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Niger

Enrôlement d'électeurs suspendu dans des localités de l'Ouest

La Commission électorale nationale indépendante (Céni) du Niger a annoncé mardi avoir suspendu ses opérations d'enrôlement d'électeurs dans plusieurs communes dans l'ouest du pays, proches du Mali et du Burkina pour des raisons sécuritaires.

"En raison de circonstances sécuritaires particulières en cours dans la région de Tillabéri, les opérations d'enrôlement sont suspendues dans les communes suivantes: Abala, Tondikiwindi, Makalondi, Torodi, Gouroual, Diagourou, Inates et Banibangou", précise un communiqué de la Céni publié sur son site.

Les opérations de recensement sont également "suspendues" à Tillia, une commune de la région de Tahoua, voisine de Tillabéri, indique la Céni dans un second communiqué.

"Les opérations d'enrôlement reprendront dès que les circonstances le permettent", assure la Commission qui va retirer ses agents de ces zones.

Ces deux régions sont de vastes zones instables et théâtres d'attaques récurrentes et de plus en plus meurtrières des groupes djihadistes. Selon le bilan officiel, 174 soldats ont été tués dans trois attaques dans ce secteur en janvier et décembre: à Chinégodar (89 morts le 8 janvier), Inates (71 morts, 10 décembre), Sanam (14 morts, 24 décembre). Les trois attaques ont été revendiquées par le groupe Etat islamique. Selon les autorités, l'attaque de Sanam (département d'Abala) a visé un convoi militaire escortant des équipes chargées de l'enrôlement électoral.

Plus de 7.000 personnes ont fui la zone en raison de l'insécurité, selon le Haut-commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Une première phase du recensement des électeurs a été lancée dans plusieurs régions, dont Tillabéri et Tahoua. Avec au total plus de 7 millions d'habitants, Tillabéri et Tahoua constituent d'importants réservoirs d'électeurs.

Le premier tour de la présidentielle au Niger, couplé aux législatives, est fixé au 27 décembre 2020. Des élections municipales et régionales doivent se tenir le 1er novembre, selon le programme de la Céni.

Tout le Sahel - en particulier le Mali, le Niger et le Burkina - est visé par les assauts de plus en plus audacieux de groupes islamistes, en dépit du renforcement des armées locales et de la présence de 4.500 militaires français de la force antiterroriste Barkhane. Selon l'ONU, les attaques djihadistes au Mali, au Niger et au Burkina ont fait 4.000 morts en 2019.

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Le groupe Etat islamique revendique le massacre des humanitaires à Kouré

Un soldat nigérian monte la garde dans un camp pour personnes déplacées, abritant quelque 300 000 réfugiés nigérians et déplacés internes par Boko Haram, à Diffa, au Niger, le 17 août 2016. (Photo by BOUREIMA HAMA / AFP)

Le groupe Etat islamique (EI) a revendiqué jeudi l'assassinat au Niger de huit personnes, dont six humanitaires français et deux Nigériens.

Le massacre avait choqué le Niger et la France, en plein cœur de l'été, mais n'avait pas été attribué jusqu'ici.

L'organe de propagande d'EI, Al-Naba, a consacré une page à l'attaque dans son numéro daté de jeudi, diffusant deux photos mais ne donnant que peu de détails sur l'événement lui-même.

La publication, authentifiée par de multiples sources, dont l'organe américain SITE spécialisé dans la surveillance des groupes jihadistes, évoque une "attaque éclair" dans la région de Kouré ayant abouti à la mort, selon les mots de l'EI, de six "Croisés" français et deux "apostats" nigériens.

Les jeunes humanitaires français, deux hommes et quatre femmes, avaient été assassinés avec leur chauffeur et leur guide nigériens par des hommes armés à moto le 9 août, alors qu'ils visitaient la réserve de girafes de Kouré à 60 km au sud-est de la capitale Niamey où ils étaient basés.

Selon un expert consulté par l'AFP, et qui a requis l'anonymat, le texte d'Al-Naba ne permet pas de conclure si l'opération a été minutieusement préparée ou si le sort des huit victimes s'est décidé au moment de leur rencontre avec les hommes armés. Impossible aussi, ajoutait-il, de déterminer si la revendication est ou non purement opportuniste, ni si les meurtriers avaient fait allégeance à l'EI avant ou après le 9 août.

Attaques jihadistes récurrentes

Âgées de 25 à 31 ans, les six victimes françaises avaient été envoyées par l'ONG Acted au Niger, où elles venaient notamment en aide aux populations déplacées.

Après l'attaque, le gouvernement nigérien avait fermé la réserve tandis que la France plaçait le site en "zone rouge", tout comme le reste du pays, exceptée la capitale.

Ce pays sahélien est en proie à des attaques jihadistes récurrentes qui ont fait des centaines de morts. Avec le Mali et le Burkina Faso voisins, le Niger est au cœur d'une immense zone écumée par des groupes jihadistes se revendiquant d'EI ou de son rival Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), et où sont déployés quelque 5.100 soldats français de la force antiterroriste Barkhane.

Ces derniers mois, l'armée française et celles des pays africains du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) ont multiplié les offensives, en particulier dans la zone dite des "trois frontières" entre Mali, Niger et Burkina Faso.

Elles ont notamment revendiqué la mort de l'émir d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), l'Algérien Abdelmalek Droukdal, en juin.

Mais des voix s'élèvent pour souligner combien la situation sécuritaire demeure extrêmement dégradée, sur fond de déliquescence des Etats centraux, incapables de reconquérir politiquement les territoires contrôlés sur le plan militaire.

Convocation du corps électoral nigérien, l'opposition boude

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L'armée nigérienne ne "reconnaît pas" avoir exécuté des civils

Patrouille de l'armée nigérienne dans le camp d'Assaga près de Diffa, au Niger, le 29 février 2016. (VOA/Nicolas Pinault)

L'armée nigérienne "ne se reconnaît nullement" dans le rapport de la Commission nationale des droits de l'Homme (CNDH) sur l'exécution de dizaines de civils dans la région de Tillabéri (ouest), indique le ministère de la Défense.

Le ministère "est au regret d'informer les populations nigériennes que l'armée ne se reconnaît nullement à travers les conclusions de la CNDH", selon un communiqué daté du 11 septembre et signé par le ministre de la Défense Issoufou Katambé.

"Vu la gravité d'une telle affirmation qui au demeurant pourrait être de nature à saper le moral des troupes, discréditer leurs actions, leur combat contre les groupes armés terroristes (...) le ministre tient à informer l'opinion (...) que les FDS ont toujours fait montre de professionnalisme en respectant les droits humains dans l'exécution de leurs missions", insiste-t-il.

Selon le communiqué, "les personnels des Forces armées nigériennes reçoivent dès leur formation initiale un enseignement sur le droit de la guerre", et sur le terrain, "les troupes n'agissent donc pas en électron libre hors du contrôle de leur hiérarchie".

Le ministre "réitère sa confiance aux Forces de défense et de sécurité (FDS)".

Selon le rapport publié début septembre par la CNDH, rendant compte d'une enquête menée du 20 mai au 6 juillet, des soldats nigériens engagés dans la lutte contre les jihadistes sont "responsables d'exécutions sommaires" de dizaines de civils dans la région de Tillabéri.

Cette région est en proie à des attaques jihadistes ayant coûté la vie à des centaines de soldats.

"La mission a découvert au moins 71 personnes qui ont été tuées", avait affirmé Abdoulaye Seydou, responsable d'une ONG ayant participé à l'enquête, imputant ces "exécutions sommaires et extrajudiciaires" à des membres des FDS.

"Ce n'est pas l'ensemble des corps constitués de l'armée qui a fait ça, c'est quelques groupuscules", avait affirmé Alichina Amadou Koulguéni, secrétaire général de la CNDH, un organe public composé de représentants du gouvernement, du Parlement, d'ONG, de syndicats et de juristes.

Le 5 septembre, le ministre Issoufou Katambé, avait dit : "Nous avons transmis le rapport aux juridictions compétentes", sans préciser la nature de la juridiction.

En avril, la Mission de l'ONU au Mali (Minusma) avait dénoncé la "multiplication" des méfaits imputés aux armées nationales au Sahel. L'ONU avait dénombré 101 exécutions extrajudiciaires par l'armée malienne entre janvier et mars, et une trentaine d'autres par l'armée nigérienne au Mali.

En juin, Amnesty International avait accusé des soldats de trois pays du Sahel (Mali, Niger, Burkina) engagés dans la lutte contre les jihadistes de la disparition de près de 200 personnes en quelques mois.

70% des détenus Nigérians sont en attente de jugement

Une prison à Damaturu, Nigeria, le 4 novembre 2011.

Au Nigeria, ils sont surnommés les prisonniers oubliés. Arrêtés, détenus, beaucoup sont illettrés, ne connaissent pas leurs droits et ignorent même pourquoi ils sont en prison. C’est le cas de deux garçons qui ont été arrêtés et incarcérés pendant plusieurs années déjà.

L'incident s’est produit en 2014 dans un quartier pauvre de Lagos, la capitale économique. Junior et son ami Prospère habitent dans une chambre qu’ils ont louée. La police fait une descente dans leur quartier à la recherche d’un certain Akim, qui se trouve être le propriétaire de leur chambre.

Akim est soupçonné d’être impliqué dans une affaire de vol de voiture. Les deux jeunes hommes, âgés de 21 ans, sont embarqués dans le fourgon de police. Ils sont accusés d’être les complices d’Akim. Depuis, ils sont détenus. Ils n’ont jamais comparu devant un juge et personne ne sait s'ils sont innocents ou coupables.

Hassana Nurudeen, une amie du quartier suit l’évolution de cette affaire en justice. "Depuis le début du procès Akim ne se présente pas à la Cour comme il est déjà condamné. Et le fait qu’il n’assiste pas aux audiences et qu’ils sont tous considérés comme des complices, à chaque audience l’affaire est reportée à une autre date", souligne-t-elle.

Cela fait ainsi six ans que les deux garçons sont derrière les barreaux sans espoir d’en sortir. La mère de Junior, Dupé Ajokuji​, explique que "à cause de la pandémie du Covid-19, je ne peux plus lui rendre visite et rester avec lui pour quelque temps. Je ne suis pas en paix, je n’arrive pas à dormir. Je prie et je jeûne toujours jusqu'à ce que je puisse revoir mon fils".

Le cas de Prospère et son ami Junior n’est qu'un exemple parmi des dizaines de milliers d'autres Nigérians emprisonnés depuis des années, parfois des décennies, sans avoir jamais été condamnés.

Deji Adeyanju, activiste, a été une autre victime du système judiciaire. Maintenant, il s’est engagé après à lutter contre l’injustice.

"Quand j’étais en prison à Kano je voyais cela tous les jours. Ils amenaient les gens régulièrement en prison pour des cas similaires, pour appartenance à une bande criminelle. On appelle ça DGT sous le code pénal. Et des milliers sont conduits dans les prisons chaque année sans être jugés et beaucoup sont oubliés. Nous avons juste besoin d’améliorer nos lois".

Sur les quelques 74.000 détenus qu’il y a dans le pays, 70% de la population carcérale totale est en attente de jugement, selon le ministère de la Justice. Hamza Attahiru Walla, avocat et coordinateur de la branche de la commission nationale des droits humains pour l’Etat de Kebbi, donne des raisons qui empêchent le jugement rapide de ces détenus.

"Je pense que l’une des raisons c’est le bien-être des juges, il faut leur accorder plus de priorité. Le second facteur qui cause le retard c’est le manque de fonds. Un autre facteur concerne les avocats. Ils sont aussi à la base du retard pour que justice soit faite aux détenus", souligne-t-il.

Le vice-président Nigérian Yemi Osinbajo a récemment appelé à une reforme profonde du système judiciaire. Mais pour Adedayo Ademuwagun, président de l'association de la société civile Crepper, la réforme s’annonce difficile.

"Il n’y a pas de transparence dans la manière avec laquelle le gouvernement mène les reformes. Ce que cela veut dire est que le Parlement n’arrive pas contrôler les actions du gouvernement. Il n’arrive pas le faire tout simplement parce qu’il ne sait pas ce que fait le gouvernement exactement. Les organisations de la société civile également ne peuvent pas contrôler le gouvernement parce qu’elles ne sont pas aussi au courant".

Les décisions de réformes dans les différents secteurs de l’administration sont perçues comme une bonne chose mais le seul problème c'est leur application.

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