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Journée mondiale des toilettes: à Kinshasa, l'angoisse des lieux d'aisance


Une femme nettoie ses toilettes dans le quartier de Kindele à Kinshasa le 17 novembre 2017.

Un trou derrière des tôles, pas d'eau courante, peu d'assainissement... A Kinshasa, des millions d'habitants font leurs besoins dans des conditions sanitaires déplorables, tout comme 2,4 milliards d'habitants dans le monde, selon les Nations Unies qui organisent dimanche la journée mondiale des toilettes.

L'immense majorité des 70 à 90 millions d'habitants de la République démocratique du Congo n'a pas accès à des "toilettes améliorées" qui préservent l'hygiène et l'intimité des utilisateurs, selon le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef).

Cette pénurie pose d'autant plus problème que le pays connaît cette année une recrudescence du choléra, la "maladie des mains sales" (44.071 cas suspects, 882 décès en 2017, contre 29.000 cas en 2016, selon l'OMS).

A Kinshasa, en l'absence d'une politique publique d'ensemble, la qualité des lieux d'aisance varie fortement selon le standing social, à l'image d'une mégapole d'environ dix millions d'habitants où des ilôts de richesse prospèrent au milieu d'un océan de pauvreté.

Aucun problème pour les privilégiés de la "République de la Gombe", qui abrite le palais présidentiel, les ambassades et les ministères, les banques et les grandes sociétés, les résidences des classes aisées et des expatriés: c'est le domaine des toilettes propres avec eau courante pour l'hygiène des mains et l'assainissement.

L'affaire se complique dans la "Cité" - les 23 autres communes de "Kin-la-belle" que certains Kinois rebaptisent par dérision "Kin-la-poubelle".

Dans la commune populaire de Matete, Junior, 25 ans, ne se plaint pas trop du bloc sanitaire construit en dur à l'écart de la maison dans la cour de la "parcelle" familiale.

Pas d'eau courante mais un robinet et des seaux pour nettoyer les toilettes et la douche mitoyenne, avec des carreaux blancs sur les murs et de la faïence un peu noircie au sol.

Les eaux usées et les excréments partent sous une dalle en ciment dans une fosse qu'un prestataire vient vider tous les deux ou trois ans pour quelques dizaines de dollars.

"Ce n'est pas le grand standing, mais c'est un peu propre", résume ce diplômé en communication des organisations sociales.

Ces conditions d'hygiène feraient le bonheur de ses voisins de quartier qui vivent à la lisière d'une décharge publique, quelques rues plus loin - et plusieurs échelons plus bas dans l'implacable hiérarchie sociale.

"Nous souffrons ici. S'il pleut, ça inonde la dalle. Les WC débordent. Les déchets envahissent la maison", s'énerve Vicky Somo, un jeune père de famille devant son bloc sanitaire. On devine le contenu des latrines à travers des trous dans la dalle de béton.

Un peu plus loin, à côté d'un lieu de culte à l'air libre, les lieux d'aisance se résument à un simple trou creusé à même le sol, protégé des regards par quelques tôles ondulées et un drap.

- "On souffre avec la typhoïde" -

D'après les habitants, les eaux usées s'écoulent dans une rivière qui sépare Matete d'un camp militaire. Le cours d'eau est bordé de part et d'autre par une montagne de déchets en tous genres (sacs plastiques, vieilles bouteilles...) qui font le bonheur des mouettes et le malheur des hommes.

"Tôt ou tard, il y aura des gens qui vont souffrir du choléra. Pour le moment, on souffre avec la typhoïde", affirme Nadine Bondo, qui se présente comme une étudiante en théologie, auteure d'un mémoire "Eglise face au changement climatique".

Non loin de Matete, sur une colline derrière l'université, le quartier de Kindele "est un faubourg" construit sans plan d'urbanisme, résume un habitant Justin Makuba.

"Pour avoir des toilettes bien construites, il faut avoir des sous. Dans le cas contraire, on fore des toilettes manuellement. Quand les toilettes sont pleines, on fait la même chose autre part", explique-t-il. En recouvrant le trou précédent.

En milieu rural (60% de la population), la situation est encore pire avec la "défécation à l'air libre" qui reste un vecteur de maladie, s'inquiète l'Unicef, à l'origine d'un programme "écoles et villages assainis", comme à Kisthini, à 80 km de Kinshasa.

"Avant, nous faisions nos toilettes d'une manière archaïque. On creusait des petits trous. Maintenant, les notions de propreté et d'hygiène ont été intégrées par les élèves", affirme le directeur-adjoint de l'école, Alain Motango, devant un bloc sanitaire pour filles et garçons.

L'infirmier du village, Jeannot Corneille Nkano Mosseo, évoque une diminution des infections génitales chez les femmes.

Malgré l'installation d'une "borne-fontaine", l'eau manque encore parfois pour l'hygiène des mains et l'entretien des toilettes dans ce village-modèle qui bénéficie aussi de l'aide de la Corée du Sud.

Au moins 2,4 milliards de personnes de par le monde n'ont pas accès aux toilettes, d'après l'ONU, qui s'inquiète des conséquences sur la santé et le développement.

Avec AFP

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