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Guinée

Les autorités guinéennes interdisent une manifestation anti-Condé prévue jeudi

Les manifestations des Guinéens contre le 3ème mandat du président Alpha Condé, le 7 novembre 2019. (Photo: CELLOU BINANI / AFP)

Les autorités guinéennes ont décidé mercredi d'interdire des manifestations contre le président Alpha Condé prévues jeudi par l'opposition, qui a appelé à maintenir les protestations.

La situation est tendue en Guinée, quelques jours après le report par son chef d'Etat d'un référendum constitutionnel controversé et d'élections législatives qui devaient se tenir le 1er mars.

"La marche prévue est interdite", a écrit Seydouba Sacko, maire d'une commune de Conakry, dans une note adressée au Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), un collectif de partis et d'organisations de la société civile opposé au projet prêté au président Condé, élu en 2010 et réélu en 2015, de briguer un troisième mandat à la fin de l'année.

M. Sacko, maire de Matoto, s'exprimait au nom de toutes les communes devant être traversées par la manifestation, qui devait emprunter l'autoroute Fidel Castro.

L'opposition entend maintenir la pression, après plus de quatre mois d'une contestation qui a coûté la vie à au moins 30 civils et un gendarme.

Le président Condé a annoncé vendredi un "léger report" du double scrutin, après de vives critiques sur le fichier électoral, estimant toutefois qu'il ne devait pas être de plus de deux semaines.

La marche, "qui devait être perçue comme une expression de la bonne foi du FNDC, a reçu une fin de non-recevoir. Cette attitude prouve à suffisance que M. Alpha Condé et ses sbires persistent dans leur logique de confrontation et de violence contre le FNDC", a réagi le collectif.

Il a appelé à braver l'interdiction en prenant part à des marches séparées dans les communes de Conakry et dans une vingtaine de villes, ont indiqué à l'AFP plusieurs de ses responsables.

M. Sacko a justifié l'interdiction par la préparation de la Journée internationale des droits des femmes (dimanche) et par "la présence d'une délégation de la Cédéao".

Le président Condé a fait appel à une mission d'experts électoraux de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) pour aider à "établir un fichier électoral fiable et créer les conditions d'un scrutin crédible, libre et transparent", selon les autorités guinéennes.

L'organisation internationale de la Francophonie (OIF) a jugé "problématiques" près de 2,5 millions de noms d'électeurs figurant sur les listes, avec des doublons et la présence de défunts.

L'opposition dénonce toutefois la présence parmi les experts de la Cédéao de personnes qu'elle juge proches du pouvoir guinéen.


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Trois ans de prison ferme pour un opposant guinéen

Le président de la Guinée, Alpha Condé vote dans les urnes lors des élections présidentielles à Conakry le 18 octobre 2020.

La Cour d'appel de Conakry a condamné jeudi à trois sans de prison ferme un opposant au président Alpha Condé, poursuivi notamment pour "diffusion de fausses nouvelles et attroupement illégal" lors du grand mouvement de contestation contre un troisième mandat du chef de l'Etat guinéen.

"La Cour retient Oumar Sylla, alias Foniké Mangué, dans les liens de la culpabilité et le condamne à trois ans d'emprisonnement ferme", a déclaré le président de la Cour, Seydou Keita.

Le Parquet avait requis le 3 juin une peine de deux ans de prison contre M. Sylla, détenu depuis près d'un an à Conakry.

Une trentaine de partisans de l'opposant ont manifesté leur réprobation dans la salle et aux abords de la Cour d'appel, dans le centre de Conakry, en scandant des slogans comme "Justice corrompue", "Abus de 3e mandat" ou encore "Alpha Condé zéro", a constaté un correspondant de l'AFP.

Les avocats de M. Sylla ont indiqué qu'ils introduiraient un pourvoi en cassation devant la Cour suprême.

M. Sylla était initialement poursuivi dans deux affaires devant deux tribunaux distincts, pour "diffusion de fausses nouvelles et menaces de mort" d'une part, et "attroupement illégal non armé, participation à une manifestation interdite et trouble à l'ordre public" de l'autre.

Il avait été relaxé le 11 janvier dans la première affaire mais le Parquet avait fait appel. Dans la deuxième affaire, il avait été condamné le 28 janvier à 11 mois de prison, et avait fait appel.

Les deux affaires avaient finalement été jointes par la Cour d'appel.

Lors de son procès en appel, M. Sylla n'a pas répondu aux questions du procureur qui lui demandait s'il reconnaissait avoir dit sur une radio privée que M. Condé "est un dictateur, un sanguinaire, un tueur" ou avoir "demandé à la foule de faire un assaut final sur les institutions".

M. Sylla est le responsable de la mobilisation du FNDC, coalition de partis, de syndicats et d'organisations de la société civile qui a mobilisé pendant des mois à partir d'octobre 2019 contre un troisième mandat du président Condé.

La contestation, plusieurs fois brutalement réprimée, a fait des dizaines de morts. M. Condé, 83 ans, a néanmoins été proclamé vainqueur dès le premier tour de la présidentielle du 18 octobre dernier.

La chasse aux motos taxis est ouverte à Conakry

Des policiers arrêtent un chauffeur de moto-taxi à Conakry le 29 mai 2021.

"Même si tu mets un gendarme derrière chaque conducteur de moto taxi, il finira par corrompre ce gendarme et continuera à te narguer".


Policiers et motocyclistes jouent au chat et à la souris dans le centre de Conakry depuis que les autorités y ont interdit les motos taxis, essentielles aux conducteurs pour vivre et aux clients pour échapper aux bouchons endémiques de la capitale guinéenne.

Le jeu peut dégénérer, comme quand deux policiers en tenue bleu marine empoignent un pilote récalcitrant lors d'un contrôle. En plein jour sous le regard de passants déconcertés, un policier déséquilibre le conducteur d'une clé aux jambes et lui passe les menottes, montrent des images de l'AFP.

Les confrontations tendues ne sont pas rares entre usagers et forces de l'ordre dans un pays où circuler est une épreuve à cause de l'engorgement et du délabrement des routes, où les policiers sont régulièrement montrés du doigt pour leur brutalité et où beaucoup survivent comme ils peuvent.

Cependant, les altercations et les courses poursuites sont devenues encore plus fréquentes depuis que la police a dénoncé le 5 mai à la télévision nationale la "prolifération intempestive" des motos taxis à Kaloum, quartier des ministères et des affaires, en contravention d'un décret d'août 2016.

"Dès ce jeudi 6 mai, aucune circulation de moto taxi ne sera autorisée" à Kaloum, a asséné le lieutenant-colonel Mory Kaba, un porte-parole du ministère de la Sécurité ; les contrevenants "verront leur moto confisquée et gardée en fourrière jusqu'à nouvel ordre".

Il y a quelques jours, des jeunes faisaient la queue devant la police routière pour récupérer leur moto, moyennant 200.000 francs guinéens (environ 16,7 euros), une grosse somme ici, a constaté un correspondant de l'AFP.

Ces motards ne sont pas seulement privés de leur véhicule, mais de leur gagne-pain, dans un des pays les plus pauvres du monde.

Fauteurs de désordre

Abdoul Karim Bah, 27 ans, diplômé en droit, cherche du travail depuis trois ans. "Mon frère commerçant, qui m'a soutenu pendant mes études universitaires, m'a acheté une moto et m'a dit: +Va te débrouiller comme tous les diplômés chômeurs de ton âge+", relate-t-il.

Lui et ses collègues gagnent entre 100.000 GNF et 125.000 GNF (8,3 et 10,4 EUR) par jour, dit-il. Une bonne partie sert à payer la moto et ses charges ou est reversée au propriétaire du véhicule, selon les cas. Il lui reste l'équivalent de 2,5 euros par jour, indique-t-il.

C'est un revenu ou un appoint bienvenu. Les clients aussi y trouvent leur intérêt. Entrer ou sortir de Kaloum en voiture, c'est prendre le risque d'un trajet à durée indéterminée.

Monter derrière une moto peut revenir nettement plus cher qu'une voiture parce le passager ne partage pas la course avec d'autres clients. Mais le gain de temps est considérable.

Seulement, dit le capitaine Issa Camara, de la police routière, les conducteurs de moto "sèment le désordre partout où ils passent. Ils s'arrêtent n'importe où et n'importe comment".

Plus de 100 personnes ont été tuées en Guinée depuis le début de l'année dans des accidents causés par les motos taxis, dit un haut responsable de la police.

"Nous avons tous les problèmes du monde" pour contrôler cette "prolifération", dit Mamadou Baïlo Tounkara, responsable du syndicat des motos taxis à Ratoma, une subdivision de Conakry.

Aveu d'impuissance

Une petite partie du secteur est formalisée. Dans la nuée des deux-roues qui sillonnent Conakry, les taxi-motards adhérents à un syndicat se reconnaissant à leur gilet numéroté d'une couleur différente selon les quartiers. Eux aussi ont régulièrement maille à partir avec les agents.

Mais les clandestins pullulent sous l'effet de la crise.

"Tous ceux qui ont échoué dans la vie, tous les diplômés sans emploi qui n'ont rien appris dans la conduite des motos se sont versés dans cette activité, certes génératrice de revenus, mais extrêmement dangereuse", dit Mamadou Baïlo Tounkara.

Un responsable de l'administration de Kaloum avoue l'impuissance à combattre le phénomène. "Même si tu mets un gendarme derrière chaque conducteur de moto taxi, il finira par corrompre ce gendarme et continuera à te narguer", dit-il sous le couvert de l'anonymat pour ne pas paraître dénigrer les autorités.

Certains tombent quand même entre les griffes des policiers.

"Je sais que c'est interdit. Mais nous, on n'a pas de boulot. On a ça comme boulot", se désole Mamadou Bachir Diallo, masque anti-Covid sous le menton. Si on ne voit pas les jeunes traîner dans la rue "à faire du thé, c'est parce qu'il y a la moto".

"C'est de l'injustice", se récrie-t-il, "parce qu'il y a des policiers qui ont des motos et leurs petits (leurs enfants, NDLR) roulent chaque jour ici et on les arrête pas".

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