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Côte d'Ivoire

Guillaume Soro riposte en dénonçant un coup du pouvoir

L'ex-président de l'Assemblée National Guillaume Soro

L'ex-chef de la rébellion ivoirienne et candidat à la présidentielle de 2020, Guillaume Soro, a dénoncé mardi la volonté du pouvoir de l'empêcher de se présenter, après son retour avorté la veille et l'arrestation de ses partisans.

Adepte des réseaux sociaux, M. Soro a donné dans une série de messages sur son compte Twitter sa version de son rocambolesque retour manqué lundi, fustigé l'arrestation de ses partisans et attaqué son ancien allié devenu adversaire, le président ivoirien Alassane Ouattara.

En froid avec le pouvoir depuis près d'un an, l'ex-président de l'Assemblée nationale, toujours député, fait désormais l'objet d'un "mandat d'arrêt international" de la justice ivoirienne pour "tentative d'atteinte à l'autorité de l'Etat". Ce mandat a été émis lundi, le jour même de son retour prévu, selon le procureur de la République d'Abidjan, Richard Adou.

Des "éléments en possession des services de renseignement" établissent "clairement que le projet devait être mis en oeuvre incessamment", a affirmé le procureur sur la télévision publique lundi soir, semblant évoquer un coup de force envisagé, 20 ans après le coup d'Etat de 1999 du général Robert Guei.

M. Soro devait rentrer dans son pays, après six mois d'absence. Ses militants l'attendaient impatiemment pour lancer sa campagne électorale pour la présidentielle d'octobre 2020. Mais son avion privé a finalement atterri au Ghana.

Dans ses tweets, Il explique que le commandant de bord de son jet privé a été informé en vol que l'avion "pourrait faire l'objet d'un assaut" à l'aéroport d'Abidjan et a décidé de se dérouter vers l'aéroport d'Accra.

Selon M. Soro, les autorités ghanéennes lui ont cependant interdit de débarquer de son avion, qui a dû redécoller.

Une source aéroportuaire à Accra a indiqué à l'AFP que l'avion de M. Soro s'était posé brièvement avant de repartir "vers l'Europe". Selon son entourage, il se trouvait mardi en Espagne.

- 'brutalité de la répression' -

A Abidjan lundi, les forces de l'ordre déployées en grand nombre ont empêché tout regroupement des partisans de M. Soro à l'aéroport et dans la ville. Puis lundi après-midi, elles ont donné violemment l'assaut au siège du parti Générations et Peuples solidaires (GPS), où étaient regroupés une bonne centaine de militants. Quinze partisans de M. Soro ont été arrêtés, dont des députés, notamment son bras droit Alain Lobognon, selon le procureur.

"La brutalité de la répression qui s'est abattue sur les adhérents de GPS et de tous les partis politiques proches (...) est inacceptable", écrit M. Soro, qui voit dans toute cette affaire la main du pouvoir ivoirien et une tentative de l'empêcher de se présenter à la présidentielle.

"Déjà en septembre 2019, suite aux révélations d'un sondage qui établissait mon avance en cas de la tenue l'élection présidentielle, la décision avait été prise de m'écarter de la course", affirme M. Soro.

Ce chrétien du Nord ivoirien, âgé de 47 ans, a annoncé sa candidature à la magistrature suprême le 18 octobre. Il est vu comme un challenger sérieux par les analystes politiques, qui le disent populaire, notamment auprès de la jeunesse.

"Aux dernières heures j'apprends que je suis l'objet d'un mandat d'arrêt international. Qui aurait cru cela possible de l'homme providentiel venu du FMI ?", poursuit M. Soro, visant directement le président Ouattara, ancien dirigeant du Fonds monétaire international.

Guillaume Soro a longtemps été le meilleur allié d'Alassane Ouattara, qu'il a aidé à porter au pouvoir pendant la crise post-électorale de 2010-2011 avec l'appui de la rébellion des Forces nouvelles qu'il dirigeait. Nommé Premier ministre, puis président de l'Assemblée nationale, ses relations se sont progressivement dégradées avec le chef de l'Etat, qui voulait brider ses ambitions présidentielles, selon les observateurs. Jusqu'à la rupture début 2019.

Dix ans après la crise post-électorale de 2010-2011 qui fait 3.000 morts, la prochaine présidentielle s'annonce tendue. Les élections municipales et régionales de 2018 avaient été marquées par de nombreuses violences et des fraudes.

Alassane Ouattara et l'ex-président Henri Konan Bédié, devenu leader de l'opposition, laissent planer le mystère sur leur possible candidature. L'ex-président Laurent Gbagbo, toujours populaire, est en liberté conditionnelle en Belgique après son acquittement par la Cour pénale internationale, qui fait l'objet d'un appel.

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VOA60 Afrique du 7 mai 2021

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La BCEAO retire ses réserves de change de la tutelle de la Banque de France

Deux personnes échangent de l'argent à Abidjan, le 31 décembre 2004.

Cinq milliards d'euros de réserves de change des Etats ouest-africains utilisant le franc CFA sont en cours de transfert de la France vers la Banque centrale ouest-africaine, conformément à la réforme de cette monnaie, a indiqué mardi à l'AFP une source proche du dossier.

La Banque de France "est en train de transférer des fonds qui appartenaient aux Etats africains", a indiqué à l'AFP cette source requérant l'anonymat, précisant le montant des fonds: "cinq milliards d'euros".

Sollicitée par l'AFP, la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) dont le siège est à Dakar, a décliné tout commentaire sur ce transfert.

Le franc CFA est la monnaie commune à huit pays membres de l'Union monétaire ouest-africaine (UMOA) - Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo - et à six Etats de la Communauté économique ét monétaire de l'Afrique centrale (Cémac) -Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée Equatoriale et Tchad.

Seuls les pays de l'UMOA sont concernés par ce transfert.

La réforme du franc CFA - qui ne concerne pour l'heure que la zone UMOA - a été annoncée en décembre 2019 à Abidjan par les présidents français et ivoirien, respectivement Emmanuel Macron et Alassane Ouattara, pour répondre au feu de critiques contre cette monnaie qui est perçue comme une relique du temps de la colonisation.

La réforme prévoit notamment que la BCEAO n'est plus désormais tenue de déposer la moitié de ses réserves de change auprès de la Banque de France.

Les pays de la Cémac, eux, vont continuer de le faire.

Pour l'économiste togolais Kako Nubukpo, connu pour ses positions critiques vis-à-vis du franc CFA, "cette décision pourrait inciter les Etats de la zone franc à renouveler les modalités de placement de leurs réserves de change et de gestion de la trésorerie des banques centrales".

Cela pourrait aussi les inciter à "imaginer un régime de change moins rigide que celui qui existe actuellement, à savoir la parité fixe entre le franc CFA et l'euro", maintenue par la réforme.

L'économiste plaide également pour une réflexion sur "le rôle des réserves de change dans la transformation structurelle des économies de la zone Franc", estimant que "cette période Covid-19 pousse à une utilisation active des réserves de change pour relancer l'économie mondiale".

La réforme prévoyait aussi un changement de nom, toujours pas effectif, le franc CFA devant devenir l'eco, et le retrait de la France des instances de gouvernance de l'UMOA.

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