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Fin de cavale pour un leader de la contestation au Maroc


Nasser Zefzafi, leader de la contestation populaire dans la région du Rif, dans le nord du Maroc, harangue la foule à Al-Hoceima, Maroc, 18 mai 2017.

En cavale depuis deux jours, le leader de la contestation populaire dans le nord du Maroc, Nasser Zefzafi a été arrêté lundi après avoir défié l'Etat pendant plus de six mois.

Nasser Zefzafi a été interpellé au petit matin "en compagnie d'autres individus", et transféré dans la foulée à Casablanca, selon le parquet d'Al-Hoceïma (nord), qui n'a pas précisé les circonstances exactes de l'arrestation.

M. Zefzafi était recherché depuis vendredi soir par la justice pour avoir interrompu le prêche d'un imam à la mosquée Mohammed V, la principale de la ville d'Al-Hoceïma.

Il était accusé d'avoir "insulté le prédicateur", "prononcé un discours provocateur" et "semé le trouble". Il fait désormais, avec les personnes qui l'accompagnaient au moment de son arrestation, l'objet d'une enquête pour "atteinte à la sécurité intérieure de l'Etat et d'autres actes constituant des crimes en vertu de la loi", a précisé le procureur.

Ce chômeur de 39 ans était devenu ces derniers mois le visage du mouvement populaire, le "hirak" (la mouvance), qui secoue la région du Rif où la mort en octobre 2016 d'un vendeur de poisson, broyé accidentellement dans une benne à ordures, avait suscité l'indignation.

Au fil des mois, la contestation, menée par un petit groupe d'activistes locaux derrière Zefzafi, a pris une tournure plus sociale et politique, pour exiger le développement du Rif, -marginalisé selon eux- dans un discours identitaire teinté de conservatisme et de références islamiques.

Dans ses harangues enflammées diffusées sur Facebook, Zefzafi n'a eu de cesse de s'en prendre au pouvoir, dénonçant la "dictature", "la corruption" ou encore la "répression" de "l'Etat policier".

Il tenait ainsi d'innombrables "conférences de presse" en direct sur les réseaux sociaux, dans les rues de sa ville ou depuis le salon familial, sous les couleurs du drapeau rouge et blanc de l'éphémère république du Rif des années 1920 et le portrait de son fondateur Abdelkrim el-Khattabi, vainqueur du colonisateur espagnol.

Très populaire -en particulier parmi les jeunes- dans sa ville natale d'al-Hoceïma, où il est parvenu à mobiliser des milliers de manifestants, il était aussi l'objet de critiques pour ses surenchères, ses propos parfois très violents et la manière dont il a écarté plusieurs partisans du mouvement.

En réponse à la contestation, l'Etat -à grand renfort de visites ministérielles et annonces officielles-, avait relancé ces dernières semaines tout un catalogue de projets de développement pour la région, érigée en "priorité stratégique", tout en disant vouloir "favoriser la culture du dialogue".

- Familles sans nouvelles -

Vendredi, Zefzafi avait interrompu le prêche de l'imam à la mosquée Mohammed V. "Est-ce que les mosquées sont faites pour Dieu ou le makhzen (pouvoir, ndlr)?" s'était-il écrié, selon une vidéo de l'incident, s'en prenant à "ceux qui veulent faire capituler le Rif" et aux "étrangers qui viennent violer nos femmes".

Pour l'Association marocaine des droits humains en revanche, c'est "l'insistance" de l'imam "à mobiliser les fidèles contre les manifestations" qui "a suscité l'ire des militants du hirak" présents.

Zefzafi a pu échapper à des policiers venus l'interpeller à la sortie de la mosquée, avant de se réfugier au domicile familial, et de disparaître dans la nature, diffusant au passage une vidéo dans laquelle il a appelé la population à "marcher à ses côtés" de façon "pacifique".

La police a procédé depuis lors à 22 arrestations, visant essentiellement le noyau dur du "hirak", selon un décompte officiel. Un avocat a fait état de 70 interpellations.

Vendredi et samedi, des heurts nocturnes avaient opposé manifestants et policiers à Al-Hoceïma, et dans d'autres localités de la province, comme Imzouren. Les policiers sont intervenus en force pour éteindre ces foyers de contestation.

Des sit-in de "solidarité" ont été par ailleurs organisés dimanche soir dans plusieurs villes du pays, et notamment à Nador (nord), où la presse a fait état de l'arrestation d'un journaliste algérien du journal El Watan.

Lundi à la mi-journée, l'activité était normale et la situation calme à Al-Hoceïma, où des dizaines de familles étaient néanmoins rassemblées près de la grande place centrale devant le tribunal et le commissariat de la ville pour avoir des nouvelles de leurs proches interpellés.

Avec AFP

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