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Kinshasa dans l'attente après la suspension des négociations


Le président Joseph Kabila lors d'une réunion à Addis Ababa, Ethiopie, le 24 février 2013.

Kinshasa a passé un dimanche calme, dans l'expectative et sous forte surveillance policière et militaire, après la suspension des pourparlers pour sortir de la crise politique en République démocratique du Congo, où le président Kabila achève son mandat mardi sans que son successeur ait été élu.

Toute la journée, les forces de l'ordre ont été déployées en très grand nombre dans cette mégapole de 10 millions d'habitants, selon des journalistes de l'AFP et des témoins.

"On attend de voir ce qui va se passer", a confié Alphonse, contremaître dans une société de nettoyage.

"Ce n'est pas comme d'habitude, on est vraiment inquiet", a expliqué à l'AFP Atine Butela, 25 ans, qui tient un salon de coiffure. "Chacun essaie de faire des provisions parce qu'on ne sait pas ce qui va se passer (...). Si la tendance était bonne, on sentirait un apaisement au niveau de nos cités mais malheureusement ce n'est pas le cas".

Les sportifs qui s'entraînent chaque dimanche au petit matin près de l'emblématique stade Tata-Raphaël sont venus moins nombreux que d'habitude.

Néanmoins, à une semaine de Noël, les gens ont afflué normalement vers les églises dans ce pays chrétien à 80%.

La RDC traverse une crise politique profonde depuis la réélection de Joseph Kabila en novembre 2011 lors d'un scrutin marqué par des fraudes massives. Le report sine die de la présidentielle qui devait se tenir cette année a exacerbé les tensions.

Âgé de 45 ans, M. Kabila est au pouvoir depuis 2001 et la Constitution lui interdit de se représenter.

Samedi soir, les évêques catholiques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) ont annoncé la suspension de leur médiation en vue d'un accord sur une transition politique jusqu'à l'élection d'un successeur à M. Kabila, qui entend entretemps se maintenir au pouvoir

Prière pour le Congo

Ces discussions de la dernière chance n'ont enregistré aucun progrès sur les points qui divisent le plus les deux délégations en présence: d'un côté la majorité et une frange minoritaire de l'opposition qui se sont entendues en octobre sur un partage du pouvoir, de l'autre une coalition autour de l'opposant historique Étienne Tshisekedi, qui rejette cet accord et exige la tenue de la présidentielle en 2017 et l'assurance que M. Kabila ne cherchera pas à briguer un nouveau mandat.

Appelés à Rome pour une visite au pape prévue de longue date, les évêques ont annoncé une reprise des négociations mercredi, après leur retour.

Du Vatican, le pape François a exhorté "tous (les fidèles à) prier afin que le dialogue en République démocratique du Congo se déroule dans la sérénité afin d'éviter toute sorte de violence".

Le "Rassemblement" de l'opposition avait menacé de jeter la population dans les rues dès le 19 décembre en cas d'échec des négociations pour forcer M. Kabila à quitter le pouvoir.

Il n'a cependant lancé aucun mot d'ordre public en ce sens après la suspension des discussions. Des tracts circulent néanmoins en ville rappelant que le mandat de M. Kabila "est fini" mardi et exhortant à reprendre la capitale congolaise "rue par rue".

Avant l'ouverture des négociations, les évêques avaient dit craindre que le pays ne sombre dans "une situation incontrôlable" faute d'accord.

La communauté internationale a formulé les mêmes inquiétudes et fait pression sur les deux parties.

L'Union européenne a appelé "au sens des responsabilités de tous afin d'atteindre un accord qui reste à portée de main".

'Responsabilité historique'

De son côté, la Mission de l'ONU au Congo (Monusco) a lancé "un appel au calme et à la retenue", estimant que "les acteurs politiques congolais (avaient) la responsabilité historique de parvenir à un consensus négocié sur la tenue des élections".

Depuis 2011, des centaines de personnes ont été tuées dans des violences à caractère politique au Congo. Les dernières en date ont fait une cinquantaine de morts à Kinshasa en septembre.

La RDC n'a connu aucune alternance démocratique depuis son indépendance.

État-continent de 70 millions d'habitants, l'ex-Zaïre a été ravagé par deux guerres entre 1996 et 2003, et sa moitié est reste déchirée par les conflits armés.

L'immense majorité de la population vit dans la misère et ses conditions ne font qu'empirer avec la crise économique qui frappe le pays depuis 18 mois.

A Lubumbashi (sud-est) et Goma (est), comme à Kisangani (nord-est), la même ambiance d'incertitude sous fort contrôle sécuritaire qu'à Kinshasa a régné toute la journée, selon des journalistes de l'AFP, alors que la population se préparait à l'entrée en vigueur, à 23h59 (22h59 GMT), de la coupure ou du filtrage des réseaux sociaux ordonné par le gouvernement jusqu'à nouvel ordre.

Avec AFP

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