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En RDC, de futures stars du foot à la diète forcée

  • VOA Afrique

Victoire de TP Mazembe, à Lubumbashi, en RDC, le 6 novembre 2016. (VOA/Narval Mabila)

Classes et chambres flambant neuves sont prêtes depuis un an pour accueillir les élèves de l'Académie de football du mythique club congolais Tout-Puissant Mazembe, mais le nouveau site reste désespérément vide.

Les recrues ne manquent pourtant pas pour la Katumbi Football Academy. Ce tremplin vers les cimes du football africain a ouvert en 2012 à Lubumbashi, dans le sud de la République démocratique du Congo. Mais la pépinière est dans la tourmente depuis le départ en exil en 2016 de son mécène et propriétaire, Moïse Katumbi, richissime homme d'affaires et figure de l'opposition congolaise, menacé d'un procès pour atteinte à la sûreté de l'État.

L'intégralité du budget de l'Académie est financée grâce aux propres deniers de M. Katumbi. Or depuis l'installation de celui-ci en Belgique, l'argent n'arrive plus qu'au compte-gouttes, le mécène ayant semble-t-il le plus grand mal à transférer des fonds.

Inquiet, son directeur-général, le Français Régis Laguesse inspecte les locaux et terrains d'entraînement, situés sur une propriété du mécène. Les contrôles policiers incessants à l'entrée ont poussé les responsables de l'Académie à loger les élèves ailleurs.

L'institut est à la diète. Les entraînements, qui se déroulent désormais au stade du TP Mazembe, ont dû être espacés.

"Chaque mois, je pèse les joueurs. Là, pour la première fois depuis cinq ans, ils ont perdu du poids parce qu'on a été obligé de réduire la nourriture", déplore M. Laguesse, 67 ans, qui a formé de jeunes espoirs, d'Abidjan à Bangkok.

Ancien gouverneur de l'ex-province minière du Katanga et président du TP Mazembe, Moïse Katumbi avait annoncé sa candidature à la présidentielle qui aurait dû avoir lieu en 2016. Mais les élections ont été repoussées et, menacé de procès, l'homme d'affaires a quitté le pays en mai 2016.

Il a depuis lors été condamné par contumace à une peine de trois ans de prison ferme pour fraude immobilière. Mais il pourrait rentrer au pays très prochainement, a-t-il indiqué lui-même le 16 juin à Paris, en expliquant avoir obtenu "une garantie des Nations Unies" -- le comité des droits de l'Homme de l'ONU a sommé les autorités congolaises de l'autoriser à rentrer et d'assurer sa sécurité.

Candidats unijambistes

Le stade du TP Mazembe, club auréolé de cinq victoires en Ligue des champions d'Afrique, offre une vue imprenable sur les mines de la région. L'emblématique maillot noir et blanc du TP sur le dos, la trentaine d'élèves de la Katumbi Football Academy s'entraîne sous un soleil de plomb.

Révolue l'époque où ces jeunes tapaient pieds nus dans une balle crevée. "Au quartier, c'est juste un loisir avec des amis", raconte Magloire Nongo, 16 ans, membre de l'Académie depuis un an. "Mais pour moi, le foot c'est toute ma vie."

Malgré les soucis financiers, les responsables de l'Académie comptent recruter cette année comme prévu une quinzaine de jeunes parmi 6.000 jeunes candidats attendus.

"A chaque fois, on doit résister face aux hommes qui arrivent avec la barbe et disent qu'ils ont 13 ans, ou qui ont leur champion à donner, même si le gamin est unijambiste ! Ils veulent tous y croire", s'amuse l'encadrant Johan Curbilié.

Arsène Zola

C'est jour de match aujourd'hui à Lubumbashi. Le stade est bondé. Le TP affronte les Gabonais du CF Mounana en match de poules de la Coupe de la Confédération -l'équivalent africain de l'Europa League. Il l'emportera 2-0.

Parmi les joueurs qui font leur entrée se trouve Arsène Zola, 20 ans, élève de la première promotion. Des supporteurs agitent une banderole à son effigie. Sur les douze membres de l'Académie à être passés professionnels, il est le premier à avoir intégré le TP, début 2016.

Aux côtés des stars de l'équipe, le jeune homme issu d'une famille modeste se fait tout petit, encore intimidé par l'aura du club: "Je suis vraiment ravi et ému parce que ce n'est pas donné à tous les jeunes", confie-t-il.

À son apogée, M. Katumbi était réputé être le président de club le plus généreux d'Afrique. Arrivé aux manettes du TP en 1997, il a redoré son blason en recrutant les plus grandes stars du football africain, avec des salaires mensuels atteignant des dizaines de milliers de dollars alors que le salaire moyen pour un joueur de club congolais tourne autour de 100 à 200 dollars par mois en période de compétition.

Aujourd'hui encore, les joueurs du TP restent les mieux payés du pays.

'Un vent nouveau'

À l'Académie, pour espérer marcher dans les traces des légendes du TP, "il faut former les pieds et la tête", explique Johan Curbilié, alors que dans une petite salle rustique, fronts plissés, ses élèves se concentrent sur son cours de français.

Ici, on ne badine pas avec la discipline: "Ils sont couchés à 21 heures, on leur fait manger des fruits et légumes, on leur interdit de regarder n'importe quoi à la télé. C'est très contraignant pour des adolescents, cette formation à l'européenne."

L'Académie ambitionne qu'un élève sur deux intègre une équipe professionnelle, un taux de réussite bien au-dessus de la moyenne des Académies européennes.

Président régional de l'Association des journalistes sportifs du Congo, Patrick Kasonde Kaswaba se veut confiant: "Maintenant, on a des joueurs formés dans des structures normales en suivant toutes les étapes qu'il faut. Ils vont amener un vent nouveau dans le football congolais."

Sur la propriété déserte de M. Katumbi, l'entraîneur Régis Laguesse reste optimiste.

"Il y a déjà beaucoup de joueurs de la deuxième promotion qui ont surpassé ceux de la première, et maintenant ceux de la troisième qui surpassent ceux de la seconde", affirme-t-il tout en prodiguant ses instructions au jardinier pour l'entretien du terrain, dont le tapis vert attend toujours d'être foulé par les crampons de ses jeunes recrues.

Avec AFP

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