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FMI : la crise migratoire, un fardeau ou une aubaine économique pour l'Europe ?

Des réfugiés et des migrants arrivent en Grèce, le 13 janvier 2016. (REUTERS/Alkis Konstantinidis - RTX225XR)

Dans un rapport publié mercredi, le FMI plaide pour une intégration "rapide" des migrants et réfugiés sur le marché du travail, sans toutefois nier l'ampleur de la tâche.

C'est une autre facette du débat brûlant sur la crise de réfugiés en Europe : leur afflux plombera-t-il une économie encore convalescente ou dynamisera-t-il l'activité en renouvelant une population active vieillissante ?

Dans un rapport publié mercredi 20 janvier, les experts du Fonds monétaire international (FMI) apportent des éléments de réponse en plaidant pour une intégration "rapide" des migrants au marché du travail, sans toutefois nier l'ampleur de la tâche.

"Avec un taux de chômage élevé dans plusieurs pays européens, l'intégration des réfugiés (...) pourrait prendre plus de temps qu'ailleurs", prévient ce rapport qui doit être officiellement présenté mercredi par la patronne du FMI, Christine Lagarde, au Forum de Davos.

La question est pressante : plus d'un million de demandeurs d'asile, dont près de la moitié de Syriens, sont arrivés en Europe en 2015 et le flot ne se tarit pas malgré l'arrivée de l'hiver.

Impact mitigé à court terme

A court terme, cette vague migratoire sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale aura un impact mitigé, selon le FMI : les dépenses publiques liées à l'accueil des réfugiés se traduiront mécaniquement par une "modeste" accélération de la croissance économique mais elles pèseront également sur les finances des Etats.

Cette année, ce coût devrait être minime pour la France (0,06 % du PIB mais plus conséquent pour l'Autriche (0,31%) et pour l'Allemagne (0,35%), principal pays d'accueil en Europe, selon les calculs de l'institution.

Etrangement, le Fonds ne livre pas d'estimation pour la Grèce, qui voit pourtant les migrants affluer sur ses côtes et doit par ailleurs respecter de stricts objectifs budgétaires fixés par ses bailleurs de fonds internationaux.

A moyen terme, l'impact économique de cette vague migratoire dépendra "grandement" de la capacité des réfugiés à trouver un travail et à payer des impôts et des charges sociales, martèle le FMI.

La formation et l'éducation en question

En présentant mardi ses prévisions économiques mondiales, l'institution avait fait sonner une note plutôt sombre en évoquant un "grave problème" pour la capacité d'absorption des marchés du travail en Europe.

Son rapport se montre plus optimiste en jugeant "possible" que les nouveaux venus en Europe soient mieux formés et éduqués que leurs prédécesseurs issus des mêmes pays.

Un cinquième des réfugiés syriens arrivés entre 2013 et 2014 en Allemagne auraient ainsi suivi des études supérieures, un taux très proche de celui de leur pays d'accueil.

Mais les obstacles ne manquent pas : la barrière de la langue, les problèmes d'équivalence de diplômes mais aussi l'interdiction faite aux demandeurs d'asile de travailler pendant l'examen de leur dossier.

Le FMI préconise de "minimiser" ces restrictions et avance même l'idée, politiquement risquée, de lever "temporairement" l'obligation faite aux employeurs de verser le salaire minimum quand ils emploient des demandeurs d'asile.

Cette option doit être "étudiée avec soin" au regard du risque de créer des "dualités sur le marché du travail" qu'il pourrait ensuite être "difficile" de supprimer, reconnaît d'ailleurs le FMI.

Jugement réservé

Elle pourrait également nourrir un ressentiment vis-à-vis des réfugiés, en en faisant des "concurrents" sur le marché du travail, souligne le rapport qui assure par ailleurs qu'un afflux de migrants peu qualifiés pourrait "nuire" aux travailleurs du bas de l'échelle.

L'insertion professionnelle des réfugiés est pourtant cruciale pour qu'ils contribuent à l'impôt et réduisent l'ardoise à payer par les pays d'accueil, tout en limitant le risque "d'exclusion sociale", note le FMI.

En se fondant sur des précédents historiques, le rapport affirme que l'immigration produit généralement un "léger" impact positif sur les finances des pays d'accueil mais réserve son jugement sur les effets de la vague actuelle.

"Il y a une incertitude considérable sur le nombre à venir et l'origine des prochains réfugiés, sur la proportion qui seront autorisés (et voudront) s'installer à long terme, et sur leur succès dans l'intégration du marché du travail", note le Fonds.

Avec AFP

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La traque des exoplanètes récompensée par le Nobel de physique 2019

Les Nobel de physique 2019 James Peebles, Michel Mayor et Didier Queloz.

La cosmologie arbore une nouvelle compréhension de l’Univers depuis le début des travaux des Nobel de Physique 2019, le Canado-Américain James Peebles, un pionnier de la théorie du Big Bang, et les Suisses Michel Mayor et Didier Queloz, les premiers à avoir révélé l'existence d'une exoplanète.

Les trois chercheurs ont contribué à "une nouvelle compréhension de la structure et de l'histoire de l'univers", a souligné l'Académie royale des sciences de Suède lors de l’annonce du Nobel le 8 octobre, estimant que leurs travaux avaient "changé à jamais nos conceptions du monde".

L’astrophysicien James Peebles, 84 ans, pionnier du Modèle standard en cosmologie avec la matière noire et l'énergie noire, a étudié dès les années 60 le rayonnement fossile et ses rapports avec la naissance des galaxies et des grandes structures qui les rassemblent.

Illustration représentant l'exoplanète rocheuse LHS 1140 en orbite autour d’une étoile naine rouge à 40 années-lumière de la Terre, qui pourrait être le nouveau détenteur du titre «meilleur endroit pour rechercher des signes de vie au-delà du système solaire.»
Illustration représentant l'exoplanète rocheuse LHS 1140 en orbite autour d’une étoile naine rouge à 40 années-lumière de la Terre, qui pourrait être le nouveau détenteur du titre «meilleur endroit pour rechercher des signes de vie au-delà du système solaire.»

"Ses travaux nous ont révélé un univers dont seulement 5% du contenu est connu (…) Le reste, soit 95%, est de la matière noire inconnue et de l'énergie noire", a précisé l'académie. Peebles reconnait là tout le mystère, bien qu’il estime sa théorie "entièrement testée".

Le tandem d’astrophysiciens Michel Mayor, 77 ans, et Didier Queloz, 53 ans, récompensés pour la découverte de la première exoplanète en orbite autour d'une étoile sur la séquence principale, avait révélé l’existence de 51 Pegasi b en octobre 1995. Sur cette lancée, la quête d'une planète qui auraient des caractéristiques similaires à la Terre, favorables à la vie, se poursuit inlassablement. A ce jour, 4.118 exoplanètes ont été répertoriées, mais très peu seraient situées dans la zone habitable de leur étoile.

En Avril 2017, la planète LHS 1140b, située à 40 années-lumière de la Terre, a été citée comme pouvant héberger des signes de vie. La nouvelle venue au compteur des découvertes spatiales venait alors rejoindre un groupe de sept planètes extrasolaires, dont l’existence avait été révélée en février de la même année. Plus réjouissant encore, trois d’entre elles orbitant autour de l’étoile TRAPPIST-1 pourraient abriter des océans.

Illustration de trois exoplanètes en orbite autour de l’étoile naine TRAPPIST-1. Au moins sept planètes gravitent autour de cette étoile à 39 années-lumière de la Terre.
Illustration de trois exoplanètes en orbite autour de l’étoile naine TRAPPIST-1. Au moins sept planètes gravitent autour de cette étoile à 39 années-lumière de la Terre.

"Comme l'étoile est très petite, les planètes laissent une grosse trace. Elles passent juste devant, et les planètes ont la taille de la Terre. Elles font un gros transit et cela devient relativement facile d'aller chercher des détails comme l'effet de l'atmosphère autour de ces planètes", avait déclaré en février 2017 à VOA Afrique Didier Queloz, coauteur de l'étude, récompensé cette année pour la fameuse 51 Pegasi b découverte 24 ans plus tôt. Le nouveau télescope James Webb, un joyau en matière de précision, permettra de découvrir si ces merveilles possèdent une atmosphère et abritent la vie, s’était alors réjoui M. Queloz.

L’astrophysicien Didier Queloz, Nobel de physique 2019, devant le laboratoire Cavendish de l'Université de Cambridge en Grande Bretagne. Il partage ce Nobel avec James Peebles et Michel Mayor. (photo Fred Lewsey/Cambridge University).
L’astrophysicien Didier Queloz, Nobel de physique 2019, devant le laboratoire Cavendish de l'Université de Cambridge en Grande Bretagne. Il partage ce Nobel avec James Peebles et Michel Mayor. (photo Fred Lewsey/Cambridge University).

"Les recherches du professeur Queloz ont permis de découvrir que les planètes sont abondantes dans notre galaxie, en orbite autour d'autres étoiles. Nous pouvons maintenant estimer qu'il y a des dizaines de milliards d’exoplanètes potentiellement habitables", a souligné le professeur Andy Parker, chef du laboratoire Cavendish de l'Université de Cambridge en Grande-Bretagne. "Cela nous rapproche encore plus de la question de savoir si nous sommes seuls dans l'univers: il semble de plus en plus probable que la vie sous une forme quelconque aura trouvé un pied dans ces nombreux nouveaux mondes", a-t-il ajouté.

A noter que le prix Nobel de physique se distingue par la rareté notoire de récipiendaires femmes depuis sa création en 1901. Seulement trois femmes ont été récompensées contre environ 300 hommes: la Canadienne Donna Strickland en 2018 pour des recherches sur les lasers de haute précision utilisés en médecine, l'Américaine Maria Goeppert-Mayer en 1963 pour des études sur la structure en couches du noyau atomique, et la Française Marie Curie en 1903, qui décrocha également le Nobel de Chimie en 1911.

Soit une femme primée tous les soixante ans parmi une centaine d’hommes récompensés.

TRAPPIST-1: l’astrophysicien Didier Queloz, joint par Nathalie Barge
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Entretien VOA du 23 février avec Didier Queloz, colauréat du Nobel de physique 2019:

Didier Queloz: Comme l'étoile est très petite, les planètes laissent une grosse trace. Elle passe juste devant, et les planètes ont la taille de la Terre. Elles font un gros transit et quand on a un transit relativement important, cela devient relativement facile d'aller chercher des détails comme par exemple l'effet de l'atmosphère autour de ces planètes (…) C'est unique au monde et c'est vraiment quelque chose qui va apporter une nouvelle information sur le monde des exoplanètes, à savoir: est-ce que les planètes qui ont à peu près la densité de la Terre -donc probablement, qui ont des structures identiques à celles de la Terre- ont toutes des atmosphères? Et si elles ont des atmosphères, quelle est la nature et la structure de leurs atmosphères?

VOA Afrique: Trente-neuf années-lumière, qu'est-ce que cela représente?

D. Queloz: En termes astronomiques, c'est vraiment tout près mais il est vrai qu’en termes humains, c'est extrêmement éloigné. Donc, là, on parle de distances astronomiques. Dès que vous voulez aller vers une autre étoile, vous êtes déjà à des distances qui sont inhumaines. Donc il faut complètement oublier la notion de distance. Par contre, quand vous comparez les distances de ces étoiles avec les distances de toutes les étoiles de la galaxie, alors elles sont extrêmement proches parce que la galaxie à 100 millions d'années-lumière de taille, et l'univers a, à peu près, 16 milliards d'années-lumière de taille. Donc là on est vraiment dans la banlieue autour du système solaire.

VOA Afrique: Est-ce qu'il est possible que certaines de ces planètes soient habitables?

D. Queloz: Il y en a trois dans la zone habitable mais, encore une fois, ça ne veut absolument rien dire. Parce que, par exemple, Vénus, dans notre système solaire, est dans la zone habitable, mais on ne peut pas y habiter car son atmosphère ne permet pas d'y vivre. En fait, je crois que c'est là l'avancée exceptionnelle qu’il y a avec cette découverte, et ça, on pourra le faire. C'est une première mondiale. Cela n'était pas possible, ça ne sera pas possible pour toutes les planètes trouvées, mais c'est effectivement possible pour celles-ci. Donc demain, on va vraiment avoir une démarche scientifique et à partir des données, on va tirer des conclusions. Et là, on va pouvoir avoir un modèle de l'atmosphère de ces planètes, et on pourra répondre à votre question.

VOA Afrique: Est-ce que la présence d'eau implique automatiquement la présence de vie?

D. Queloz: Personne ne sait rien par rapport à cela. La seule chose que l'on constate, c'est qu’il y a de l’eau sur terre et de la vie. Mais l'eau est une molécule banale. On en voit partout dans l'univers. Il n'y a rien d'exceptionnel. L'eau, c'est vraiment très simple: hydrogène-oxygène. L'oxygène est un des sous-produits de la formation stellaire. L'hydrogène est partout depuis le début dans l'univers, donc l'eau, il y en a dans le système solaire, il y en a partout. (…) On s'attend à la trouver. Si on ne la trouve pas, ça pose des questions. (…) Et il y a effectivement une théorie sur Terre qui dit que l'eau qu'on a sur terre est peut-être venue des comètes qui sont tombées sur la Terre. Toutes ces questions, on peut commencer à y répondre. Donc c’est en cela qu’il est très intéressant d'aller voir s'il y a de l'eau sur ces planètes. Cela nous apporte un élément d'information sur notre propre histoire également.

VOA Afrique: C'est une découverte extraordinaire en effet. Alors à quoi vous attendez-vous maintenant?

D. Queloz: (…) Actuellement, on mesure cette étoile avec le télescope spatial dont l'objectif est d’essayer d'aller dire quelque chose sur leur atmosphère. C'est très difficile d'arriver à prédire ce qui va se passer mais ce qui est parfaitement sûr, c'est qu'on va avoir le contenu de l'atmosphère de toutes ces planètes. Alors, qu'est-ce qu'on va y trouver? Je n'en sais rien. On pourrait très bien réaliser qu'elles ont toutes des atmosphères et que trois ou quatre ont de l'eau liquide, comme on pourrait très bien réaliser que toutes n’ont aucune atmosphère et qu'elles sont complètement sèches parce que, dû à leur histoire et à la radiation de l'étoile, l'atmosphère a disparu. Vraiment, ça fait partie de l'exploration scientifique. On a entamé une aventure. L'aventure n'est pas terminée. Elle commence et on emporte le public avec nous pour l’amener au fil de la découverte. Et c'est comme ça que la science se passe.

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