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Les séparatistes catalans se disent prêts pour le référendum


La Catalogne promet d'annoncer son indépendance si elle gagne les élections d'octobre

A deux jours d'un référendum d'autodétermination interdit, les dirigeants indépendantistes catalans se sont dits déterminés vendredi à organiser le scrutin en ouvrant 2.300 bureaux de vote, malgré les efforts de Madrid pour les empêcher.

Le face-à-face entre Madrid et les séparatistes en Catalogne, une des pires crises traversées par l'Espagne depuis qu'y a été rétablie la démocratie, a ainsi atteint son paroxysme et menace de plonger ce pays dans un scénario aux conséquences incalculables.

"Finalement, il y aura 2.315 bureaux de vote" dimanche, dont 207 à Barcelone, a assuré le porte-parole du gouvernement régional indépendantiste Jordi Turull, soit presque autant que les 2.700 installés aux dernières élections régionales, en 2015.

Au cours d'une conférence de presse, M. Turull a précisé que 5,3 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes et que 7.300 personnes veilleraient au bon déroulement du scrutin dans cette région fortement divisée sur la question de l'indépendance.

Aux côtés du vice-président régional Oriol Junqueras et du responsable des relations internationales Raul Romeva, le porte-parole a pour la première fois présenté une urne en plastique transparent portant l'écusson de l'exécutif catalan.

Les forces de l'ordre ont saisi des millions de bulletins de vote mais recherchent toujours les urnes que les indépendantistes veulent utiliser pour ce référendum interdit par la Cour constitutionnelle.

Des bureaux de vote insolites

Certains bureaux de vote seront installés dans des lieux inhabituels comme des centres de santé, voire sous des tentes dressées sur les places publiques.

Une organisation qualifiée de "chaotique" par le porte-parole du gouvernement central, Inigo Mendez de Vigo.

La ministre espagnole de la Santé, Dolors Montserrat, s'est déclaré convaincue qu'au lendemain du 1er octobre il ne resterait plus au président catalan, Carles Puigdemont, qu'à "démissionner, convoquer de nouvelles élections régionales et assumer ses responsabilités face à la justice".

Madrid a multiplié les mesures judiciaires et les opérations de police ces dernières semaines, provoquant des manifestations d'indignation de dockers, de pompiers et de milliers d'étudiants.

14 personnes impliquées dans l'organisation du référendum ont été arrêtées, puis libérées, certaines sous contrôle judiciaire. Des dizaines de sites internet consacrés au vote ont en outre été bloqués.

La justice a aussi imposé une amende de 12.000 euros par jour aux membres de la commission électorale, qui s'est dissoute pour éviter ces astreintes.

Et surtout, elle a ordonné à la police de fermer les locaux qui devraient accueillir des bureaux de vote, parmi lesquels des écoles.

Risques de troubles

Cette décision met en porte à faux la police régionale catalane, les Mossos d'Esquadra, proches de la population. Celle-ci a d'ores et déjà fait part de ses réserves sur ces mesures, alertant des "risques plus que prévisibles d'altération de l'ordre public qu'elles pourraient entraîner".

M. Mendez de Vigo s'est dit "absolument sûr" que les Mossos "respecteraient la loi et les ordres du juge, parce qu'ils sont soumis à la loi comme tout le monde".

Le ministère de l'Intérieur, qui coordonne le dispositif de sécurité, dispose aussi de milliers d'agents de la police nationale et de la Garde civile envoyés en renfort dans cette région.

Le gouvernement régional assure que tout se déroulerait pacifiquement. "Votez en faisant preuve de civisme et de responsabilité et ne répondez pas aux provocations de ceux qui chercheront à empêcher le vote", a conseillé M. Junqueras.

L'indépendantisme a progressé de façon exponentielle depuis la crise économique de 2008 et surtout après la décision de la Cour constitutionnelle en 2010 de retoquer le statut d'autonomie de la Catalogne à la suite d'un recours du Parti populaire (conservateur, au pouvoir).

En septembre 2015, les indépendantistes ont obtenu la majorité des sièges au parlement régional, avec 47,6% des voix. Mais le dernier sondage commandé par le gouvernement indépendantiste, publié en juillet, montre que les adversaires de l'indépendance sont plus nombreux que ses partisans (49,4% contre 41,1%).

Les anti-indépendantistes ont donné pour consigne de ne pas voter.

"Le référendum est un piège", a déclaré à l'AFP Alex Ramos, vice-président de l'organisation anti-indépendantiste Sociedad civil catalana. "Ils se moquent du résultat, ce qu'ils veulent c'est obtenir le droit à l'autodétermination et ne jamais revenir dessus".

Avec AFP

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