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Jacob Zuma s'accroche mais l'ANC se fracture

Le sud-africain Jacob Zuma arrive à une cérémonie, en Afrique du Sud, le 6 août 2017.

La presse sud-africaine estimait mercredi que l'échec de la motion de défiance la veille contre le président Jacob Zuma n'était qu'une victoire en demi-teinte pour le chef de l'Etat, le vote relativement serré exprimant des divisions profondes au sein du parti au pouvoir.

Mardi soir, il n'a manqué que 24 voix (sur 400) pour que la motion de défiance présentée par l'opposition contre M. Zuma soit votée par les députés.

Si les rangs de l'opposition ont fait bloc, ils ont enregistré le soutien d'une trentaine de députés du Congrès national africain (ANC, au pouvoir), encouragés à voter contre le président Zuma par l'organisation du scrutin à bulletin secret.

Sur les quatre motions qui ont visé M. Zuma depuis 2015, c'est la première fois que le président s'en sort avec une si faible marge.

"Combien de temps le président Jacob Zuma va-t-il pouvoir survivre après le vote de mardi qui n'est qu'une courte victoire pour ceux qui soutiennent sa présidence ?", s'interrogeait mercredi l'hebdomadaire Mail and Guardian sur son site.

"C'est peut-être une victoire pour Zuma. Mais sur le long terme on peut voir ça comme une défaite majeure pour l'ANC", ajoute Richard Calland, professeur à l'université du Cap, dans un éditorial pour le site News24.

Car depuis le début du deuxième mandat de Jacob Zuma, démarré en 2014, le parti de feu Nelson Mandela ne cesse de perdre du terrain dans l'opinion.

Abus de bien sociaux pour la rénovation de sa maison privée, multiples accusations de corruption et soupçons de collusion avec une grande famille d'affaires, les Gupta: la liste des scandales autour de M. Zuma s'allonge de mois en mois.

Et ce n'est pas l'état de l'économie sud-africaine qui traverse une mauvaise passe avec une récession, un chômage record (27,7%) et une note souveraine dégradée en catégorie spéculative qui peut aider le président à regagner des points.

Epuisement d'un modèle

Les élections municipales de 2016 l'ont bien prouvé: sous la férule de Jacob Zuma, l'ANC s'affaiblit.

Le parti au pouvoir depuis la fin de l'apartheid en 1994 avait enregistré l'an dernier un score historiquement bas (moins de 54% au niveau national) et perdu le contrôle de plusieurs grandes villes du pays, dont Johannesburg et la capitale Pretoria.

"On assiste à l'épuisement d'un modèle politique post-colonial où un mouvement de libération arrive au pouvoir, s'installe, puis se transforme en un vaste réseau de clientélisme et perd sa légitimité au bout de 20 ans", note Achille Mbembe historien à l'université du Wits à Johannesburg, interrogé par l'AFP.

"L'opposition va continuer sa campagne contre Zuma, c'est l'épouvantail qu'ils agitent et qui leur permet d'engranger au niveau politique. Hier l'ANC n'a jamais prononcé le mot constitution ou démocratie, c'est l'opposition qui l'a fait, ils sortent renforcés", poursuit-il.

Mardi soir, les principaux leaders d'opposition gardaient ainsi des motifs d'espoir malgré leur courte défaite.

"Notre travail est en train de produire des résultats. Nous disons aux Sud-Africains que nous faisons des progrès et que nous allons y arriver. C'est un gros éléphant que nous allons manger morceau par morceau", promettait Julius Malema, leader des Combattants pour la liberté économique (EFF)

"Le résultat d'aujourd'hui doit motiver les sud-africains à s'organiser, à s'impliquer pour aider à construire un nouveau gouvernement en 2019", date des prochaines élections générales, lançait Mmusi Maimane, le chef de l'Alliance Démocratique, principal parti d'opposition.

Après leur relatif échec au Parlement, les opposants comptent désormais sur la justice pour faire tomber Jacob Zuma.

Le président est en effet sous la menace de la réouverture de 783 charges de corruption dans une vieille affaire de contrat d'armement.

Pourra t-il tenir encore deux ans et aller au bout de son mandat? La question va assurément agiter les rangs de l'ANC dans les mois à venir.

"Je ne serai pas étonné que les choses se précipitent et que Zuma soit dégagé avant décembre 2017", prédit Achille Mbembe.

Si le calendrier est respecté, le parti doit élire en décembre, son nouveau président qui sera le chef de file pour les élections générales de 2019.

L'ANC devra choisir entre deux camps: celui des fidèles au président emmené par l'ex-patronne de l'Union Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma contre celui des réformistes de Cyril Ramaphosa, l'actuel vice-président.

Avec AFP

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Un million de voix pour la liberté

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Une femme à la tête du Palais du peuple à Kinshasa

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Cyclone Idai au Mozambique : des femmes victimes d'abus sexuels en échange de nourriture

Une Mozambicaine est allongée dans un lit d'hôpital avec son nouveau-né dans la maternité Murrupelane de Nacala, dans la province de Nampula, au Mozambique, le 5 juillet 2018.

Des Mozambicaines, victimes du cyclone Idai en mars, sont contraintes à des rapports sexuels pour obtenir de l'aide humanitaire, a dénoncé jeudi Human Rights Watch (HRW), appelant les autorités à enquêter sur cette exploitation "cruelle".

Des responsables communautaires, dont certains liés au parti au pouvoir Frelimo, ont exigé auprès de victimes du cyclone d'être payés pour inclure leur nom sur la liste des bénéficiaires de l'aide humanitaire, a expliqué HRW dans un communiqué.

Mais "dans certains cas, des femmes sans moyens ont été contraintes d'avoir des relations sexuelles avec des responsables locaux en échange d'un sac de riz", a ajouté l'ONG.

"L'exploitation sexuelle de femmes qui se battent pour nourrir leur famille après le cyclone Idai est révoltante et cruelle et devrait immédiatement cesser", a estimé le directeur de HRW pour l'Afrique australe, Dewa Mavhinga.

Selon une travailleuse humanitaire citée par l'ONG, des listes de distribution de l'aide humanitaire excluaient des foyers présidés par des femmes.

"Dans certains villages, des femmes et des enfants n'ont pas vu de nourriture pendant des semaines. Elles feraient n'importe quoi pour obtenir de la nourriture, y compris avoir des rapports sexuels avec des hommes", a-t-elle expliqué citée par HRW.

Dans le district de Nhamatanda (centre), trois femmes interrogées par HRW ont affirmé avoir été contraintes, par des responsables locaux, de se prostituer.

Quand la distribution de nourriture a débuté le 6 avril, l'une d'entre elles a constaté que son nom ne figurait pas sur la liste des bénéficiaires.

Un responsable du Frelimo s'est alors rendu à son domicile avec un sac de riz, un sac de farine et un kilo de haricots. "Quand il est arrivé, il a placé les sacs par terre et a commencé à se toucher et m'a dit que c'était maintenant à mon tour de le remercier", a témoigné la mère de famille.

"J'ai dit à mes enfants d'aller chez une amie. Quand ils sont partis, j'ai couché avec lui", a-t-elle raconté, citée par HRW.

Le passage d'Idai dans le centre du Mozambique a fait plus de 600 morts dans le pays, et un millier au total dans la région. Il a aussi fait des centaines de milliers de sans-abri dans la zone.

Le Mozambique, pays pauvre de l'Afrique australe, devrait être frappé jeudi par un autre cyclone, Kenneth, attendu cette fois-ci dans l'extrême nord de son territoire.

Au Soudan, la destitution de Béchir libère la créativité des graffeurs

Des journalistes soudanais manifestent contre les restrictions des libertés de la presse à Khartoum, au Soudan, le 15 novembre 2017.

"Sans autorisation, il était inimaginable de peindre un mur, n'importe lequel, mais cette révolution a tout changé” : pour Lotfy Abdel Fattah comme pour d'autres graffeurs soudanais, la destitution du président Omar el-Béchir après 30 ans de pouvoir a libéré leur créativité, longtemps étouffée.

Autrefois de couleur grise, les murs du quartier général de l'armée à Khartoum sont devenus une gigantesque toile pour les graffeurs, qui se sont également emparés d'autres parois de la capitale pour exprimer leur art.

Ornant les murs du QG militaire, des peintures représentent les manifestants aux poings serrés ou faisant le "V" de la victoire. Le 11 avril, après quatre mois d'une contestation populaire inédite, l'armée a renversé le président Béchir, qui régnait sans partage depuis 1989.

A proximité du siège de l'armée, devant lequel des manifestants continuent de camper jour et nuit pour réclamer l'instauration d'un pouvoir civil, des drapeaux soudanais et des portraits des leaders de la contestation ont été peints.

"Même s'ils sont effacés un jour, les dessins laisseront une trace indélébile dans l'esprit des gens", prédit à l'AFP Lotfy Abdel Fattah, 35 ans, un artiste spécialisé dans les beaux-arts.

Au Soudan, les graffitis ont été pendant des années un art clandestin, considérés par les agents de sécurité comme un symbole de contre-pouvoir ou comme du vandalisme pur et simple, alors que s'exerçait une censure vigoureuse.

Mais tout a changé le 6 avril, lorsque des manifestants se sont rassemblés par milliers devant le siège de l'armée, malgré les tirs de gaz lacrymogènes, pour réclamer la destitution du président Béchir par les militaires.

- "Peindre tous les murs" -

Dès le lendemain de ce rassemblement, des artistes ont commencé à esquisser des dessins sur les murs de la capitale.

"Les gens ont apprécié nos dessins et nous avons estimé qu'il fallait commencer à peindre tous les murs", explique à l'AFP Amir Saleh, 26 ans, tout en traçant un graffiti sur un mur du QG de l'armée.

"Tous ces murs étaient nus. Avec d'autres artistes, nous les avons recouverts de graffitis", indique-t-il. "Nous voulions simplement raconter l'histoire de ce qu'il se passe ici".

M. Saleh a pris part aux rassemblements anti-gouvernementaux dès le mois de décembre, au tout début de la contestation, déclenchée par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain. De nombreux dessins s'inspirent du principal slogan du mouvement, "Liberté, paix, justice", remarque-t-il.

"La révolution doit continuer", estime-t-il. "La liberté et la sécurité sont en jeu".

De nombreux graffitis veulent souligner la nature pacifique du mouvement de contestation : l'un d'eux représente ainsi un poing serré qui fait face à deux grosses munitions.

"Cela montre simplement que la détermination du peuple à faire tomber Béchir était plus grande que les balles avec lesquelles ses forces de sécurité ont accueilli les manifestations", analyse Belal Abdelrahman, 26 ans, qui badigeonne un mur de teintes orangées fluorescentes en compagnie d'autres artistes.

Des graffeurs ont aussi peint une arme avec une fleur rouge dépassant du canon.

Une façon de garder en tête la violente répression du mouvement par les forces de sécurité, avant la chute de M. Béchir. Selon un bilan officiel, 65 personnes sont mortes depuis le début de la contestation en décembre.

"Les manifestations sont pacifiques et elles le resteront", assure M. Abdelrahman.

- Première bouffée de liberté -

Abdel Fattah dessine sur les murs de la capitale depuis plus de dix ans, malgré les difficultés et risques. Désormais, il souhaite avant tout montrer dans ses dessins le futur du Soudan, qu'il imagine radieux.

"Je représente généralement le Soudan comme un pays recouvert d'une verdure luxuriante et de fleurs pour montrer qu'il a beaucoup à offrir", dit-il.

Même si les graffeurs soudanais apprécient leur première bouffée de liberté, tous se plaignent d'un manque de matériel.

Les graffitis "devraient être faits avec des bombes de peinture mais il n'y en a pas et c'est très cher à importer", explique M. Abdelrahman, qui, comme les autres, utilise de la peinture classique.

La situation économique du Soudan, confronté à un grave déficit en devises étrangères, s'est empirée au fil des années.

Le mouvement de contestation pourrait fragiliser davantage l'économie, ce qui n'entame pas la détermination des manifestants, ni celle des artistes.

"Nous voulons un Soudan plus ouvert, qui accepte l'art et promeut la liberté d'expression", dit M. Saleh.

"Ce n'est que le début de la révolution", promet-il, disant espérer "que tout le Soudan se parera de couleurs lumineuses".

La Libye demande à l'ONU d'enquêter sur les attaques à Tripoli

Les forces de sécurité libyennes patrouillent près du site d'une attaque contre un poste de contrôle dans la ville de Zliten, à 170 km à l'est de la capitale Tripoli, le 23 août 2018.

La Libye a demandé au Conseil de sécurité de l'ONU d'envoyer une équipe d'inspecteurs pour enquêter sur les violences contre des civils dans la capitale Tripoli, selon une lettre publiée jeudi.

Selon le Gouvernement d'union nationale (GNA) libyen, reconnu par la communauté internationale et soutenu par l'ONU, les forces de l'Armée nationale libyenne (ANL), du maréchal Khalifa Haftar, ont tué des civils, détruit des propriétés, recruté des enfants soldats et utilisé de l'artillerie lourde.

Les combats, concentrés autour de Tripoli, ont fait au moins 278 morts et 1.332 blessées en plus de trois semaines de conflit, selon le dernier bilan de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Après une rapide progression, les forces du maréchal Haftar font face à une contre-offensive des troupes loyales au GNA, qui les ont repoussées au sud de Tripoli.

La lettre de l'ambassadeur libyen à l'ONU demandant au Conseil de sécurité d'envoyer des enquêteurs date du 18 avril.

Le Conseil, divisé autour de la question libyenne, n'a pas réussi à adopter la résolution proposée par le Royaume-Uni et demandant un cessez-le-feu.

La Russie s'est opposée à ce texte qui critique spécifiquement le maréchal Haftar alors que les Etats-Unis ont demandé plus de temps pour étudier la situation.

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