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Les derniers efforts de départ négocié de Jammeh se prolongent au-delà de l'ultimatum


Un homme brandit une affiche avec inscription : "C’est fini pour Yahya Jammeh !" au milieu des manifestants en liesse à Serrekunda, Gambie, 19 janvier 2017.

Les discussions des présidents mauritanien et guinéen vendredi à Banjul avec Yahya Jammeh pour le convaincre de partir et de céder le pouvoir se poursuivaient encore plus de six heures après l'expiration de l'ultimatum d'une force ouest-africaine, éloignant une reprise des opérations militaires.

Le Mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz et le Guinéen Alpha Condé arrivés dans l'après-midi, après l'horaire de l'ultimatum fixé à 12H00 par la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao, 15 pays) à Yahya Jammeh pour céder le pouvoir au nouveau président Adama Barrow.

Ils comptent proposer à M. Jammeh "des pistes de solution, notamment un exil dans un pays de son choix", a affirmé à l'AFP à Conakry le secrétaire général de la présidence guinéenne, Kiridi Bangoura.

Les trois hommes ont eu deux séries d'entretiens, avant et après la grande prière du vendredi, selon une source diplomatique mauritanienne jointe à Banjul.

Contrairement à la Mauritanie, république islamique comme la Gambie - depuis une proclamation surprise de M. Jammeh en 2015 - la Guinée appartient à la Cédéao, dont cinq pays ont fait entrer jeudi leurs troupes en territoire gambien, pour forcer au départ M. Jammeh qui n'entend pas céder le pouvoir.

Cette opération baptisée "Restaurer la démocratie" a été lancée peu après la prestation de serment d'Adama Barrow, élu au scrutin présidentiel du 1er décembre, à l'ambassade gambienne à Dakar, la capitale sénégalaise, où il est accueilli depuis le 15 janvier à la demande de la Cédéao.

Mais, pour permettre une "dernière médiation" afin de convaincre Yahya Jammeh de partir en exil, l'opération militaire a été suspendue, et la Cédéao avait fixé à M. Jammeh un ultimatum jusqu'à vendredi à midi, mais dépassé de facto.

"C'est la Cédéao qui prendrait la décision" d'une reprise des opérations, a simplement expliqué à l'AFP le porte-parole de l'armée sénégalaise, le colonel Abdoul Ndiaye.

Allégeance à Barrow des forces de sécurité

C'est la deuxième fois cette semaine que le président mauritanien se rend à Banjul pour tenter de trouver une issue à la crise en Gambie.

Lors de cette visite, "le président Jammeh m'avait donné son accord pour renoncer au pouvoir pour l'intérêt de son pays et du peuple gambien. Les choses se sont précipitées par la suite", a déclaré M. Ould Abdel Aziz à Nouakchott vendredi.

L'envoyé spécial de l'ONU en Afrique de l'Ouest Mohamed Ibn Chambas était également à Banjul pour appuyer les efforts de médiation, selon des sources diplomatiques.

Concernant l'offre d'exil, des sources politiques ont notamment évoqué une offre d'asile en Guinée ou au Maroc - la Première dame, Zineb Jammeh, est de mère marocaine et de père guinéen, et Rabat s'est aussi impliqué dans la recherche d'une solution. Ont aussi été cités comme probables pays d'accueil la Mauritanie et le Qatar.

Selon des journalistes sur place, la nuit a été calme à Banjul qui, après l'investiture d'Adama Barrow, a été le théâtre de manifestations de joie que les militaires déployés dans la ville n'ont pas tenté de disperser. Mais vendredi la ville était déserte dans l'attente du dénouement de cette crise.

Le chef d'état-major de l'armée, le général Ousman Badjie, longtemps considéré comme un pilier du régime, qui a participé à cette liesse, a fait allégeance vendredi au président Barrow, de même que le chef de la police, Yankuba Sonko, et celui des douanes, Momat Cham, a indiqué une source gouvernementale à l'AFP.

Le général Badjie a également écarté les risques d'effusion de sang, déclarant que si les troupes africaines reprenaient leur avance, ses hommes les accueilleraient "avec une tasse de thé".

Arrivé au pouvoir en 1994, Yahya Jammeh a suscité un concert de réprobations depuis qu'il a annoncé le 9 décembre qu'il contestait l'élection d'Adama Barrow, une semaine avoir pourtant reconnu sa défaite.

Imperméable aux pressions et lâché par plusieurs de ses ministres, il a assuré qu'il demeurerait en place tant que la justice n'aurait pas statué sur ses recours électoraux.

Dans une dernière volonté de montrer qu'il restait maître à Banjul, il a annoncé la dissolution du gouvernement dans un communiqué diffusé par la radiotélévision d'Etat GRTS. Les affaires courantes de tous les ministères seront gérées par la présidence, selon le texte.

Par crainte de troubles ou de violences, plus de 45.000 personnes ont fui la Gambie depuis le début de l'année, en majorité vers le Sénégal, a indiqué vendredi le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Avec AFP

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