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Guinée

Heurts à Conakry et en province, le référendum et les législatives perturbés

Affrontements entre la police anti-émeutes et des manifestants dans le quartier de Sonfonia à Conakry, le 14 octobre 2019. (Photo: Reuters)

Bureaux de vote attaqués, matériel électoral incendié, heurts entre forces de l'ordre et opposants: des violences perturbaient dimanche en Guinée le référendum constitutionnel et les législatives, boycottés par l'opposition qui accuse le président Alpha Condé de se frayer une voie vers un troisième mandat.

Le vote, prévu de 08H00 à 18H00 (GMT et locale), a commencé à l'heure indiquée dans une école du centre-ville de Conakry, près du palais présidentiel, a constaté un journaliste de l'AFP.

Mais à Ratoma (banlieue de Conakry, des partisans de l'opposition ont attaqué des gendarmes devant des bureaux de vote dans une école. Une autre école dans la même zone a été attaquée et le matériel électoral saccagé, en l'absence d'électeurs, selon un journaliste de l'AFP et des témoins.

Des affrontements sont survenus dans des banlieues de Conakry comme Cosa, Hamdallaye, Dar-es-salam et Lambanyi où des jeunes de l'opposition ont attaqué les policiers et les gendarmes sécurisant le vote, selon un journaliste de l'AFP et des témoins.

Les forces de l'ordre, caillassées, pourchassaient ces jeunes et lançaient contre eux des grenades lacrymogènes, selon les mêmes sources. Des tirs ont été entendus dans des endroits de Conakry, selon un journaliste de l'AFP et des témoins.

Des troubles ont également eu lieu à Mamou (centre), à Boké (ouest) et à N'Zérékoré (sud-est), selon des témoins.

Du matériel électoral a également été détruit dans des localités comme Kobéla (sud), Dinguiraye (nord-est) et Konah (nord-est), selon d'autres témoins.

Joints dimanche par l'AFP, des responsables de l'administration territoriale (Intérieur) n'avaient pas réagi.

"J'espère que tout se passera dans la paix et la tranquillité et que le peuple guinéen, comme en 1958, montrera sa maturité", a déclaré, après avoir voté à Conakry, le président Condé, en allusion au non de la Guinée, ex-colonie française, au référendum qui a ouvert la voie à l'indépendance de ce pays ouest-africain. Il n'a pas évoqué les incidents en cours.

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Le référendum constitutionnel et les législatives avaient été reportés à la dernière minute il y a trois semaines dans un climat de vives tensions.

C'est surtout la Constitution qui déchaîne les passions. Depuis mi-octobre, des dizaines, voire des centaines de milliers de Guinéens sont descendus dans la rue contre l'intention prêtée à M. Condé d'essayer de se succéder à lui-même fin 2020.

Au moins 31 civils et un gendarme ont été tués. Des dizaines d'opposants ont été arrêtés et jugés. Les brutalités policières sont constamment dénoncées.

M. Condé, 82 ans, a été élu en 2010 et réélu en 2015. L'actuelle Constitution limite à deux le nombre de mandats, la nouvelle que propose M. Condé également.

Mais, accusent ses opposants, elle lui permettrait de remettre son compteur à zéro.

- Fichier électoral -

M. Condé assure qu'il s'agit de doter son pays d'une Constitution "moderne". Elle codifierait l'égalité des sexes, interdirait l'excision et le mariage des mineurs. Elle veillerait à une plus juste répartition des richesses en faveur des jeunes et des pauvres. Mais M. Condé entretient le flou sur sa volonté ou pas de briguer un troisième mandat.

Les remises en cause internationales quant à la crédibilité du vote se sont succédé, étayées par la présence sur les listes électorales de 2,5 millions de noms douteux, soit le tiers du fichier.

Les recommandations des organisations internationales sur le fichier ont été "intégralement prises en compte", a affirmé le président Condé dans un discours publié samedi sur la page Facebook de la présidence guinéenne, promettant des scrutins "transparents".

"On n'a aucune preuve que cette opération (de nettoyage du fichier) a été effectuée", a dit à l'AFP le principal opposant, Cellou Dalein Diallo.

L'opposition avait promis de boycotter le vote et d'en empêcher la tenue. La persistance depuis plusieurs semaines des troubles n'a pas dissuadé le gouvernement d'organiser les scrutins, pas même l'apparition récente du coronavirus.

- Covid-19 -

La Guinée a déclaré deux cas de contamination dont un a été guéri, a annoncé samedi le gouvernement. La présence du Covid-19 suscite l'attention dans un pays où la fièvre Ebola a fait 2.500 morts entre 2013 et 2016.

"J'ai comme l'impression que notre pays prend les choses à la légère", s'émeut Amadou Oury Bah, banquier et homme politique. "Au lieu de donner congé aux enfants pour une période conséquente pour limiter la propagation de cette maladie, les autorités sont plutôt intéressées par leur campagne électorale".

Le parti au pouvoir appelle à aller voter. "Nous insistons sur le strict respect des règles hygiéniques" dimanche, a dit un de ses responsable Fodé Cissé.

Des chefs d'Etat ouest-africains ont annulé leur mission de bons offices au cours de la semaine en Guinée. Avant le vote initialement prévu le 1er mars, deux grandes organisations régionales avaient renoncé à déployer ou avaient rappelé leurs observateurs.

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Décès de Mory Kanté, maître suprême de la Kora

Mory Kanté sur scène lors de la 46e édition du Festival international de Carthage, au théâtre romain de Carthage, près de Tunis, le 13 juillet 2010. (Photo FETHI BELAID / AFP)

Mory Kanté, star guinéenne de renommée mondiale, est décédé vendredi à Conakry, a-t-on appris de diverses sources concordantes. Il avait 70 ans.

Kanté, que beaucoup surnommaient affectueusement "griot électrique", était connu à travers le monde pour sa maîtrise de la Kora, un instrument à percussion d'origine ouest-africaine.

Il a façonné son style selon la tradition des griots d'Afrique de l'Ouest, fier de sa culture mandingue.

"La culture africaine est en deuil. Mes condoléances les plus attristées... Merci l'artiste. Un parcours exceptionnel. Exemplaire. Une fierté", a écrit le président Alpha Condé sur son compte Twitter.

"Immense perte pour notre pays. Ton héritage artistique et culturel est éternel. En ces Jours Saints, que Dieu accueille Mory Kanté dans son Royaume", a renchéri le ministre Moustapha Naïté.

"Je ressens un énorme vide aujourd'hui avec le départ de ce baobab de la Culture Africaine. Repose en paix", a écrit pour sa part le chanteur et ancien ministre sénégalais Youssou Ndour.

Guinée: sept morts dans des heurts liés au coronavirus et à l'électricité

La police guinéenne arrete un manifestant

Sept personnes ont été tuées mardi à Conakry et dans le nord-ouest de la Guinée lors de heurts avec les forces de l'ordre liés à des barrages routiers contre le coronavirus et aux coupures d'électricité, a-t-on appris auprès de la police.

"Il y a eu cinq morts à Coyah et un Dubréka", deux préfectures proches de Conakry où des manifestants ont "protesté contre l'érection de barrages" pour isoler la capitale à cause du coronavirus, a déclaré à l'AFP le porte-parole de la police, le commandant Mory Kaba.

A Coyah, ils ont saccagé la police et la gendarmerie, selon le commandant Kaba.

A Kamsar, près de la ville minière de Boké (nord-ouest), une personne est morte quand "les gens ont manifesté contre les coupures de courant", a indiqué la même source. La victime est "morte par balle", a dit à l'AFP une source médicale.

A Coyah et Dubréka, des barrages de la police et de la gendarmerie ont été érigés pour empêcher de prendre le chemin de Conakry alors que cette ville est un lieu de travail et de commerce de nombre d'habitants de ces deux préfectures.

Des manifestants ont également affirmé être "lassés de se faire racketter et maltraités" par les forces de l'ordre avant d'entrer et de sortir de Conakry, selon des témoins.

La Guinée, un des pays d'Afrique de l'Ouest les plus touchés par le coronavirus, a déclaré 2.213 cas confirmés dont 771 guéris et 11 décès.

Pauvre malgré d'importantes ressources naturelles, elle fait partie de ces pays où l'état du système sanitaire suscite l'inquiétude face à la pandémie.

Le virus Ebola y a tué 2.500 personnes entre fin 2013 et 2016.

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