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Le président catalan destitué veut rester en Belgique par sécurité

  • VOA Afrique

Le président catalan Carles Puigdemont à Barcelone, en Espagne, le 28 octobre 2017.

Carles Puigdemont a affirmé à Bruxelles qu'il ne s'était pas rendu en Belgique pour demander l'asile mais y resterait "par sécurité" après la mise sous tutelle de la Catalogne par Madrid.

"Je ne suis pas ici pour demander l'asile politique" mais par "liberté et sécurité", a déclaré M. Puigdemont lors d'une conférence de presse au lendemain de l'annonce par le parquet espagnol qu'il lançait des poursuites pour "rébellion" contre le dirigeant séparatiste et son gouvernement. Il n'a pas précisé jusqu'à quand il resterait en Belgique.

Démis de ses fonctions avec l'ensemble de son équipe par le gouvernement espagnol, M. Puigdemont se trouve en Belgique depuis lundi alors que ses partisans l'attendaient à Barcelone pour conduire l'opposition de la "République" catalane à sa mise sous tutelle par le gouvernement espagnol.

Le dirigeant séparatiste est, selon les médias espagnols, accompagné de cinq de ses conseillers (ministres), eux aussi destitués par Madrid, comme tout le gouvernement catalan.

Silencieux depuis son dernier tweet dimanche saluant la victoire symbolique du club de Gerone - la ville catalane dont il a été maire - sur le Real Madrid, il s'est exprimé au "Press Club" de Bruxelles, non loin des institutions de l'UE, selon plusieurs eurodéputés catalans.

Il a sollicité le conseil d'un avocat expert des questions d'asile et ancien défenseur de Basques espagnols membres présumés d'ETA. Me Paul Bekaert, qui a rencontré M. Puigdemont lundi, a expliqué que ce "premier contact" visait à se préparer juridiquement à ce que sera l'attitude de Madrid à l'égard du leader catalan.

"J'ai déjà demandé quatre fois l'asile pour des Espagnols, ça a toujours marché, c'est dans la loi", a-t-il précisé mardi à l'AFP.

Il paraît toutefois très improbable que M. Puigdemont puisse obtenir un quelconque statut de réfugié politique en Belgique : "c'est très exceptionnel d'obtenir l'asile pour un ressortissant d'un pays de l'Union européenne", a déclaré à la chaîne francophone RTBF Dirk Van Den Bulck, commissaire général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA) en Belgique.

Il lui faudrait démontrer "un risque de persécution" en Espagne, et l'impossibilité d'y être protégé, a souligné M. Van Den Bulck.

La déclaration d'indépendance de la Catalogne de vendredi n'a pour l'heure été reconnue par aucun Etat à l'étranger, et les institutions européennes, solidaires de Madrid, ont assuré à l'AFP qu'aucune entrevue avec Carles Puigdemont n'était prévue à Bruxelles.

Rébellion et sédition

Le départ en Belgique de M. Puigdemont a eu lieu alors que le procureur général de l'Etat espagnol venait de requérir des poursuites pour "rébellion", "sédition" et "malversations" contre lui et les membres du gouvernement catalan destitués.

Le parquet les accuse d'avoir "encouragé un mouvement d'insurrection parmi la population face à l'autorité légitime des institutions de l'Etat pour atteindre leur objectif sécessionniste".

La rébellion peut entraîner une condamnation allant jusqu'à 30 ans de prison.

M. Puigdemont et son cabinet risquent auparavant d'être placés en détention provisoire, comme deux présidents de mouvements associatifs indépendantistes écroués à la mi-octobre pour "sédition", après avoir appelé à une manifestation pendant laquelle des gardes civils avaient été empêchés de sortir d'un bâtiment et trois véhicules des forces de l'ordre dégradés.

Ces accusations soulèvent l'indignation des électeurs indépendantistes qui revendiquent le caractère pacifique des mobilisations et du référendum interdit.

"S'il y a eu violence en Catalogne, c'est de la part de l'Etat le 1er octobre", jour du référendum d'autodétermination interdit par Madrid et émaillé de violences policières, estimait ainsi Montse Rodriguez, une administratrice de 65 ans qui protestait lundi à Barcelone.

La Garde civile a annoncé mardi mener des perquisitions au siège des Mossos d'Esquadra, la police catalane, à Sabadell, en Catalogne, pour enquêter sur les "communications" de ces fonctionnaires régionaux le jour du référendum.

Tutelle sans heurts

En dépit des appels de M. Puigdemont à la résistance "démocratique", les quelque 200.000 fonctionnaires catalans sont passés sans heurts sous la tutelle de l'Etat espagnol, et la région est désormais officiellement administrée par la vice-présidente du gouvernement de Madrid, Soraya Saenz de Santamaria.

Dès vendredi le gouvernement espagnol du conservateur Mariano Rajoy avait mis la Catalogne sous tutelle, en application de l'article 155 de la Constitution, jamais utilisé jusqu'ici. Et il avait convoqué des élections régionales pour le 21 décembre.

La réaction des partis indépendantistes à la convocation d'élections a aussi été une heureuse surprise pour l'Etat, alors que les deux principales formations -- le PdeCat de M. Puigdemont et la Gauche républicaine de Catalogne -- n'ont pas dit non.

Avec AFP

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