintien en détention pendant 45 jours des "éléments terroristes actifs qui sont connus des services, mais pour qui il n'y a pas de preuves matérielles permettant de les traduire en justice".

L'EI, dont la branche égyptienne avait récemment menacé de multiplier les attaques contre les Coptes, a indiqué que les deux assauts avaient été menés par des kamikazes égyptiens.

'Tellement triste'

Lundi matin à Alexandrie, devant l'église Saint-Marc où la veille un kamikaze a provoqué la mort de 17 personnes, les enquêteurs prenaient des photos des boutiques endommagées.

Quelques femmes, toutes de noir vêtues et venues pour assister à la messe, montraient leur carte d'identité aux forces de l'ordre pour pouvoir entrer.

"Je suis tellement triste, je suis incapable de parler", confie une femme d'une quarantaine d'année.

Des funérailles étaient également organisées dans un monastère près d'Alexandrie, dans une église pleine à craquer, où les corps des victimes, placés dans des cercueils en bois recouverts d'une croix dorée, ont été apportés.

L'autre attaque a eu lieu à Tanta, dans le delta du Nil à une centaine de km du Caire, dans l'église Mar Girgis (Saint-George). Elle a fait 28 morts et 78 blessés.

Les Coptes orthodoxes d'Egypte sont les chrétiens les plus nombreux au Moyen-Orient et la communauté la plus ancienne. Ils se disent victimes de discriminations de la part des autorités et de la majorité musulmane.

Pour Ahmed Benchemsi, directeur de communication pour le Moyen Orient et l’Afrique du Nord a Human Rights Watch, l'Etat ne fait pas assez pour les proteger.

Les attaques de dimanche interviennent quatre mois après un attentat suicide de l'EI contre une église du Caire qui avait fait 29 morts.

Malgré les inquiétudes sur la situation des chrétiens en Egypte, le pape catholique François, attendu au Caire les 28 et 29 avril, a décidé de maintenir sa visite, a indiqué un haut responsable du Vatican dans un entretien avec un quotidien italien.

Pour Mustapha Kamel al-Sayyid, professeur de sciences politiques à l'Université du Caire, l'adoption de l'état d'urgence relance les inquiétudes au moment où toutes les voix d'opposition sont réprimées.

"Sous M. Sissi, on voit que les arrestations et les jugements concernent également des gens qui n'ont aucun lien avec des actes terroristes", met en garde l'expert, en référence aux militants de l'opposition.

Avec AFP

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