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Le journaliste slovaque assassiné enquêtait sur de possibles liens avec la mafia italienne


Un hommage au journaliste Jan Kuciak, à Bratislava, Slovaquie, le 27 février 2018.

Le journaliste slovaque assassiné Jan Kuciak enquêtait sur une affaire de corruption à haut niveau en Slovaquie impliquant la mafia italienne et des politiques, a révélé dans la nuit de mardi à mercredi le site d'informations pour lequel il travaillait et qui a publié, avec d'autres médias, une version inachevée de son article.

L'opposition a réclamé la démission du ministre de l'Intérieur et du chef de la police de ce petit Etat de la zone euro, leur reprochant de n'avoir pas pris au sérieux les menaces envers le journaliste et de ne pas l'avoir placé sous protection.

Les corps du journaliste et de sa compagne, Martina Kusnirova, ont été découverts dimanche dans leur maison à Velka Maca, à environ 65 kilomètres à l'est de Bratislava. Ce meurtre a provoqué un choc en Slovaquie. Des dirigeants de l'UE et d'organisations internationales l'ont fermement condamné.

Jan Kuciak, 27 ans, travaillait pour le site aktuality.sk, appartenant à l'Allemand Axel Springer et au Suisse Ringier. Il se spécialisait dans les affaires de corruption, dont celles concernant les possibles liens entre le monde des affaires et le parti SMER-SD du Premier ministre Robert Fico.

aktuality.sk et d'autres médias ont publié à minuit une version inachevée de son article, portant sur les relations politiques présumées d'hommes d'affaires italiens soupçonnés d'être liés à la mafia calabraise 'Ndrangheta qui opèrerait dans l'est de la Slovaquie.

"Deux personnes proches d'un homme arrivé en Slovaquie alors qu'il était accusé dans une affaire de mafia en Italie ont l'accès quotidien au Premier ministre" slovaque, écrivait Jan Kuciak dans son texte intitulé "La mafia italienne en Slovaquie, ses lutins s'étendent à la politique".

"Les Italiens liés à la mafia ont trouvé un second foyer en Slovaquie: ils ont commencé à faire des affaires, recevoir des subventions, collecter des fonds européens, mais surtout établir des relations avec des personnalités politiques influentes, jusqu'au gouvernement slovaque", ajoutait-il.

"Ils possédaient ou possèdent toujours des dizaines d'entreprises, dont la valeur s'élève à plusieurs dizaines de millions d'euros", écrivait Jan Kuciak.

Le principal quotidien slovaque, SME, avait évoqué ces détails mardi matin, s'attirant les critiques de M. Fico.

"Lier, sans preuve à l'appui, des gens innocents avec un double homicide c'est franchir la ligne", a-t-il reproché aux journalistes, en montrant des piles de billets représentant une prime d'un million d'euros pour toute information sur le crime.

'Assassinat brutal'

Ce meurtre intervient après celui à Malte en octobre 2017 de la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia qui avait dénoncé la corruption sur l'île méditerranéenne.

Le ministre slovaque de l'Intérieur Robert Kalinak a déclaré souhaiter que l'équipe d'enquêteurs comprenne un journaliste, probablement le rédacteur en chef d'aktuality.sk.

M. Kalinak a indiqué que les enquêteurs "communiquaient" avec l'Italie.

Le chef de la police, Tibor Gaspar, selon qui le meurtre était "très probablement" lié aux investigations de Jan Kuciak, a demandé la retenue aux journalistes, lançant: "comment pouvons-nous faire notre travail efficacement si vous alertez les personnes qui pourraient être impliquées".

Mais le député conservateur d'opposition Igor Matovic a appelé les deux hommes à la démission: "Kalinak et Gaspar sont responsables de la sécurité des gens dans ce pays et en raison de leur incapacité à empêcher cet assassinat brutal, ils devraient démissionner".

Connu pour ses commentaires acerbes envers des journalistes qu'il a qualifiés de "simples hyènes idiotes" ou "sales prostituées anti-Slovaques", le Premier ministre a rencontré mardi les responsables des principaux médias pour leur assurer "que la protection de la liberté d'expression et la sécurité des journalistes" était "une priorité" pour son gouvernement.

A Bratislava, des centaines de personnes continuaient de se rassembler à la mémoire du journaliste et une manifestation anti-corruption était prévue mercredi après-midi.

"Nous pensions que nous vivons dans un pays démocratique et maintenant nous voyons de jeunes gens mourir pour la vérité, alors que les problèmes restent sans solution", a déclaré à l'AFP Magdalena Socanska.

Avec AFP

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